17.11.09

Pour le plaisir.

Parce que je suis POUR le plaisir. Et POUR le film de Sofia Coppola. (Que j'espère revoir dans les plus brefs délais; je suis en manque, ces temps-ci.)


Eh basta!

I want candy too...


16.11.09

Coitus religiosus




À la fois pénétré par la musique de Marin Marais et par un phallus ami de très bonne taille, je pense à ma vie, et j'étire la main pour tirer un peu sur la cigarette agonisante dans le cendrier près de nous, sur la table de cuisine. Je reviens de travailler ; mon premier emploi de la journée, entre 5h15 et 11h15 du matin. (Et le soleil n'est point nommé, mais sa puissance est parmi nous.) Je devrais déjà me préparer à partir pour mon second emploi, qui débute vers 13h30 pour ne se terminer que tard en soirée. (Plus tard, cet après-midi, j'apprendrai qu'un de mes oncles est à l'agonie, aux soins palliatifs, et qu'une de mes cousines, enceintes jusqu'aux dents, a perdu ses eaux ce matin.)

Sur ma langue où s'étirent des gémissements félins, spontanés, je goûte avec étonnement la saveur biscornue du sexe et du café entremêlés, sorte de nec plus ultra aromatique, aux arabesques charnus des broderies classiques, aux formes végétales, qui ornent mon fauteuil ancien acheté probablement trois fois trop cher chez un antiquaire. Quand le plaisir me soulève de terre, évidemment, je ne pense plus à rien! Mais pourquoi la jouissance, la jouissance la plus immédiate, la plus émue, la plus douce ne serait pas une pensée? (Une pensée sans support de mots. Une pensée ronde. D'avant toute parole, et surtout la Bonne.) Une pensée complexe, mais antélinguistique, mais antédiluvienne, mais antéchristique?

À rebrousse-poil de la morale, qui se hérisse sottement de mes incartades récentes aux extrémités de l'Empire d'Orsenna, à l'orée du Farghestan de la sublime débauche, je passe ma main sur des fesses amies, les miennes, les siennes, des fesses qui se connaissent, qui ne se connaissent qu'au sens biblique du terme, et encore, et je suggère : « Plus fort. » Fortius, fortius, fortius. On pourrait croire, hélas, que ce cri olympien ne concerne que la beauté du geste, mais en fait, je constate, dans la droite ligne de ce qui précède, que non, vraiment, c'est à la vie, à la VIE, que je râle cette injonction latine : Fortius.

Fortius. Parce que c'est BON.

Comme Molly Bloom, et je suis vraiment, en cet instant de grâce païenne, devenu Molly Bloom, pour l'éternité comme dans un livre, je ne terminerai jamais ma phrase, je resterai jouissant et en pro-jection, en lancement, en rebond sur la superficie des choses, toujours rebondissant à la paupière si fine de la vérité, oui, je resterai aveuglé par un éclat de lumière ou de fumée, par un éclat de foutre ou de musique, et je resterai empalé, oui, empalé sur la vie comme un fuckin personnage joycien, empalé sur le quotidien que je ne renie pas même si c'est souvent une géhenne, une apoplexie, ce quotidien qui ronfle, qui vrombit, qui vomit sinistrement, qui m'étire des poches sous les yeux plissés de plaisir, oui, empalé par le goût intense du sperme et du café et de la mort dans ma bouche, sur mes lèvres rugueuses, sur mes dents, oui, sur mes dents, mes dents de silex qui crissent les unes sur les autres en envoyant des étincelles partout autour de moi dans la cuisine, des étincelles de plus en plus vives, de plus en plus blanches, de plus en plus chaudes, dans la cuisine bachique qui prendra feu sous la pluie de flammèches que mes dents préhistoriques craquent en jouissant, et oui, oui, je ne renie rien, ni mes heures de travail immondes, ni ma stérilité sociale, ni mes défectueuses preuves d'amour, ni mes débauches, ni mes amours, ni mes illusions, je ne renierai pas ma petitesse parmi vous, une saison encore parmi vous, étranger, étranger, parmi vous et pourtant, oui, comme vous, par vous, jouissant criant vivant vivant vivant OUI


Paysage avec Orion aveugle cherchant le Soleil (1658) Poussin

10.11.09

Ah l'tattoo! c quen con vahou?


Parfois, mais seulement parfois, c'est-à-dire rarement, je suis charmé par la beauté involontaire d'une intervention cybernétique écrite en langage plus qu'approximatif, sans orthographe et sans grammaire. À cause du contexte.

Ça change tout, le contexte.

Je suis en train d'écouter une bonne vieille toune de Renaud. C'est quand qu'on va où? raconte l'histoire d'une petite fille (la sienne?) qui en a ras-le-bol de l'école et qui râle parce que son cartable (i.e. son sac à dos) est trop lourd, parce qu'il y a des devoirs à faire, etc. En fait, c'est une critique sociale très pertinente mise dans la bouche d'un enfant, issue du point de vue naïf et direct d'un enfant. Que ce soit le chômage, le droit de vote, la morale ou la structure de l'instruction publique, c'est un Renaud anarchiste tout craché qui dynamite les mensonges des adultes.




Le fond et la forme, comme toujours, dans les oeuvres de Renaud, coïncident pour rendre attrayante, humoristique, voire touchante, une telle charge revendicatrice (qui serait seulement agaçante ou lourde si elle était exposée dans un discours politique). Même chanté avec sa voix de fumeur de Camel's, on sent bien que c'est une adolescente qui s'exprime :

C'est quand même un peu galère
D'aller chaque jour au chagrin
Quand t'as tell'ment d'gens sur Terre
Qui vont pointer chez "fous-rien"
'vec les d'voirs à la maison
J'fais ma s'maine de soixante heures,
Non seul'ment pour pas un rond
Mais en plus pour finir chômeur!

Veulent me gaver comme une oie
'vec des matières indigestes,
J'aurais oublié tout ça
Quand j'aurai appris tout l'reste,
Soulève un peu mon cartable,
L'est lourd comme un cheval mort,
Dix kilos d'indispensable
Théorèmes de Pythagore !

Si j'dois avaler tout ça
Alors je dis : 'Halte à tout ! '
Explique-moi, Papa,
C'est quand qu'on va où ?





En écoutant la chanson, je lis machinalement les commentaires laissés sur YouTube, à propos de la chanson. Et je tombe sur cette PERLE :


frolixdu59
" super renaud g 16 ans sa f 3 ans ke jecoute renaud e d chansons comme sa plu personne nen f ptete a cause du chanchman de mentalite "


LE "CHANCHMAN DE MENTALITE"!!!! Vous rendez vous compte???


J'ai même pensé à un canular; c'est trop beau pour être vrai...


Sidérant!!!


Dans ces moments-là, privilégiés, où les choses tombent comme par magie au bon endroit, au bon moment, saturés de sens et de significations, j'ai l'impression qu'Oscar Wilde était le seul qui avait raison : ce n'est pas l'art qui imite servilement la nature, c'est la Vie qui imite l'Art.



Wow.


(Avril Lavigne : récupération capitaliste du look ado rebelle. Un exemple de "chanchman de mentalite"?)

6.11.09

Le cru et le cuit (miscellaneous anthropologique)

Je veux aller voir l'exposition de Waterhouse au MBAM!!!! Qui m'accompagne? Papine, l'Achigan?? Qui d'autre?






Je ne proclame jamais sur les toits, mais je suis un amateur de musique atonale et du dodécaphonisme. J'ai trouvé cette vidéo qui ne m'aidera pas à vous convaincre que c'est génial...






Le comble du chic, c'est de n'en point trop faire l'étalage, et que personne ne s'en sente offensé ou exclu. (Mon leitmotiv)





J'aime la porno quand elle est crue, directe, sans fiction, sans accessoire, sans filtre, sans taboo. Mais je préfère encore surprendre quelqu'un en train de visionner de la porno, l'espionner, et je suis très friand des choses que l'on peut voir quand on se promène nuitamment dans la ville, et que les rideaux ne sont pas tirés. Mieux encore : je suis voyeur des voyeurs. J'aime sentir l'excitation dans les yeux d'un voyeur. J'aime ses gestes rapides, saccadés, dissimulés, vaguement coupables.


Quand je me fais sucer durant un party, je ne jouis pas seulement de l'acte lui-même, mais encore davantage des spectateurs qui s'observent les uns les autres, qui me détaillent et me mangent du regard.




Mon anglophilie mallarméenne me porte à aimer avec passion la poésie et la littérature de fiction anglo-saxonne du 19e et du début du 20e siècle. De Poe à Joyce et Tolkien, en passant par Thomas Eliot, Yeats, les soeurs Brontë, Jane Austen et Virginia Wolfe, de Thomas de Quincey à Walt Whitman en passant par Wilde et Byron, pour ne nommer que les noms les plus évidents et les plus aimés de moi, je suis FOU de ces sonorités, de ces images que les Préraphaélites ont si excellemment cristallisées dans leurs oeuvres, de cette atmosphère romantique, victorienne et édouardienne, de ces influences anciennes, de cette mélancolie, de ces flambées d'assonance, de cet univers étrange, ancètre du nôtre, de ce terroir qui me nourrit.






Je suis à fond dans Yeats, ces temps-ci :

O sages standing in God's holy fire
As in the gold mosaic of a wall,
Come from the holy fire, perne in gyre,
And be the singing-masters of my soul.
Consume my heart away; sick with desire
And fastened to a dying animal
It knows not what it is; and gather me
Into the artifice of eternity.


-- W. B. Yeats (Sailing to Byzantium, III)





J'aurais voulu vivre dans un film. Voici deux pièces que j'adore, l'une de Roisin Murphy, l'autre de Birigitte Fontaine, et qui offrent une étrange similitude... Les deux sont très drôles, les deux semblent incidemment critiques de certaines choses dans la société, et les deux le font en parlant de cinéma...

Je voulais vous faire part de cette coïncidence, mais je n'ai pas grand chose à en dire. C'est seulement cocasse. Et de sacrées bonnes interprètes. Qu'en pensez-vous?




«Vous n'êtes pas la maquilleuse?»





« You little witch! You little witch!»




PS : J'ai peut-être rencontré quelqu'un de bien... Je ne sais pas. C'est à suivre... En tout cas, je suis tellement sexuellement excité, ces temps-ci, que je serais prêt à en essayer beaucoup, pour trouver la perle rare....

4.11.09

Aparté sexy...

(Représentation abstraite et absolument objective
de «la jeunesse pleine de virilité et de vitalité»...)



Quand des étudiants de McGill, d'une exquise jeunesse pleine de virilité et de vitalité, rigolant et marchant par petits groupes, ou deux par deux, reviennent de leur entraînement de crosse canadienne en survêtement de sport, qui laisse deviner, sous le textile complaisant, au gré des balancements du bassin, leurs attributs «parascolaires», j'ai chaud. J'ai vraiment chaud!



(Ce billet inutile et plein de sève et de sel et de sueur est une conséquence de mon état horny actuel. C'est vraiment gratuit...)


:)




(L'équipe canadienne de crosse en 1908, à Londres.)

3.11.09

Diversité, j'écris ton nom



Claude Lévi-Strauss est mort.

La nouvelle sonne comme un lugubre chant funèbre pour toute une époque de pionniers géniaux, de surdoués intellectuels. Dumézil est mort. Roland Barthes est mort. Mircea Eliade est mort. Marcel Mauss est mort. Marcel Granet est mort. Michel Foucault est mort. Tous, ils ont défriché, en France ou ailleurs, des chemins jadis impraticables, grâce à leur érudition folle, à leur intégrité, à leur sens très élevé de la rigueur scientifique et herméneutique. C'étaient des Maîtres. Et Lévi-Strauss était le dernier, le centenaire, l'inébranlable, le résistant.

Celui qui, par-delà les effets de mode intellectuelle, les postures et les poses, avait finalement eu raison de se «révolter» (l'expression, de Sartre, me vient en tête simultanément à d'immenses bémols... je la garde, entre guillemets). Le père de l'Anthropologie structurale, le fascinant ethnologue, l'auteur de tant de best-sellers ardus, voire abscons, aura survécu à tous les anéantissements de la pensée française contemporaine. C'est à l'aune de l'universel seul que l'on doit mesurer son apport aux sciences humaines.


Je pleure aujourd'hui la disparition d'un géant dont le leitmotiv aurait pu être : DIVERSITÉ, J'ÉCRIS TON NOM.

Diversité des cultures et des espèces vivantes. Point d'orgue d'un discours qui nous frappe par sa puissance actuelle, par sa simplicité droite et juste, et par sa défaite sans cesse confirmée par les affres de notre époque contemporaine si superficiellement écologisssse.


Salut, Lévi-Strauss. Par delà les querelles d'exégèse et les controverses inéluctables, tu nous reliais à un autre siècle, et nous était comme une mauvaise conscience tranquille sans cesse en éveil.
Nous sommes quelques uns, encore, à croire possible l'acte de penser avec toi.


2.11.09

Le Crépuscule des Fées



(il miglior fabbro)


A FAERY SONG

Sung by the people of Faery over Diarmuid and Grania,
in their bridal sleep under a Cromlech



We who are old, old and gay,
O so old!
Thousands of years, thousands of years,
If all were told:

Give to these children, new from the world,
Silence and love;
And the long dew-dropping hours of the night,
and the stars above:

Give to these children, new from the world,
Rest far from men.
Is anything better, anything better?
Tell us it then:

Us who are old, old and gay,
O so old!
Thousands of years, thousands of years,
If all were told.


- William Butler Yeats (The Rose, 1893)




Nous chantâmes au couchant, au couchant nous entonnâmes nos chants, nos chants de gloire, nos chants de gloire, et nos lais anciens d'amours amers, d'amours et de remembrance des jours anciens, des joyeuses assemblées sous les étoiles.
Les belles gens s'accoquinaient, les belles gens s'encanaillaient, et les belles gens, les belles gens, au crépuscule prenaient les feux follets pour briquets.
Les rituels s'exaspérèrent avec une païenne exubérance parmi les convives maculés d'alcool et de baisers. Nous riâmes!

Sous un dolmen un jour lointain et inconnu nous nous endormirons pour quelques temps, quelques ères, quelques éternités à peine. On nous entendra soupirer d'amour et de sensualité jusqu'à Byzance, peut-être. Quelque éphèbe viendra nuitamment cueillir sur les tombes jumelles de précieuses larmes de fée, luisantes reliques lunaires de tes exaltations passées. (Il sera beau, son coeur sera doux comme l'herbe grise sous les étoiles, sa peau nue brillera par nos ensorcellements d'outre-tombe comme au temps d'avant notre endormissement sacré.)


Et par les sources qui ne coulent que par toi, qui ne remontent vers le ciel que par toi, que par ta magie, et par les verres d'eau de vie qui ne reflètent l'avenir et la folie et la féerie, que par nos bouffonneries, je te bénis, mon ami, je te bénis.



25.10.09

Secrets d'alcôve

(Paré et fin prêt pour ma mission, je m'apprête à sortir en quête de ce Graal postmoderne, l'amour...)



Je suis à la recherche de l'Amour. Quelle connerie... C'est une folie que j'ai depuis quelques temps. Je crois d'ailleurs que ça vaut la peine d'en parler ici, tellement ça suscite en moi des réflexions contradictoires.

Et je me trouve pathétique là-dedans. Et je nous trouve tous un peu pathétiques...






Sur les sites de rencontre, il est extrêmement ridicule et troublant de se faire apostropher par un anus.

Photo d'un anus qui te parle de lectures, d'amour, de culture... (Il y a des coups de pied au cul qui se perdent...) Et je suis supposé prendre ça au sérieux? Et je suis supposé être conquis? Qu'est-ce qui peut bien inciter des gens *sains d'esprit* (quoique j'en doute) à se représenter eux-mêmes par une photographie de leur seul derrière ouvert comme une fleur (du mal)? Il s'en trouve pour mal réagir quand je leur réponds : "Cher trou de cul..."





L'agressivité et le cynisme sur les sites de rencontre. Description du sujet : " Trop souvent attiré par les gars qui s'en câlissent. La plupart du temps approché par des gars qui m'attirent pas."

Losers cherchent winners ???
"- Qu'est-ce que tu fais, dans la vie? - Bah... j'ai pas vraiment de vie... - Hum..."
Ou bien, cette description du sujet : "*** toujours à la recherche d'un emploi poilu trimmé sans attente masculin un +".

Franchement... Débandant.


Et que dire des horreurs grammaticales qu'on peut découvrir... Des étranges fantasmes qui cherchent à être comblés... Comme ce jeune de 18 ans qui veut se faire péter au visage par un homme d'âge mûr... Ou ces jeunes profiteurs qui se cherchent un "sugar daddy"... Ça pullule et ça pue. C'est la Cour des Miracles. C'est moche, oh que c'est moche.






Déprimant comme un samedi pluvieux.







Je suis toujours amoureux de mes ex. Je ne décroche jamais vraiment. Je les idéalise et les jouent les uns contre de nouvelles rencontres, les autres contre mes amis qui tentent de me sortir. Ils ne me quittent jamais vraiment, me sont nécessaires comme des alliés rayonnants, comme des perpendiculaires ou des appendices mentales. Je les aime souvent davantage que lorsque nous étions engoncés dans l'horreur quotidienne.





Parfois, j'ai envie d'avoir mal. Même les griffures de mon chat m'allument sexuellement... Pourtant, la plupart des jeux sexuels, du sadomasochisme et du fétichisme, me laissent de glace. Vraiment de glace. Ces mises en scène sexuelles me semblent tellement vulgaires, tellement vétustes...

Même feu Robbe-Grillet a perdu tout intérêt littéraire à mes yeux depuis que j'ai su ses appétences conjugales pour les clichés bdsm... Donnez-moi une douleur spontanée, une fraîcheur de souffrance toute neuve! Innovez! Et laissez tomber les costumes cheap en ma présence, je vous en supplie...





Mon âme est trop délicate pour ne pas apprécier la beauté des corps qui s'esthétisent et se transfigurent dans l'Oeuvre d'art. Message puissant, émouvant et sans concession.

Tendresse... Je n'appelle que ça de toute mon âme.








Et si je crois rencontrer une personne avec qui je serais bien, trop souvent je SUIS l'obstacle, la déception, la cause de mon malheur : pas assez linotte, trop intense, pas assez sexy ou masculin ou riche ou musclé, trop gentil, pas assez ceci ou cela... C'est cruel, les rencontres amoureuses, c'est tellement cruel... Et l'amertume me guette, parfois.




Je suis saint Sébastien, amoureux et martyr.







Peter Colstee, trois toiles inspirées du film Mishima.

22.10.09

À chaque fois comme en 1908

Ne dis rien, mon coeur, et réfugie-toi dans le passé, comme tu le fais si bien. Fuir! Et dormir! J'ai des flocons de culpabilité plein les yeux, maintenant. Tais-toi! Et dors! Coeur, tu m'écoeures.






Silence. C'est tout.

16.10.09

Porte-voix




Quand je suis fatigué à tel point que je ne sais plus mon nom

Quand mes mains glissent sans saisir, plissent sans plaisir

Quand les matins sont tellement cool qu'ils sortent dans le Mile End plutôt que de m'encenser et m'ensemencer telle une glèbe joyeuse

Quand le pays de pays, quand le nom de nom et le nom de pays semblent au bord de l'émeute, ça ira, ça ira

je prends une pause, j'éteins le je, je tais le nombre, je chiffre mes idées, je pose sur ma tête ma casquette amarante et je laisse le plaisir à Char de dire, je m'efface et me dissous dans les mots de Char.

C'est mon dada. Ma misère et mon enchantement. Le fin du fin de la fin des mots et des maux.


Et ça s'adresse à l'Achigan, directement, évidemment. Et (comme dirait Yourcenar) à quelques autres...


L'AVENIR NON PRÉDIT

Je te regarde vivre dans une fête que ma
crainte de venir à fin laisse obscure.

Nos mains se ferment sur une
étoile flagellaire. La flûte est à retailler.

À peine si la pointe
d'un brutal soleil touche un jour débutant.

Ne sachant plus si tant
de sève victorieuse devait chanter ou se taire, j'ai desserré le poing du Temps
et saisi sa moisson.

Est apparu un multiple et stérile
arc-en-ciel.

Ève solaire, possible de chair et de poussière, je ne
crois pas au dévoilement des autres, mais au tien seul.

Qui gronde,
me suive jusqu'à notre portail.

Je sens naître mon souffle nouveau
et finir ma douleur.



Trois toiles de Jan Toorop (un immense symboliste et un de mes artistes préférés de la Belle Époque)

11.10.09

Le plus beau des poèmes



Le plus beau des poèmes est celui dont les signes renvoient, ambivalence des signes en eux-mêmes et entre eux et partout autour du poème, à l'infini de l'amour que le lecteur y trouve. Le plus beau des poèmes, ou le plus vrai, consiste en ceci qu'il parle pour chacun, en chacun, au nom de tous à chacun, au nom de chacun à tout le monde, et qu'il ne parle que pour soi sans jamais oublier sa visée universelle d'embrassement ou d'embrasement ; feu et baiser, incendie des lèvres amoureuses qui vibrent au son du poème qui s'allume dans la voix, dans le regard, dans les mains, dans les sexes. Le poème vibration est une onde de choc qui place chaque geste dans un non-contexte parfait, dans un non-lieu toujours situé en deçà des idées, toujours ici, à jamais maintenant, arraisonné sur un coup de glotte qui le renvoie à son inexistence totale de pur amour, de pure énergie. C'est le vertige sonore de la conquête du sens sur le chaos du bruit, et c'est le silence flagrant, fulgurent, et comme démultiplié dans sa chair vive de mots estropiés pour toucher à travers un vide vibrant, sans bruit, sans bruit, le coeur excellent de la réalité la plus haute, la plus belle.

Je suis fier de chaque personne qui réussit à se lire, à se découvrir dans un vers, dans une strophe, dans un mot, dans un silence. Et au plus près de soi, dans l'éloignement absolu de soi, quant à soi qui n'est pas plus qu'une caresse durant la nuit, un dévoilement, un retour sur origine ou dans la brunante du sensé, perdre soudain contact avec le ronronnement du quotidien pour se sentir moins seul à vivre et à mourir -- ces termes d'un contrat trop vaste, qui tourne court, et qui court à perdre haleine.

Éloge de vous, ô tels que vous êtes, soyez toujours, et aimez-moi si vous m'aimez, car je serai mieux demain, je serai plus grand demain.




ENVOÛTEMENT À LA RENARDIÈRE

Vous qui m'avez connu, grenade dissidente, point du jour déployant le plaisir comme exemple, votre visage, -- tel est-il, qu'il soit toujours, -- si libre qu'à son contact le cerne infini de l'air se plissait, s'entr'ouvrant à ma rencontre, me vêtait des beaux quartiers de votre imagination. Je demeurais là, entièrement inconnu de moi-même, dans votre moulin à soleil, exultant à la succession des richesses d'un coeur qui avait rompu son étau. Sur notre plaisir s'allongeait l'influente douceur de la grande roue consumable du mouvement, au terme de ses classes.

À ce visage, -- personne ne l'aperçut jamais, -- simplifier la beauté n'apparaissait pas comme une atroce économie. Nous étions exacts dans l'exceptionnel qui seul sait se soustraire au caractère alternatif du mystère de vivre.

Dès lors que les routes de la mémoire se sont couvertes de la lèpre infaillible des monstres, je trouve refuge dans une innocence où l'homme qui rêve ne peut vieillir. Mais ai-je qualité pour m'imposer de vous survivre, moi qui dans ce Chant de Vous me considère comme le plus éloigné de mes sosies?


René Char (Fureur et Mystère)




Le plus beau des poèmes, c'est celui où l'auteur n'est autre que l'amour comme envoûtement, et qui parle de Vous quand je parle pour moi. Je ne connais d'autre moment plus envoûtant que celui-ci, où, dans le crépuscule des amours décevants, ma route est un vent, les corps vieillis crachant sur les images les plus bêtement stylisées du songe érotico-létal, pour que nos sourires témoignent de notre entendement, et nos yeux se trouvent enfin,et se parlent enfin ; rencontre vitale parmi les non-rencontres virtuelles assemblées sur les cartes du Voyant.



Mes ans sont ceux qui me restent. Merci pour café, le gîte et le couvert. Éloge de Votre amour.


Je suis né le 11 octobre, il y a quarante mille ans. Mais je nais à chaque fois que nous récitons en silence le plus beau des poèmes pour nous réconforter, ensemble.


Bast



7.10.09

Fontaine de joie



(Tout simplement parfait et magistral.

Brigitte Fontaine est une interprète de premier ordre. Et c'est probablement la dernière des grandes chanteuses françaises d'une autre époque.)




Aujourd'hui commence mon deuil de ma grand-maman, une femme que j'admirais et que j'aimais de tout mon coeur. C'était une femme libre, anticléricale, une vraie fille d'ouvriers qui, par ses actes et ses choix de vie, faisait échec, à elle seule, à la Grande Noirceur. Pas le genre de grand-maman gâteau comme dans les films, si vous voyez ce que je veux dire. Au contraire, elle buvait avec plaisir son brandy et son petit rouge, elle fumait et elle détestait faire la cuisine.

C'est pourquoi, pour célébrer la fin de ses quatre-vingt-dix ans de vie, j'écoute en boucle cette chanson de Brigitte Fontaine, Prohibition, que ma grand-maman n'aurait pas reniée.





"je suis vieille et je vous encule /
avec mon look de libellule /
je suis vieille et je vais crever /
un petit détail oublié /

passez votre chemin bâtard /
et filez vite au wagon bar /
je fumerai ma cigarette /
tranquillement dans les toilettes /

(partout c'est la prohibition...)

je suis vieille sans foi ni loi /
si je meurs ce sera de joie."


Madeleine (1920-2009), ma grand-mère.