31.3.09

Tague livresque

Je me suis fait tagué par lui :


Coins cornés ou marque-page ?
Tout. Y compris les mouchoirs, les post-it, les enveloppes de condom, et les livres que je ferme l'un dans l'autre.

Un livre en cadeau ?
À ceux à qui ça fait plaisir, et à moi (je me fais souvent plaisir...)

Lis-tu dans ton bain ?
Oui! J'adore. J'ai passé six mois de ma vie dans un bain à lire, à fumer et à boire du café. C'était la belle vie!

As-tu déjà pensé à écrire un livre ?
Oui, mais c'était il y a quelques milliers d'années, quand j'étais un scribe babylonien. Je voulais écrire quelque chose d'au moins aussi bon que l'Épopée de Gilgamesh. Mais étant donné qu'entre-temps il y a eu l'Iliade, l'Énéide, la Divine Comédie et l'Ulysse de Joyce, je me sens moins... motivé.

Que penses-tu des séries de plusieurs tomes ?
Une bibliothèque est une seule série, dont le nombre de tomes est indéfini et la conclusion nulle part.

As-tu un livre-culte ?
Le Seigneur des Anneaux.

Aimes-tu relire ?
Oui, je relis sans arrêt les mêmes livres. J'ai mes auteurs fétiches, que je lis et relis sans arrêt.

Rencontrer ou ne pas rencontrer les auteurs de livre qu’on a aimés ?
Les rencontrer, tomber à leurs pieds, à plat ventre, et trembler jusqu'à ce que je perde connaissance.

Aimes-tu parler de tes lectures ?
Oui. Je suis vraiment excellent pour parler de littérature. Surtout quand les gens ne s'en rendent pas compte, ou quand je suis saoul.

Comment choisis-tu tes livres ?
Ça devrait être une question à choix multiple : "Comment choisis-tu tes livres?

a) Par ordre alphabétique

b) Par ordre chronologique

c) Par couleur de couverture

d) Par ordre décroissant de pages

e) Par hasard

f) Toutes ces réponses"

Une lecture inavouable ?
Ce que j'ai écrit (et que je relis).

Des endroits préférés pour lire ?
Partout où je peux avoir des relations sexuelles aussi : mon lit, mon salon, mon bureau, aux toilettes, à la buanderie, dans les cafés, chez des amis, au Parc Lafontaine et sur le Mont-Royal.

Un livre idéal pour toi serait ?
Infini.

Lire par-dessus l’épaule ?
De l'être aimé, oui.

Télé, jeux vidéo ou livres ?
Livres.

Lire et manger ?
Ma mère disait que c'était vraiment mauvais pour la digestion.

Lire un livre électronique ?
Bien sûr.

Le livre vous tombe des mains, aller jusqu’au bout ou pas ?
Ça dépend c'est quoi, et pourquoi je le lis.

Qu’arrive-t-il à la page 100 ?

"Dolmancé : Pousse, pousse, mon ami... déchire-moi s'il le faut... Tiens, vois mon cul, comme il se prête... Ah ! sacredieu ! quelle massue !... je n'en reçus jamais de pareille... Combien reste-t-il de pouces au-dehors, Eugénie ?

Eugénie : A peine deux !

Dolmancé : J'en ai donc onze dans le cul ! Quelles délices !... Il me crève, je n'en puis plus ! Allons, chevalier, es-tu prêt ?...

Le Chevalier : Tâte, et dis ce que tu en penses.

Dolmancé : Venez mes enfants, que je vous marie... que je coopère de mon mieux à ce divin inceste. (Il introduit le vit du chevalier dans le con de sa sœur.)

Mme de Saint-Ange : Ah ! mes amis, me voilà donc foutue des deux côtés... Sacredieu ! quel divin plaisir !... Non, il n'en est pas de semblable au monde... Ah ! foutre ! que je plains la femme qui ne l'a pas goûté !... Secoue-moi, Dolmancé, secoue-moi... force-moi par la violence de tes mouvements à me précipiter sur le glaive de mon frère, et toi, Eugénie, contemple-moi ; viens me regarder dans le vice ; viens apprendre, à mon exemple, à le goûter avec transport, à le savourer avec délices... Vois, mon amour, vois tout ce que je fais à la fois : scandale, séduction, mauvais exemple, inceste, adultère, sodomie !... Ô Lucifer ! seul et unique dieu de mon âme, inspire-moi quelque chose de plus, offre à mon cœur de nouveaux écarts, et tu verras comme je m'y plongerai !

Dolmancé : Voluptueuse créature ! comme tu détermines mon foutre, comme tu en presses la décharge par tes propos et l'extrême chaleur de ton cul !... Tout va me faire partir à l'instant... Eugénie, échauffe le courage de mon fouteur ; presse ses flancs, entrouvre ses fesses ; tu connais maintenant l'art de ranimer des désirs vacillants... Ta seule approche donne de l'énergie au vit qui me fout... Je le sens, ses secousses sont plus vives... Friponne, il faut que je te cède ce que je n'aurais voulu devoir qu'à mon cul... Chevalier, tu t'emportes, je le sens... Attends-moi !... attends-nous !... Ô mes amis, ne déchargeons qu'ensemble : c'est le seul bonheur de la vie !...

Mme de Saint-Ange : Ah ! foutre ! foutre ! Partez quand vous voudrez... pour moi, je n'y tiens plus ! Double nom d'un dieu, dont je me fous !... Sacré bougre de dieu ! je décharge !... Inondez-moi, mes amis... inondez votre putain... lancez les flots de votre foutre écumeux jusqu'au fond de son âme embrasée : elle n'existe que pour les recevoir !... Ahe ! ahe ! ahe ! foutre !... foutre ! quel incroyable excès de volupté !... Je me meurs ! Eugénie, que je te baise, que je te mange, que je dévore ton foutre, en perdant le mien !... (Augustin, Dolmancé et le chevalier font chorus ; la crainte d'être monotone nous empêche de rendre des expressions qui, dans de tels instants, se ressemblent toutes.)"

Sade. La philosophie dans le boudoir.


Un livre que tu donnerais à ton pire ennemi ?
Peut-être bien l'Alchimiste de Paulo Coelho, comme Alex le suggère.




Je renvois la tague à Mélodie Nelson, à Alyss, à Jici, à Galadriel, et à Dark!

30.3.09

Miscellaneous 8

C'est lundi, il fait gris, je suis malade : je frissonne, j'ai mal aux oreilles, aux dents, au ventre, aux intestins, au coeur et à l'âme. J'ai froid, aussi. Et j'ai chaud. Et je tousse, éternue, me mouche, râle, crache et soupire. J'ai juste envie de rester sous ma grosse couette de plumes, comme une hirondelle (je ne fais pas le printemps).




Le carnet Moleskine n'a jamais existé avant... 1998! Coup de pub formidable, cette marque est une pure invention marketing. On est impressionné par le cynisme des créateurs de ce petit carnet (du reste quasiment parfait, j'en ai de tous les formats possibles ou presque) qui n'ont pas craint d'embrigader Hemingway, Picasso, Mallarmé et Céline pour vendre leur produit. Fausse représentation et véritable succès de vente. Trouvé sur Eco89, un site affilié à Rue89 : "Le Moleskine d'Hemingway ou la magie du marketing".





Avant de m'endormir, hier, je me suis installé pour regarder des épisodes de Veronica Mars, mais je suis tombé sur un documentaire à Télé-Québec qui m'a complètement emporté ailleurs, le deuxième d'une série de trois : Bergman, une trilogie. C'était magique de voir mon réalisateur préféré parler du théâtre. Ingmar Bergman est décédé le 30 juillet 2007 (j'ai pleuré). Il avait cessé de faire du cinéma depuis 1982. Mais le théâtre fut sa grande passion. Il aura monté 30 pièces de Strindberg (son compatriote avec lequel il partage une immense notoriété internationale). Bergman, très vieux, très laid, parle avec assurance de ses débuts chaotiques dans les années trente, de ses échecs, de ses colères, de son exil volontaire durant une partie de sa vie, de ses auteurs préférés (Strindberg, mais aussi Shakespeare, Ibsen, Molière, etc.), de ses ennuis divers avec les femmes et avec le fisc suédois. Bergman est si grand qu'il me donne des sueurs froides et des frissons (ma fièvre recommence).

Il y a quelques années, j'avais vainement tenté d'apprécier son film Persona. Puis son opéra filmé La Flûte enchantée. Mais c'est avec Cris et chuchotements que je suis tombé en amour. Depuis, je n'arrête plus de découvrir de nouvelles raisons de m'ébaubir. Il y a quelques années, installé au chalet durant l'été, près du lac et entouré des montagnes qui m'émeuvent tant, j'ai lu Laterna Magica de Bergman, un livre autobiographique construit comme un rêve (ou un cauchemar), pleins de fantômes et de délires, de génie et d'enseignement. J'ai intimement identifié ce livre avec le chalet 17 (il y en a d'autres : Érasme de Zweig, Bakakaï de Gombrowicz, La découverte du ciel de Mulisch, Was ist Metaphysik? de Heidegger, Histoires grecques de Maurice Sartre, etc.), avec sa peinture écaillée, ses chaises en bois, sa véranda fermée par d'antiques moustiquaires, ses meubles et électroménagers des années cinquante, ses arbres et ses framboisiers. Dans ma tête, la maison aux Monts Déserts de Yourcenar, la cabane à Todtnauberg de Heidegger, et la retraite à Fårö de Bergman, ressemblent étrangement au chalet 17. Ils y habitent désormais au même titre que je vais probablement hanter ce lieu quand je serai mort.

(Bergman disait qu'il allait hanter le Théâtre Royal de Stockholm, où il avait jadis vu le fantôme d'une comédienne, épouse de Strindgerg.)


(Cabane de Martin Heidegger à Todtnauberg)





L'immense Victor Sjöström dans Les Fraises sauvages de Bergman :








"Épouse et n'épouse pas ta maison." (René Char)





Dans moins d'un mois je pars pour Paris. C'est devenu une idée fixe, en moi. J'en parle constamment, et j'y pense sans cesse. Besoin viscéral de me ressourcer, de changer d'air, de retrouver une partie de moi que j'y ai laissée.





Pas envie de parler de sexualité. Ça plaît davantage que la poésie, et ça prend autant de place dans ma vie, mais les lecteurs devront attendre. C'est comme ça.





Il FAUT que je retourne me coucher.





En terminant (pour l'instant) :

À l’endroit où je m’arrêtai


À l’endroit où personne ne connaît personne, où tout le monde, dans l’attente de quelqu’un, s’arrête, flagellé par le désir de partir
Je m’arrêtai aussi et me dis : je partirai, mais j’attends mon compagnon.

À l’endroit dessiné par les premières légendes de la Terre,
Dans les yeux rouges des dieux, dans les cornes des diables,
Je m’arrêtai
À l’endroit du Commencement, où l’univers descend des volcans et où les gens émergent de la braise
Je m’arrêtai pour attendre mon compagnon
De moi se dégageait la vapeur de la première création
Dissimulé par le brouillard de la seconde
Je dis : je continuerai le voyage, je partirai
Mais je suis là en train d’attendre l’arrivée de mon compagnon
Là en train d’attendre
Ma propre arrivée.

Wadih Saadeh (poète libanais)

29.3.09

New-York, Turner et moi

Il pleut et je suis malade... je frissonne et je me mouche, je me touche et je ronronne en écoutant Rufus chanter. Je m'étais totalement identifié à lui, lorsque j'ai découvert ce petit prodige à la gueule d'ange diabolique, à la sortie de son premier album. Et cette chanson : The Art Teacher, représente pour moi une véritable épiphanie, une moment fort de ma vie. Quand j'écoute cette chanson, je me revois à New-York, au Met, en train de scruter des Jackson Pollock et des Turner... je me revois à New-York, dans Greenwich Village, marchant dans les petites rues si chics, si étrangement tortueuses... je me revois à New-York en train de faire un quasi badtrip après avoir trop bu et trop fumé (des substances dont je ne connaissais pas la composition), cherchant désespérément à rentrer à mon hôtel, plié en deux, ébloui par toutes les lumières nocturnes... je me revois à New-York, dans un bar gay très glauque, très étrange, torse nu, portant un pantalon de cuir, très intimidé malgré l'arrogance de mes dix-neuf ans... littéralement happé par la folie de New-York. Je me revois en pleine transe devant la vie que j'aimerais vivre, à New-York, et je me sens en exil dans ma propre vie, et j'ai envie de partir, et j'ai envie de retourner à New-York, et de m'installer dans un grand appartement du East Village, et de tomber amoureux d'un "art teacher"...

La chair est triste, hélas ! et j'ai lu tous les livres...

(Turner)



BRISE MARINE

La chair est triste, hélas ! et j'ai lu tous les livres.
Fuir ! là-bas fuir! Je sens que des oiseaux sont ivres
D'être parmi l'écume inconnue et les cieux !
Rien, ni les vieux jardins reflétés par les yeux
Ne retiendra ce coeur qui dans la mer se trempe
Ô nuits ! ni la clarté déserte de ma lampe
Sur le vide papier que la blancheur défend
Et ni la jeune femme allaitant son enfant.
Je partirai ! Steamer balançant ta mâture,
Lève l'ancre pour une exotique nature !

Un Ennui, désolé par les cruels espoirs,
Croit encore à l'adieu suprême des mouchoirs !
Et, peut-être, les mâts, invitant les orages,
Sont-ils de ceux qu'un vent penche sur les naufrages
Perdus, sans mâts, sans mâts, ni fertiles îlots ...
Mais, ô mon coeur, entends le chant des matelots !


Stéphane Mallarmé





(Turner)



Ressaisissons-nous, Bast, et allons dormir, puisque la chair est triste, hélas, etc. J'ai attendu toute la nuit en pure perte : un texto, un message, un signe, un appel. Quelque chose pour me changer les idées. (Sachant pourtant que tout est tranquille juste avant que tout chavire, et que c'est dans les prochains jours que ça va débouler, parce que rien ne résiste dans la durée).

L'air est lourd de tension comprimée, sur le point de s'échapper et de tout bouleverser (encore). J'écris en état de fièvre, littéralement, même si tout ce billet est plein de mélancolique ironie : "bon bon bon..." (entendre : voilà, ça recommence... je suis vraiment difficile à suivre... et un peu pitoyable, les yeux cernés de fatigue, la cigarette qui fume dans le cendrier plein, et cette indéfinissable propension à fuir - d'aucuns diraient sublimer - le suspense dans l'inauthenticité d'une posture stylistique, esthétique.) Comme Proust dans le cabinet aux effluves d'iris, je me concentre sur ce qu'il y a de plus intime, même vulgaire ; parce que derrière le prestige des mots et des images, on ne sent pas vraiment la merde. Je me concentre, mais pour rire de moi... (Mallarmé et Turner : franchement! je suis pathétique.)

Volupté des orages, volupté des marées, volupté des dangers, volupté des chairs (même tristes), et dans les flots noirs de la vie, je navigue ainsi à vue, entre deux voluptés. C'est dire si je suis mal parti...

27.3.09

Overdose



Je suis en train de faire une overdose :

- De Beau Dommage. Tsé, des fois, il est temps de tirer la plogue. On dirait qu'il n'y a jamais eu qu'eux, dans l'histoire de la musique au Québec, cette semaine. On le sait qu'ils veulent se faire du cash avec leurs vieux hits, pas besoin de les encourager à ce point.

- De sushis. J'en mangerais à tous les jours, trois fois par jour. C'est bon, c'est santé, et c'est hyper aphrodisiaque...

- De recyclage. Ça doit faire un mois que je n'ai pas sorti mon recyclage. Il est propre, mais rangé n'importe comment, et j'ai commencé à en jeter dans les vidanges. Moi qui suis limite intolérant sur la question de l'écologie et qui fais super attention à ça, je commence à me décevoir moi-même.

- De Facebook. J'en peux plus de recevoir des invitations pourries pour des quizz inventés par des préadolescentes illettrées! C'était drôle au début, c'était même drôle d'en abuser, mais là, ça fait TELLEMENT, genre, 2007 de mettre des petites applications nunuches sur son profil Facebook... Damn'kids. En vérité, en vérité je suis très, très touché de retrouver des amis d'enfance, des connaissances d'une soirée ou de bons vieux potes devenus de merveilleux parents en banlieue. J'adore le réseautage social, le fait rencontrer de nouvelles personnes, et de partager, quasiment live, du contenu. J'ai suivi les dernières élections en partie à la télé, en partie sur Facebook, avec des amis aux quatre coins du monde, en Chine, en France, au Québec et même à Toronto. C'était génial. Mais je n'ai vraiment pas envie de "poker" indéfiniment du monde ou de répondre à des questionnaires merdiques. Basta!

- De Twitter. Okay, je suis vraiment de mauvaise foi, mais ça me semble franchement abuser de mettre aux cinq minutes des conneries en ligne...

- De Stephen Harper et des Conservateurs. (Ai-je besoin de préciser pourquoi???)

- De la saleté et des mauvaises odeurs sur le Plateau Mont-Royal. Vivement une République des Quartiers Chics et/ou Branchés (genre : Plateau, Outremont, Village gay, Petite Patrie, Westmount et Centre-ville, etc.), indépendante du reste du Québec et du Canada... RQCB... ça sonne bien, non? On pourrait même appliquer des mesures anarchistes et socialistes expérimentales, imposer l'égalité homme-femme absolue et inconditionnelle, faire un gros ménage du printemps en gang, poser des éoliennes sur les toits, distribuer de la truffe du Périgord à tout le monde une fois par mois, et faire de "Money, Succes, Fame, Glamour" notre hymne national. J'appelle Amir Khadir et je vous en reparle.

- De blogues. J'en dévore des quantités industrielles grâce à mon "Reader". Miam miam. Je vous lis tous avec tant de plaisir!!! J'aime (presque) tout. Même si je ne laisse pas toujours de commentaires, je suis fan. Dites-moi tout, je suis votre public anonyme, je suis la raison d'être de vos épanchements, je suis l'oeil qui guette le mouvement lascif par le trou de la serrure, je suis partout et je m'alimente comme un zombie boulimique à vos cerveaux. Vous me faites roucouler, ronronner, bailler, rire, verser une larme, ricaner, pouffer... Vous me faites du bien, bande de blogueurs! Je ne suis vraiment pas difficile, je crois. Tout ce que ça prend, c'est de l'humain pour me sustenter. Je suis cannibale. Profondément et amoureusement cannibale.

Caramba!

26.3.09

L'Omnibus



(Attention, je fais dans l'humour hypertextuel, à matin.)

Je ne suis pas fait pour n'être que d'une époque, surtout pas celle qui semble vouloir être postmoderne et gaga. En revenant d'une soirée particulièrement arrosée et terminée en matinée, je me suis rendu compte que je ne savais pas exactement de quoi avaient l'air les Omnibus, tout en sachant ce que c'était : l'ancêtre des autobus, à traction hippomobile et à impériale. Si vous n'avez pas encore le réflexe d'aller voir en cachette, en secret, sur Wikipedia pour ne pas être obligé de toujours demander aux autres ce que certains mots veulent dire, je vous plains. (Si Wikipedia est votre principale ou unique source d'informations pour être bling bling dans les apéro dînatoires chez Guy Laliberté, je vous méprise).

Je me sens un morale de Bruxellois, je me sens macho comme Brel, et je me sens surtout extrêmement déçu d'apprendre que c'est mon cher Blaise Pascal qui a (outre la calculatrice et trois ou quatre autres choses mucho avant-gardistes) inventé le service de transport en commun, à Paris au 17e. Fuck! Comment chiâler contre Pascal, franchement?!? Je ne suis pas du genre à me plaindre des philosophes qui ont fait autre chose que pelleter des nuages, enculer des maringouins ou appuyer les nazis. Blaise Pascal! Eh quoi, je ne suis PAS capable. Point.

Je suis très ouvertement en faveur de l'amélioration du transport en commun au Québec. Mais c'est un combat perdu d'avance : l'argent ni l'intérêt politique n'y convergent. En attendant de retrouver les bons vieux tramways et les encore plus vieux omnibus dans nos horribles artères urbaines, je fais comme si c'était au 19e siècle que je vivais. Je suis de l'époque de Lautréamont, et, basta! vivement la Commune.

24.3.09

Plogue littéraire

Que fait un trompettiste dans le désert? Pour le savoir (et apprécier un talent littéraire certain, émergent et solide), c'est à cette adresse : Démence mécanique. Je suis terriblement impressionné par la maîtrise et la qualité de cette nouvelle littéraire. Et en prime, d'autres productions, des poèmes irrévérencieux et des nouvelles qui me font penser à l'OULIPO, à Nicolas Dickner, à Borges et à Werber.

Un jour, vous me remercierez de vous avoir fait découvrir Jici Lord-Gauthier avant tout le monde... :)

23.3.09

Miscellaneous 7

Je suis fait pour le sexe à plusieurs. Loin de me sentir un peu mis de côté, ou timide, c'est dans le triolisme que je perds mes inhibitions, que je lâche mon propre ego, et que je m'éclate. Parfois, dans le face à face d'un rapprochement à deux, je me sens un peu trop observé, un peu trop concentré sur quelqu'un plutôt que sur le sexe en soi (la Forme platonicienne du sexe). À deux, je suis à mon meilleur quand l'amour nous fusionne ; sinon, si les émotions n'y sont pas, ce n'est que de la mécanique. Mais bon, ça dépend aussi de l'amant en question, ça peut être délicieux et très beau. Ce que je veux dire, c'est que j'ai vraiment le sexe généreux et compétitif... L'esprit d'équipe, quoi.


À l'hôpital ce matin, des dizaines de personnes pour les prélèvements. Pas beaucoup de jeunes, alors ça pue, un peu, même si ça ne me dérange pas parce que j'ai beaucoup de plaisir à côtoyer des personnes âgées, mais de là à faire comme si les vieux ne sentaient pas bizarre... C'est comme les enfants, en fait, mais à l'envers : les enfants, ça pue. Ça sent le suri. J'haïs cette odeur-là. Les aînés, eux, sentent le moisi. À chaque âge son odeur, sa fragrance naturelle. À chaque âge son intolérance aux exhalaisons des autres groupes d'âge. Quand on a huit ans, on trouve que les adultes sentent la mort à cause du café, de la sueur et de la cigarette. Quand on en a quinze, on trouve que les enfants sentent le pipi et on ne s'aperçoit pas vraiment qu'on pue des pieds. À vingt ans, moindrement on est normal, agréable à regarder et en santé, on pue le sexe à plein nez (surtout les gars, je crois, mais je suis mal placé pour juger). À trente, on trouve que tout le monde pue sauf soi-même et la brunette aux seins refaits qui lance des cris stridents au bar en s'aspergeant des shooters à moitié sur la blouse Winners (qui ne lui a coûté que 5$, répète-t-elle trois octaves trop haut à ses amies de fille ébaubies d'un tel rabais). À soixante... je ne sais pas, je ne suis pas rendu là, et j'ai oublié de demander aux autres patients qui attendaient leur tour ce matin avec moi dans la salle d'attente ridiculement petite. Peut-être que je devrais demander à Foglia. Peut-être que les vieux, malheureusement, ne sentent plus que l'odeur des souvenirs, comme une vieille feuille de bounce qui les suivrait partout, tout le temps...


Faire pipi dans un tube sans entonnoir, c'est tough en criss.


Boire du café et fumer des cigarettes le matin, c'est comme être à jeun quand même, non?


Dans le brouhaha de la salle d'attente, entouré de souffreteux ramassés sur eux-mêmes, de jeunes et ternes infirmières déjà blasées de leur quart de travail, et de vieilles chipies qui chiâlent contre le "système" comme des adolescents anarchistes (je crois d'ailleurs que ce sont les mêmes drogues que prennent les uns et les autres, les punks et les aïeules), je ne gratte même pas les taches sur mes jeans, je fixe le vide en mâchant mentalement les douces épices de Constantin Cavafy...

LEUR ORIGINE

Leur plaisir défendu s'est accompli. Ils se sont levés du lit et s'habillent hâtivement sans parler. Ils sortent furtivement de la maison, et, comme ils marchent un peu inquiets dans la rue, ils semblent craindre que quelque chose sur eux ne trahisse à quel genre d'amour ils viennent de se livrer.
Mais combien l'artiste y gagne! Demain, après-demain, ou dans des années, il écrira de puissants poèmes dont l'origine est ici.

(1921)


Je me suis masturbé dans sa chambre, l'autre fois. C'était ridicule et beau comme les actes gratuits que sont toute profanation, toute transgression. Je me sentais comme un adolescent, à la fois pervers et pur, arrogant et fragile. Tâtant les choses qui sont pour lui quotidiennes et pour moi inouïes, palpant le lit et les livres en lesquels il repose, malgré lui, je me suis branlé comme un somnambule. C'était la nuit, il avait laissé traîner une paire de jeans et quelques objets hétéroclites sur le lit. J'espère seulement que ce n'était pas le pantalon de son conjoint.


Près de moi dans la salle d'attente ce matin, deux vieilles soeurs identiques jusqu'à la coupe de cheveux et à la forme dégueulasse des sourcils rehaussés de crayon brun. Des soeurs ou des amantes? Ou les deux? Elles étaient trop pareilles, - même toux râclée, même posture, mêmes commentaires désobligeants sur les noms (rarement bien prononcés par l'infirmière) des appelés, mêmes questions inlassablement reposées malgré l'absence de réponse - pour ne pas être louches.


Mon chat s'amuse beaucoup à tenter d'attraper ma main, enserrant mon avant-bras de ses pattes pour mieux tirer à soi l'étrange forme à cinq doigts mobiles... Je ne déteste pas me sentir égratigné, lacéré...


EN ATTENDANT LES BARBARES

- Qu'attendons-nous, rassemblés ainsi sur la place?
- Les Barbares vont arriver aujourd'hui.
- Pourquoi un tel marasme au Sénat? Pourquoi les Sénateurs restent-ils sans légiférer?
- C'est que les Barbares arrivent aujourd'hui. Quelles lois voteraient les Sénateurs? Quand ils viendront, les Barbares feront la loi.
- Pourquoi notre Empereur, levé dès l'aurore, siège-t-il sous un dais aux portes de la ville, solennel, et la couronne en tête?
- C'est que les Barbares arrivent aujourd'hui. L'Empereur s'apprête à recevoir leur chef; il a même fait préparer un parchemin qui lui octroie des appellations honorifiques et des titres.
- Pourquoi nos deux consuls et nos préteurs arborent-ils leur rouge toge brodée? Pourquoi se parent-ils de bracelets d'améthystes et de bagues étincelantes d'émeraudes? Pourquoi portent-ils leurs cannes précieuses et finement ciselées?
- C'est que les Barbares arrivent aujourd'hui, et ces coûteux objets éblouissent les Barbares.
- Pourquoi nos habiles rhéteurs ne pérorent-ils pas avec leur coutumière éloquence?
- C'est que les Barbares arrivent aujourd'hui. Eux, ils n'apprécient ni les belles phrases ni les longs discours.
- Et pourquoi, subitement, cette inquiétude et ce trouble? Comme les visages sont devenus graves! Pourquoi les rues et les places se désemplissent-elles si vite, et pourquoi rentrent-ils tous chez eux d'un air sombre?
- C'est que la nuit est tombée, et que les Barbares n'arrivent pas. Et des gens sont venus des frontières, et ils disent qu'il n'y a point de Barbares...

*

Et maintenant, que deviendrons-nous sans Barbares? Ces gens-là, c'était quand même une solution.


Constantin Cavafy (avant 1911)








Je me suis fait des listes. Des listes de listes et des fausses listes. J'ai fait les listes de mes mensonges, de mes échecs et de mes peurs. J'ai fait la liste de ce que je ne serai jamais. Et la liste de ce qui concerne des gens que je ne connais pas encore, ou que je n'ai jamais voulu connaître. J'ai peut-être aussi rêvé à une liste des formes que prennent les joues des gens qui font du parachute. Mais j'ai assurément fait ces listes-ci :

Ce que j'écoute ces temps-ci :
- Fever Ray
- The Microphones
- White Chalk de PJ Harvey
- The Crying Light d'Antony and the Johnsons
- Barbara
- Volta de Björk
- The Good, the Bad and the Queen
- Richard D. James Album d'Aphex Twin
- Ruby Blue, de Roisin Murphy
- MGMT
- For the Roses de Joni Mitchell
- OK Computer de Radiohead
- Le soundtrack du film Party Monster.


Ce que j'ai envie de lire :
- Le Pléiade de René Char
- La biographie de Julien Gracq qui est parue il y a pas longtemps
- Des livres de Jauss et des autres auteurs de l'École de Constance
- L'Intranquilité de Pessoa
- Christianisme, tolérance sociale et homosexualité de John Boswell (dont je n'avais lu que certains chapitres pour un cours d'éthique)
- Le blogue de mon cousin :

http://www.lordjici.blogspot.com/





Mantra de la semaine :




21.3.09

Réveil mystique

(Dédicace toute spéciale et affectueuse à
-A,
l'Achigan
et PL)




Coulent en mes veines et mes nerfs de profuses sèves mielleuses. Un goût de crème, onction matutinale, sur mes lèvres... Mon corps vieillit! Je n'ai plus la fraîcheur délicatement pure de mes quinze ans! C'est de géométries alternatives que s'inspirent désormais mes gènes. Partons tout de même! Chassons la langueur! J'ai soif de délicates et déliées ferveurs nouvelles. Exultet! Exultet!



"De mon temps (je veux dire : au temps de ma jeunesse), ça ne se passait pas comme ça.

Nous n'aurions pas toléré ces fausses sorties, ces rentrées, ces retours inopinés de l'hiver après que déjà tout est mis en scène pour la féerie nouvelle. De mon temps, on savait à quoi s'en tenir. Rimbaud pouvait écrire : Eucharis me dit que c'est le printemps; après quoi l'on n'avait plus à rallumer les calorifères.

... on se dit : c'est remis à plus tard, et l'on se replonge dans la méditation, la lecture; mais non : la pièce a commencé tout de même; et quand, levant les yeux de dessus le livre, on regarde au dehors... "

(André Gide, Printemps)






"Quittant la Grèce à regret, j'avais traversé la Yougoslavie en proie à un délire blanc et rose, admiré des bosquets de lilas sauvages, des arbres fruitiers, cerisiers ou poiriers, frémissants de candeur et de-ci de-là les grêles gerbes incarnadines des pêchers, tous plus beaux que je ne me souvenais qu'ils pussent être; puis, au bord des eaux, une grande fleur jaune, au port d'asphodèle, que je ne connaissais pas encore et dont j'aurais voulu savoir le nom."

(André Gide, Printemps)



Mes amis je suis las. Cent fois j'ai soufflé sur les braises qui pendent tristement aux branches des ormes, des bouleaux, des érables, des tulipiers, des ifs et des pruniers de mon paradis royal, sans même m'apercevoir que mon haleine était encore embuée de sommeil ou de phrases ; ce fut sur les coups de quatre heures, à l'heure où s'éveillent les dieux enfermés comme des confitures dans leurs statues hermétiques, puissent-ils ne jamais souffrir du froid de la fin des songes, que je marquai d'un sourire, signature mystique, les traces odoriférantes de plusieurs amitiés contractées dans l'année ; l'hiver s'en fut! les oiseaux fouettent mon chat Perse de leurs cris de femme! on sort les meilleures huiles, parfumées durant l'hiver en petites amphores précieusement marquées par la plume mauve d'une main d'esclave ; favorisant les fumigations sacrées, certains flamines enlèvent leurs bonnets en se passant une main triste sur le front, mais je les plains, car sur les terres encore blêmes du sang des nuages, les sacrifices ne sont plus de saison : Exultet! Exultet!





"Oui, pour être sensible au printemps, il y faut de la connivence et soi-même entrer dans le jeu. Alors l'adolescent soudain tressaille en écoutant, à l'aube, le chant du merle... il rougit d'entendre son secret palpitant divulgué; puis se rassure : la ville entière dort encore; il est seul à entendre; c'est affaire entre le merle et lui...

Qui n'a pas devancé l'aurore ignore tout ce qu'il peut se glisser, au printemps, dans les halliers, de frémissements, de frôlements incertains, de murmures. L'adolescent fervent, que tourmente une inquiétude inconnue, quitte son lit brûlant pour quêter la clef d'un mystère. C'est l'heure où le ciel, à l'orient, commence à pâlir. Comme un prisonnier qui s'évade, il quitte la chambre... le voici sous le vaste ciel, seul, éperdu de joie et bondissant comme un danseur; sa marche, en traversant la cour, est si légère qu'elle fait à peine crisser le gravier; il court vers le sentier du bois, s'y engage, offre son front à la rosée que secouent sur lui les branchages; il est de mèche avec le gibier..."

(André Gide, Printemps)



(Nijinski)

J'avance au son des fifres dans ma tête de tête. Mon coeur de coeur s'élance comme le coureur au bloc de départ. Mes mains, de mains! saisissent le jour.


Grande la ferveur au coeur des flamines blancs qui s'aspergent de sang neuf. Grandes nos espérances et grand le sourire dans mon cou qui frémit comme les bêtes au retour de toutes flamboyances déchues. Grand! Et c'est ce que nous ne disions plus! Grand! Mes yeux s'emplissent de miel, s'emplissent de crème fraîche, et mes doigts se réchauffent directement sur le ciel! Exultet!






"J'ai vu, depuis, les plaines du Maroc s'iriser, se diaprer de soucis orangés, de petits liserons bleus, de maintes fleurs riantes. J'ai vu sous les palmiers d'El Kantara, abrités par les hautes palmes, les abricotiers blancs bruissant d'abeilles abriter à leur tour les champs d'orge. J'ai vu le cimetière de Blidah... s'emplir de roses; son bois sacré de chants d'oiseaux. J'y venais en convalescent et sentais, comme en moi, la nature entière se réveiller enfin de sa léthargie de l'hiver. J'ai vu les plaines de Lombardie hasarder leurs premiers sourires; j'ai vu s'emplir de bouquets Rome et Florence..."

(André Gide, Printemps)





"Et j'allais m'en retourner vers de plus amènes contrées, lorsque soudain, gravissant une petite éminence et m'écartant de la forêt dormante, je découvris sur un espace découvert où s'attardaient des pans de neige, un peuple de petits crocus blancs, soyeux, délicats, qui n'en pouvaient plus d'impatience ayant leur mot à dire, et risquant leur fragilité à travers le feutre épais des mousses. Et j'en aurais pleuré de tendresse, car cette réaffirmation de l'amour, de la vie, ne paraît jamais plus émouvante que lorsque la mort l'environne. De même les grandes orobanches mauve pâle prenaient une éloquence inespérée dans le sable désolé du désert. De même, à Olympie, ce dernier printemps parmi les ruines..."

(André Gide, Printemps)


C'est vent de grande solennité pour les incartades incertaines, revivifiées! Et nos plissements d'oeil se sentent aux détours du ciel sur nos nuques comme des appels harmonieux de pieux animaux en pacage. Bientôt les écobuages seront patinés de vert tendre. Bientôt les voix souffleront comme de grandes soeurs sur le doux drapé des choses. Bientôt mes offrandes seront exaucés, se dit en aparté le chercheur angoissé de métaphysiques nouvelles. Il faut bien que quelque chose meure pour que tout le reste vive : O felix culpa, quae talem ac tantum meruit habere redemptorem !



20.3.09

Les gazouillis

Pour moi, Israël ce n'est pas le Mal. Israël est un État dont l'histoire et les origines sont complexes (oui, c'est un euphémisme). J'ai de grandes affinités intellectuelles avec le judaïsme, avec les cultures juives. Alors oui, j'aimerais infiniment aller là-bas, en ami. Comme dans plusieurs autres pays, d'ailleurs. Mais j'avoue qu'Israël, c'est spécial pour moi.

Malgré tout, et disant cela, je ne suis pas en train de justifier quoi que ce soit, ni de dénoncer quoi que ce soit. Parfois j'ai tenté de défendre l'indéfendable, parfois j'ai fait l'inverse. D'autres fois encore, j'ai questionné certains préjugés, j'ai sourcillé à certaines déclarations ou à des propos qui tenaient du libelle, j'ai commis des erreurs d'appréciation, j'ai tenté de discerner les tenants et aboutissants (sans succès) de quelques éléments litigieux, et j'ai condamné des amalgames monstrueux. Mais maintenant, non. Je constate.

Je constate que j'aimerais bien aller en Israël. En ami.




Mais. C'est en humaniste, en pacifiste, en philosophe, en tant que simple être humain que je m'ÉNERVE VRAIMENT quand je lis ÇA :

"Ehoud Barak réagissait à la parution dans la presse israélienne de témoignages de soldats affirmant que des civils palestiniens avaient été tués par des militaires profitant des règles d'engagement assouplies adoptées par Israël lors de l'opération "Plomb durci". Défendant Tsahal, le ministre de la Défense a néanmoins promis une enquête approfondie. Israël "a l'armée la plus éthique du monde", mais "cela ne signifie pas qu'il n'y a pas des exceptions", a-t-il déclaré à la radio israélienne. "Je ne doute pas que tout cela sera vérifié avec soin". (Nouvel Ob, 19.03.2009)


L'armée la plus éthique au monde? Attendez, là... Euh, est-ce que j'ai bien lu ça? Une armée "éthique"? Tsahal? C'est quoi, une armée éthique??? Une armée de philosophes kantiens, aristotéliciens, lévinassiens? De jeunes émules d'Emmanuel Lévinas, défilant en rangs serrés, se mettant au garde-à-vous, prenant les armes, et au moment de tirer sur des civils, appliquant une profonde réflexion sur le sens transcendantal de l'altérité dans la morale phénoménologique du Visage nu selon Lévinas? C'est ça? On vous bombarde, on détruit vos maisons, on assassine vos leaders à coup de roquettes, on ferme vos frontières à toute aide étrangère, on massacre la population privée d'électricité et d'eau, MAIS ON LE FAIT DE MANIÈRE... ÉTHIQUE?!?


J'aimerais bien lire le tract distribué (s'il le fut jamais) aux Gazaouis pour leur dire : vous savez, nous sommes une démocratie, et nos élections s'en viennent, or, nous avons remarqué que des éléments fanatiques, chez vous, continuaient d'envoyer des obus artisanaux sur nos colonies et nos villages les plus voisins de vos terres, ce qui n'est pas très éthique de votre part, convenez-en! Alors, donc, nous avons décidé de mener la plus vaste campagne de destruction depuis Jéricho. Étant donné le profond sens éthique de notre armée, nous allons vous attaquer en sonnant le schofar plusieurs jours d'affilés, en tournant autour de votre principale ville, jusqu'à ce que les murs en tombent. Mais pour que notre éthique soit appliquée selon les règles de l'art, nous vous envoyons aussi, par la présente, un numéro sans frais pour joindre, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, un professionnel de la philosophie avec lequel vous serez en mesure d'avoir une conversation conviviale sur le sens de la vie, de la guerre, de la mort, de la liberté et des valeurs morales. Au plaisir de se serrer la main durant les hostilités prévues, et soyez assurés, Madame, Monsieur, de mes sentiments les meilleurs, etc.



Voire!

Il n'y a pas d'armée éthique. Il n'y a que des codes de déontologie qui servent d'écrans de fumée à des actes barbares. Il n'y a que des discours creux sur les "guerres propres". Il n'y a que des ministres menteurs qui tentent de noyer le poisson. Et des ministres menteurs, y'en a partout, on en a même pas mal, nous aussi, à Québec et à Ottawa!!!



Pendant que souffrent les Gazaouis, le ministre de la Défense israélien gazouille.

Charmant.

17.3.09

Sept ans en musique


Pour finir, nous sommes et resterons
amis de la musique, comme nous
restons amis du clair de lune.
Ni l'un ni l'autre ne veulent évincer le soleil,
ils veulent seulement,
aussi bien qu'ils peuvent, éclairer nos nuits.
Mais il nous sera néanmoins permis,
n'est-ce pas ? de plaisanter et
de rire à leur propos ? Un peu tout au moins ?
Et de temps en temps ?

Nietzsche, Humain trop humain, n. 169



Aujourd'hui, c'est un jour spécial pour moi. Il y a exactement sept ans, l'amour m'a terrassé. Nous nous sommes rencontrés dans un bar miteux de la rue Beaubien, en faisant du karaoké pour l'anniversaire d'une amie. Il m'avait invité à aller chanter avec lui une chanson de Dalida... C'était tellement drôle!!! Précisons que je chante comme un anus de babouin. Et qu'il a toujours aimé chanter. Duo létal. Franchement dépareillé, mais le comique en était irrésistible.

Toute notre relation fut dès cet instant-là marquée par un rapport très étroit, très étrange, et parfois insupportable, à la musique. De Parole parole à Far away (de Martha Wainwright, que j'ai écouté en boucle pour alimenter ma douleur, vers la fin des haricots), en passant par nos interminables soirées karaoké subséquentes (à mon plus grand désespoir, mais j'étais amoureux de lui), où nous vécurent des situations complètement hallucinantes dans un décor digne d'un film de Rodrigue Jean (en particulier son délicieux et délictieux Yellowknife), je crois que je n'aurais jamais pu imaginer une relation à la fois aussi longue et aussi musicale.

Nous avons réussi notre rupture. C'est devenu pour moi un ami très cher, avec lequel je désire rester à jamais en bons termes. Jamais je n'oublierai les merveilleux moments que j'ai passé avec lui. Ni les mauvais, les horribles, les ratés : ces apprentissages douloureux mais nécessaires. Pour souligner la date qui a bouleversé ma vie plus qu'aucune autre, j'ai choisi sept pièces musicales qui marquèrent diversement, entre d'innombrables autres, notre périple amoureux, cahotique et chaotique, qui s'est achevé sans tempête, sans collision, sans naufrage.

(Et je terminerai ce billet sur ce que je lui avais écrit, après l'avoir quitté...)


1 - Your song, version Moulin rouge.



C'est en me chantant à tue-tête, dans les ruelles endormies, cette jolie chanson d'amour que mon ex m'a conquis.


2 - La chanson des vieux amants, de Brel.



Nous nous imaginions vieillir ensemble. Et pourtant, dès le début, quelque chose clochait. "Il faut bien que le corps exulte..." Ce fut le pire des tourments.


3 - Le Poinçonneur des Lilas, de Gainsbourg



Le Gainsbourg jazz, jusqu'à celui de Bonnie and Clyde, fut, avec Boris Vian, un classique de nos longues heures en voiture pour monter à Québec. Le "vieux dégueulasse" demeure pour moi indissociable de l'autoroute 40, de nuit.


4 - Monopolis, de Starmania



Eh misère... Ce que j'ai pu l'entendre, cette chanson... Pour des auditions de comédies musicales, mon ex s'est égosillé sur ce refrain... Je crois que mes problèmes de santé mentale date de cette époque...


5 - Le Requiem de Mozart dirigé par Karajan



Nous étions quand même des gens de goût, et de bonne compagnie. Quand nous recevions à souper, ou quand nous faisons des folleries au chalet avec nos amis, il n'était pas rare que la merveilleuse musique de Wolfgang Amadeus (dont le film biographique magistral fut le premier que nous allâmes voir ensemble au cinéma, dans sa version remasterisée de 2002) accompagnât nos agapes. Bons vins, bonne chère, des dizaines de chandelles blanches, quelques substances hallucinogènes... et la baguette surnaturelle de Karajan pour diriger tout ça.


6 - Space oddity, de Bowie



Issu de son désir des hauteurs (que je ne partage absolument pas), il était allé faire des sauts en parachutes, dont le premier fut filmé et présenté sur cette musique, qui devint bientôt un incontournable de nos vies. J'ai toujours aimé Bowie. Et nous avons littéralement COMMUNIÉ, lui et moi, sur le film C.R.A.Z.Y., de Jean-Marc Vallée...


7 - La bande sonore signée Miles Davis du film Ascenseur pour l'échafaud



Mon actrice française préférée et un de mes jazzmen préférés. Un grand film. Que j'avais découvert grâce au Phallocrate, alors que j'avais dix-sept automnes (on n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans). Mon ex aimait presque autant que moi le jazz. Alors Miles Davis a littéralement inventé certains de nos meilleurs moments d'intimité. Le nombre de fois que j'ai joui, porté vers le ciel grâce à cette musique...



Voilà. Sept ans aujourd'hui. Mais nous ne fêterons plus jamais cet anniversaire ensemble. Je ne suis pas triste. Je suis, à tous égards, pour le meilleur et pour le pire, reconnaissant.



Perplexe, à mon ex (sans rancune aucune)
Je lis ce matin ce poème de René Char, et je pense à ce que j'ai perdu, et je m'adresse ces mots, ces phrases au «tu». Je me les adresse en murmurant, comme on lit la Torah, en hochant la tête, le corps, le monde entier.

Les braises peuvent flamber, mais elles s'éteignent insensiblement, à la fin. C'était un beau brasier. Ne regrettons pas les bûches et les embûches. Tout est calme, désormais, si rien n'est calme en nous-mêmes.

Je ne regrette rien. Tout m'est contact privilégié à mes limites, à mes Terra Incognita intérieures. Et c'est bien comme ça.



«J'HABITE UNE DOULEUR


Ne laisse pas le soin de gouverner ton coeur à ces tendresses parentes de l'automne auquel elles empruntent sa placide allure et son affable agonie. L'oeil est précoce à se plisser. La souffrance connaît peu de mots. Préfère te coucher sans fardeau : tu rêveras du lendemain et ton lit te sera léger. Tu rêveras que ta maison n'a plus de vitres. Tu es impatient de t'unir au vent, au vent qui parcourt une année en une nuit. D'autres chanteront l'incorporation mélodieuse, les chairs qui ne personnifient plus que la sorcellerie du sablier. Tu condamneras la gratitude qui se répète. Plus tard, on t'identifiera à quelque géant désagrégé, seigneur de l'impossible.

Pourtant.

Tu n'as fait qu'augmenter le poids de ta nuit. Tu es retourné à la pêche aux murailles, à la canicule sans été. Tu es furieux contre ton amour au centre d'une entente qui s'affole. Songe à la maison parfaite que tu ne verras jamais monter. À quand la récolte de l'abîme? Mais tu as crevé les yeux du lion. Tu crois voir passer la beauté au-dessus des lavandes noires...

Qu'est-ce qui t'a hissé, une fois encore, un peu plus haut, sans te convaincre?

Il n'y a pas de siège pur.»

(René Char, Le Poème pulvérisé, in Fureur et mystère)


vendredi 25 juillet 2008

BAST

(Tableau de Georges de la Tour)

16.3.09

Miscellaneous 6

En terminant de visionner Vicky Cristina Barcelona de mon cher Woody (ah qu'il vieillit bien dans son art, le cochon!!!), j'ai explosé! C'est salissant de ramasser ses organes et ses fluides corporels qui coulent sur les murs, sur les meubles, mais ça valait la peine. Je suis décidément le personnage de Juan Antonio, interprété par le (je m'attendais à mieux côté sensualité, quand même, mais bon) charmant Javier Bardem. Et si je ne suis pas un peintre, je suis quand même partant pour pas mal de trucs un peu hors norme, si je peux provoquer les choses...





Mon ami l'Achigan m'a fait découvrir PLEIN de nouvelles musiques, alors je suis totalement dans ma bulle depuis quelques jours. Une belle découverte, cette Roisin Murphy (en plus, je suis fou des araignées!!! ce sont nos alliés substantiels dans l'ordre du vivant et elles sont aussi merveilleuses que cette belle rouquine) :





Bon, mon sondage sur la bibitte qui me représente le mieux n'a pas eu l'heur de soulever les foules d'enthousiasme. Qu'à cela ne tienne! Je suis apparemment le scarabée sacré, symbole de la renaissance périodique du soleil, et j'approuve :

(I am gorgeous, am I not?)





Le monde est décidément beaucoup trop petit. TOUT LE MONDE se connaît, d'une façon ou d'une autre. Je trouve ça magique. Et quelque peu terrifiant. Mais bon. Tant que je reste plus ou moins incognito... Et assez machiavélique pour tirer quelques bonnes ficelles de temps en temps pour refermer le rideau sur des scènes par trop indécentes...






"Come! Come! Come here at once!!! (As soon as I'm left alone / The devil wanders into my soul)"






J'ai envie de vous tatouer des poèmes partout sur le corps pendant votre sommeil. J'ai des envies sexuellement intenses de devenir un incube. Pour hanter vos nuits, vos rêves, vos solitudes enténébrées. Pour vous exciter et vous effrayer. Et pour sentir les coeurs accélérer. Et pour sentir les queues se dresser, et les cons se mouiller, à mon passage d'haleine tiède dans vos cous. Je veux vous tatouer des horreurs et des beautés inouïes, des obscénités, des poèmes qui parlent un langage incompréhensible, dans une langue inconnue. Voir perler le sang. Juste un peu. Juste pour le plaisir de le lécher ensuite. Laissez-moi seul avec mes aiguilles. J'ai envie d'être seul, maintenant! Et de souffler comme un grand vent géométrique sur les ruines de Bactres.





Le flot de l'amour fatal

Va donc! va-t-en dormir ailleurs; laisse-moi seul;
laisse-moi complètement ivre et rôdant de nuit tout épris,
seul cette nuit jusqu'au matin, et dans le flot de ma folie;
si tu veux bien, pardonne et viens; sinon va-t-en, tourmente-moi!
Fuis loin de moi, de manière à ne pas tomber dans l'infortune!
...
Je reste seul avec mes pleurs, blotti dans le coin du chagrin;
tu peux donc en tout endroit faire tourner la meule de mes pleurs.
...
La nuit passée, j'ai vu en songe un vieillard au quartier d'Amour;
or de la main il me fit signe de venir à lui; il me dit:
"Si sur ta route est un dragon, l'Amour est comme l'émeraude;
par l'éclair de cette émeraude, mets vite en fuite ce dragon."

(Rumi)






Il y a encore des elfes en Islande! Je le savais!!! Je VEUX y aller. (Ils en parlent dans Slate... Ça doit donc être vrai, non?)




On devrait décidément rétablir les anciens paganismes. Je suis partant pour devenir prêtre du dieu Phallus. J'ai dans ma tête des obsessions malsaines de sacrifices, de cannibalisme, d'orgies et de bacchanales...




Ouin... Je suis un peu gothique, ce soir. Désolé. Ça doit être quelque chose que j'ai mangé, que j'ai de la misère à digérer, genre.





En terminant, je suis tombé sur cette vidéo qui présente l'écrivain Marguerite Yourcenar dans son univers intime. Malgré la piètre qualité de l'entrevue, ça m'a plongé dans une belle nostalgie. Je suis beaucoup trop jeune pour l'avoir connue. J'aurais aimé, tellement aimé la rencontrer! Ce que je préfère, au delà de ses chefs-d'oeuvres, ce sont ses mains. Et son air d'aristocrate en exil (ce qu'elle est, au demeurant, dans un sens, puisque d'origine "noble", et résidant aux États-Unis). C'est la plus classique de nos quasi contemporains. Une amoureuse au sens le plus humaniste et le plus sage du terme. Une grande, grande dame.

Une des très sélects auteurs qu'il vaut la peine d'avoir dans la collection de La Pléiade, parce qu'on y revient toujours, toujours. Qu'elle vous parle du yoga, des exercices spirituels des sages stoïciens, de la vie en Flandre au 16e siècle, de Mishima, de Piranèse ou de la protection de la nature (et plus particulièrement des animaux, cause qu'elle a contribuée à médiatiser dans les années soixante-dix grâce à sa notoriété), on sent chez elle tout sauf de l'artifice ; c'est avec un langage soutenu, parfois un peu trop rigide à mon goût, mais sensible, qu'elle s'exprime pour, on le jurerait, rendre hommage, en chaque mot, à la langue française. Sa rigueur n'est plus de notre temps. Mais sa sagesse (intuitive, cultivée, spirituelle, chtonienne, solaire, naturelle), elle, reste une flamme vive dans ma vie.




15.3.09

J'haïs mon corps... (aujourd'hui, du moins)


J'ai une infection... d'origine NON sexuelle (rassurez-vous, multitude des nations). Mais ça fait FUCKIN MAL PAREIL!!!!!!!!!!!!!!! J'ai l'impression que le pus et les cochonneries qui viennent avec ou avant ou whatever, cherchent le plus court chemin vers mon centre nerveux et mon coeur... Ça me fait MAL. J'arracherais au complet l'organe infecté si je le pouvais : je suis un peu radical... Mais je vais me retenir, et plutôt aller réchauffer ma sempiternelle compresse, le coeur au bord des lèvres et une larme de frustration contenue au coin de la paupière droite (celle qui "shake" toute seule sous les coups répétés de la douleur)...

Je suis allé voir un médecin. Je lui ai demandé de me prescrire les plus puissants médicaments possibles, et de la morphine. Il m'a regardé en silence, a hoché la tête, et m'a invité à retourner chez moi me faire des compresses humides, pas trop chaudes. MAIS OÙ S'EN VA LA MÉDECINE SI NOUS N'AVONS PLUS LE DROIT À UNE JUSTE DOSE DE MORPHINE QUAND ON EN A BESOIN?!?!? Je vous le demande...

14.3.09

Une histoire d'amour et de guerre

Durant quelques semaines, un amour est né et est mort entre deux feux, entre deux chutes de neiges, entre deux destructions, entre deux trêves inconséquentes, entre deux garçons trop sensibles que tout séparait.



Il était beau et il m'appelait : "habibi". Il avait pris toute la souffrance de son peuple dans son coeur. Il avait pris toute la douleur des veuves, toute la déréliction des quartiers bombardés, toute la terreur des enfants dans son âme. Son âme. Qui HURLAIT. Son âme hurlante avait soif d'un amour interdit, malgré elle, malgré tout.

Je lui avais dit :
"Je sais qui tu es. Je ne sais pas qui tu es.

Comment saurais-je jamais qui tu es? Comment saurais-tu jamais qui je suis?

Nos mots s'entrelacent sur l'écran mais nos yeux restent aveugles. Nos mots restent distants sur l'écran mais nos yeux sont grands ouverts.
Je ne sais pas qui tu es. Je sais qui tu es.

Mon espoir sans espoir va vers Gaza pour la paix. Et mon espoir sans espoir va vers toi pour te dire l'indicible de mon coeur. "

Il m'avait répondu :
"Et qui t'a dit que je ne te connais pas... Je te connais à travers tes écrits, tes lignes, tes émotions, parce que tes lettres respirent et parlent d'elles mêmes...

Je te connais à partir de tes mains qui écrivent... Et je te vois à travers tout!Nos yeux se sont retrouvés depuis longtemps...Même si les distances les séparent.

Je te connais. Et Ghaza te connais. Et mon Beyrouth te connais.

Le temps va nous réunir..."

Je lui ai dit :
"Depuis quelques temps déjà, je suis un lecteur assidu de Omar Khayyâm. Saches que c'est maintenant avec un oeil différent que je lis ses Robaïyat :

« Que l’homme est faible ! Que le Destin est inéluctable ! Nous faisons des serments que nous ne tenons pas, et notre honte nous est indifférente. Moi-même, j’agis souvent comme un insensé. Mais, j’ai l’excuse d’être ivre d’amour. »

J'ai en moi des douleurs dont le silence réponds aux tiennes très-doucement, avec des signes de reconnaissance. Je ne cherche rien. Je cherche ce qui ne se trouve peut-être pas en ce monde.

Emmène-moi. Emmène-moi là où j'oublierai le temps qui nous tue.

« Quand tu chancelles sous le poids de la douleur, quand tu n’as plus de larmes, pense à la verdure qui miroite après la pluie. Quand la splendeur du jour t’exaspère, quand tu souhaites qu’une nuit définitive s’abatte sur le monde, pense au réveil d’un enfant. » (Khayyâm)"

De tout son coeur, il m'avait répondu :
"Il est déjà 1h3o du matin et je ne dors toujours pas... Je ne veux pas dormir.

Je te lis et je rêve... Je ne sais pourquoi, ni comment. Et j'aurais aimé que ton message soit à l'infini, écrits par milles et une lettres... Dont chaque lettre sera pour moi une nuit...

Je n'ai jamais été aussi vivant... Je me noie et je ne veux pas être sauvé de cette mer tellement profonde... Je suis carrément ivre.

Je suis ivre, même si je n'ai jamais goûté à l'alcool...

Fait des beaux rêves et juste rêve..."

Et ses mots continuaient, inlassablement, à chanter l'amour sur fond de guerre :
"A Beirut, on se réveille toujours sur le bruit de la ville... Des voitures... Le cri des gens... Et les sirènes... Mais aussi de Fairuz, qu'on appelle le soleil du matin...

On se réveille sur l'effluve du café arabe, foncé comme la couleur de mes yeux... Là, juste à ce moment, déguste la vie, chaque instant, alors que je suis avec toi... Prend la tasse, et prends le café de mes yeux... Et toute le charme de Beirut..."

Et j'ai succombé à ses mots. Et nous nous sommes rencontrés, avons bu du café, avons fait l'amour interdit entre tous. Et c'était bon. Je lui ai dit : "Gaza". Il m'a répondu : "Oui, habibi".
Déstabilisé, complètement annihilé sous ses mots, j'ai écrit :
"Je me réveille avec tes yeux dans les miens...

Et je regarde le Mont-Royal par la porte-fenêtre de mon bureau-boudoir, et je pense aux montagnes du Liban que je n'ai jamais vues, et qui donnent son nom au pays lorsqu'elles sont couvertes de neige... Je cherche un pays intérieur, une terre à moi, moi qui suis suspendu entre la terre et le ciel, et je pense à TOI, le lion de sa nation...

Je me réveille en pensant à toi et à ce poème-fleuve de Miron :

« dans les giboulées d'étoiles de mon ciel
l’éclair s’épanouit dans ma chair
je passe les poings durs au vent
j’ai un cœur de mille chevaux-vapeur
j’ai un cœur comme la flamme d’une chandelle
toi tu as la tête d’abîme douce n’est-ce pas
la nuit de saule de tes cheveux
un visage enneigé de hasard et de fruits
un regard entretenu de sources cachées
et mille chants d’insectes dans tes veines
et mille pluies de pétales dans tes caresses »

J’attendrai que le monde nous soit propice, ce monde à feu, à sang, à feux saisissants, car mes jours ne sont rien, et mes nuits sont fusion métaphysique avec l’humanité inconsciente, jusqu’à la formation des constellations de l’espoir neuf...

« Chaque matin, mon cœur est plus lourd dans ma poitrine, mais ton regard le délivre de sa tristesse. » (Omar Khayyâm)

Parle-moi de toi, parle-moi de tout et de n’importe quoi, fait déborder la coupe de ta juste indignation jusqu’à moi, car je suis la glèbe anonyme où tu peux t’épancher. Je n’ai rien à t’offrir sinon cette petite chose en forme de cœur qui se débat dans le coffre en cèdre de ma poitrine... Mon corps est à mes yeux une frontière entre nous deux… Brise-la. Tu trouveras dans les ruines de mon identité des paroles venues d’ailleurs, tu trouveras dans les décombres de cette illusion que je porte, un simple souple souffle de chaleur pour te vêtir comme une nuée scintillante, où ta beauté sera voilée-dévoilée dans la transparence de nos paroles.

Parle-moi de toi, parle-moi de Beirouth et de Gaza, parle-moi de tes rêves et de tes fantasmes... Car ce qui est toi me grandit et me raffermit.

À la coupe de tes lèvres, laisse-moi épancher ma soif de connaissance...

Je t’attendrai comme les neiges sur le Mont-Royal attendent le printemps pour se sublimer enfin.

« Et le soleil n’est point nommé, mais sa puissance est parmi nous. » (Saint-John Perse)"

Notre amour n'était point nommé, mais sa puissance était parmi nous. Sur ma chair j'avais connu la chaleur de sa chair. Et dans ma tête, ses mots tourbillonnaient comme des simouns dans le désert...

Il a dit :
"Ta langue est toujours dans ma bouche, tout comme ton café, tes yeux.
Ta sueur me noie toujours.
Ton parfum s’est éteint sur mes vêtements… Sur mon cou. Il est toujours présent.
Ton regard. Et ton regard profond me fixe toujours.
Tes livres, tes rideaux, ta musique m’habitent toujours et pour toujours ils seront ma mémoire. Mon histoire. Je suis tout simplement né aujourd’hui.

Je t’ai aimé… Tellement aimé que…. Les mots se sont épuisés et ont perdu leur valeur. Trois points de suspension…"


Nos échanges infinis parlaient de nous, de la guerre à Gaza, de nos moments d'incompréhension l'un face à l'autre, de nos rêves, de nos peurs... Nous étions fragiles comme des roses... Nous étions forts comme des lions... Et la lune changeait de forme, et la lune nous a abandonné... Je l'ai abandonné. Lâchement. Mes amis me disaient : "Laisse-le.". Mon coeur me disait : "Non".

La trêve entre Israël et le Hamas a sonné le glas de nos échanges... Il habitait mes nuits mais notre amour était condamné par les rites, par les frontières, par la médiocrité du monde. Nous étions trahis par les Hommes, par sa famille, par mes amis : par tous ceux qui n'avaient jamais connu de l'amour que des frottements musqués, vulgaires...

Je lui ai dit :
"C'est terminé. Je n'ai pas été capable de t'aimer, de t'accepter, de te comprendre.

Plus le temps passe et plus je suis PÉTRIFIÉ à l'idée de t'écrire.

Je préférais nos échanges épistolaires... Te rencontrer a tout fait rater. A tout gâché. La beauté. La ferveur. Que je ressentais. Tes yeux m'ont effrayé. Et je me suis senti repoussant.

J'ai peur de toi.

Tu me détestes mais j'aimerais qu'un jour tu me comprennes. Et me pardonnes.

Je n'oublierai jamais Gaza, Beyrouth, et tes mots."

(Ce qu'il m'a répondu à ce moment-là, nul ne le saura jamais sauf lui et moi.)


Et le temps a passé. J'ai cherché l'amour dans d'autres yeux, dans des contrées moins minées. J'ai cherché à l'oublier. J'ai perdu pied quelques fois, mais c'était toujours le désert qui m'entourait. Je me suis amouraché. J'ai succombé aux douceurs de miel des chairs entrelacées. Et j'ai oublié.




Ce matin, il m'avait écrit...

Mon coeur, ce matin, est une petite chose qui pleure dans ma main en palpitant comme un noyé qui cherche son air, qui lutte pour retrouver la vie... Je me suis souvenu. De tout. Et je meurs un peu à cause de toi, ô mon lion...

Parce que tu as osé m'écrire à nouveau :

"pour toujours...


je ne peux pas oublier
je me souviendrai pour toujours
de tes yeux oubliés
noyés en moi
oh qu'ils sont noyés

et dans tes nuits
je suis l'oublié
le rejeté
penses-tu que tu m'as acheté
(drame)
dramatique que tu es
de tes yeux carrément ivres
dans ton coeur terriblement brûlé
et me dis-tu
qui que tu sois
habibi ne te laisse plus aller
qui que je sois

et ces termes
laisse mes lettres respirer
écoutes-les
absorbes-les
ne m'as-tu pas fait perdre mon ciel
et ma terre
aide-moi à t’oublier
partir pour ne plus te retrouver
ni sur mon chemin
ni dans mes rêves
ni entre mes mains
ni sur mes lèvres

tu as laissé le temps partir
et les secondes ne reviennent jamais
part à jamais
je n'ai plus de coeur pour aimer
pourquoi de mes yeux fuir
alors qu'ils t'ont parcouru
corps et âme

et tu me demandes à quand t'aimer
chaque seconde t'était allouée
n'as-tu pas laissé les jours
de notre amour témoigner
et de tes lettres
de ta salive arrosées

et toi qui est fait
de lettre de café et de beauté
dans mon coeur éternellement
je veux pour toujours t'aimer
sans plus jamais te retrouver...

pour toujours..."

PARDONNE-MOI!!!! MON DIEU, QU'AI-JE FAIT. MON DIEU, J'AI SACRIFIÉ MON COEUR ET L'ANGE DU SEIGNEUR N'A PAS RETENU MA MAIN SACRILÈGE.

C'était la guerre à Gaza et j'étais prêt à tout sauf à ça. J'ai agi comme un insensé. Mais avais-je l'excuse d'être ivre d'amour?