Alors mes chéri(e)s? Vous passez un joyeux temps des Fêtes?
Bah, vous pourrez me répondre quand vous aurez dégrisé... ;)
Moi oui!
Et si ça peut vous donner l'excitation de continuer à faire la fête, surtout, surtout que le meilleur reste encore à venir, alors je vous offre mon petit cadeau. Du beau et magique Von Teese, à tremper dans tous vos drinks préférés... Grrr!
*SMACK*
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29.12.09
16.11.09
Coitus religiosus
À la fois pénétré par la musique de Marin Marais et par un phallus ami de très bonne taille, je pense à ma vie, et j'étire la main pour tirer un peu sur la cigarette agonisante dans le cendrier près de nous, sur la table de cuisine. Je reviens de travailler ; mon premier emploi de la journée, entre 5h15 et 11h15 du matin. (Et le soleil n'est point nommé, mais sa puissance est parmi nous.) Je devrais déjà me préparer à partir pour mon second emploi, qui débute vers 13h30 pour ne se terminer que tard en soirée. (Plus tard, cet après-midi, j'apprendrai qu'un de mes oncles est à l'agonie, aux soins palliatifs, et qu'une de mes cousines, enceintes jusqu'aux dents, a perdu ses eaux ce matin.)
Sur ma langue où s'étirent des gémissements félins, spontanés, je goûte avec étonnement la saveur biscornue du sexe et du café entremêlés, sorte de nec plus ultra aromatique, aux arabesques charnus des broderies classiques, aux formes végétales, qui ornent mon fauteuil ancien acheté probablement trois fois trop cher chez un antiquaire. Quand le plaisir me soulève de terre, évidemment, je ne pense plus à rien! Mais pourquoi la jouissance, la jouissance la plus immédiate, la plus émue, la plus douce ne serait pas une pensée? (Une pensée sans support de mots. Une pensée ronde. D'avant toute parole, et surtout la Bonne.) Une pensée complexe, mais antélinguistique, mais antédiluvienne, mais antéchristique?
À rebrousse-poil de la morale, qui se hérisse sottement de mes incartades récentes aux extrémités de l'Empire d'Orsenna, à l'orée du Farghestan de la sublime débauche, je passe ma main sur des fesses amies, les miennes, les siennes, des fesses qui se connaissent, qui ne se connaissent qu'au sens biblique du terme, et encore, et je suggère : « Plus fort. » Fortius, fortius, fortius. On pourrait croire, hélas, que ce cri olympien ne concerne que la beauté du geste, mais en fait, je constate, dans la droite ligne de ce qui précède, que non, vraiment, c'est à la vie, à la VIE, que je râle cette injonction latine : Fortius.
Fortius. Parce que c'est BON.
Comme Molly Bloom, et je suis vraiment, en cet instant de grâce païenne, devenu Molly Bloom, pour l'éternité comme dans un livre, je ne terminerai jamais ma phrase, je resterai jouissant et en pro-jection, en lancement, en rebond sur la superficie des choses, toujours rebondissant à la paupière si fine de la vérité, oui, je resterai aveuglé par un éclat de lumière ou de fumée, par un éclat de foutre ou de musique, et je resterai empalé, oui, empalé sur la vie comme un fuckin personnage joycien, empalé sur le quotidien que je ne renie pas même si c'est souvent une géhenne, une apoplexie, ce quotidien qui ronfle, qui vrombit, qui vomit sinistrement, qui m'étire des poches sous les yeux plissés de plaisir, oui, empalé par le goût intense du sperme et du café et de la mort dans ma bouche, sur mes lèvres rugueuses, sur mes dents, oui, sur mes dents, mes dents de silex qui crissent les unes sur les autres en envoyant des étincelles partout autour de moi dans la cuisine, des étincelles de plus en plus vives, de plus en plus blanches, de plus en plus chaudes, dans la cuisine bachique qui prendra feu sous la pluie de flammèches que mes dents préhistoriques craquent en jouissant, et oui, oui, je ne renie rien, ni mes heures de travail immondes, ni ma stérilité sociale, ni mes défectueuses preuves d'amour, ni mes débauches, ni mes amours, ni mes illusions, je ne renierai pas ma petitesse parmi vous, une saison encore parmi vous, étranger, étranger, parmi vous et pourtant, oui, comme vous, par vous, jouissant criant vivant vivant vivant OUI
Paysage avec Orion aveugle cherchant le Soleil (1658) Poussin
2.11.09
Le Crépuscule des Fées

(il miglior fabbro)
A FAERY SONG
Sung by the people of Faery over Diarmuid and Grania,
in their bridal sleep under a Cromlech
We who are old, old and gay,
O so old!
Thousands of years, thousands of years,
If all were told:
Give to these children, new from the world,
Silence and love;
And the long dew-dropping hours of the night,
and the stars above:
Give to these children, new from the world,
Rest far from men.
Is anything better, anything better?
Tell us it then:
Us who are old, old and gay,
O so old!
Thousands of years, thousands of years,
If all were told.
- William Butler Yeats (The Rose, 1893)
Nous chantâmes au couchant, au couchant nous entonnâmes nos chants, nos chants de gloire, nos chants de gloire, et nos lais anciens d'amours amers, d'amours et de remembrance des jours anciens, des joyeuses assemblées sous les étoiles.
Les belles gens s'accoquinaient, les belles gens s'encanaillaient, et les belles gens, les belles gens, au crépuscule prenaient les feux follets pour briquets.
Les rituels s'exaspérèrent avec une païenne exubérance parmi les convives maculés d'alcool et de baisers. Nous riâmes!

Sous un dolmen un jour lointain et inconnu nous nous endormirons pour quelques temps, quelques ères, quelques éternités à peine. On nous entendra soupirer d'amour et de sensualité jusqu'à Byzance, peut-être. Quelque éphèbe viendra nuitamment cueillir sur les tombes jumelles de précieuses larmes de fée, luisantes reliques lunaires de tes exaltations passées. (Il sera beau, son coeur sera doux comme l'herbe grise sous les étoiles, sa peau nue brillera par nos ensorcellements d'outre-tombe comme au temps d'avant notre endormissement sacré.)
Et par les sources qui ne coulent que par toi, qui ne remontent vers le ciel que par toi, que par ta magie, et par les verres d'eau de vie qui ne reflètent l'avenir et la folie et la féerie, que par nos bouffonneries, je te bénis, mon ami, je te bénis.

11.10.09
Le plus beau des poèmes

Le plus beau des poèmes est celui dont les signes renvoient, ambivalence des signes en eux-mêmes et entre eux et partout autour du poème, à l'infini de l'amour que le lecteur y trouve. Le plus beau des poèmes, ou le plus vrai, consiste en ceci qu'il parle pour chacun, en chacun, au nom de tous à chacun, au nom de chacun à tout le monde, et qu'il ne parle que pour soi sans jamais oublier sa visée universelle d'embrassement ou d'embrasement ; feu et baiser, incendie des lèvres amoureuses qui vibrent au son du poème qui s'allume dans la voix, dans le regard, dans les mains, dans les sexes. Le poème vibration est une onde de choc qui place chaque geste dans un non-contexte parfait, dans un non-lieu toujours situé en deçà des idées, toujours ici, à jamais maintenant, arraisonné sur un coup de glotte qui le renvoie à son inexistence totale de pur amour, de pure énergie. C'est le vertige sonore de la conquête du sens sur le chaos du bruit, et c'est le silence flagrant, fulgurent, et comme démultiplié dans sa chair vive de mots estropiés pour toucher à travers un vide vibrant, sans bruit, sans bruit, le coeur excellent de la réalité la plus haute, la plus belle.
Je suis fier de chaque personne qui réussit à se lire, à se découvrir dans un vers, dans une strophe, dans un mot, dans un silence. Et au plus près de soi, dans l'éloignement absolu de soi, quant à soi qui n'est pas plus qu'une caresse durant la nuit, un dévoilement, un retour sur origine ou dans la brunante du sensé, perdre soudain contact avec le ronronnement du quotidien pour se sentir moins seul à vivre et à mourir -- ces termes d'un contrat trop vaste, qui tourne court, et qui court à perdre haleine.
Éloge de vous, ô tels que vous êtes, soyez toujours, et aimez-moi si vous m'aimez, car je serai mieux demain, je serai plus grand demain.
ENVOÛTEMENT À LA RENARDIÈRE
Vous qui m'avez connu, grenade dissidente, point du jour déployant le plaisir comme exemple, votre visage, -- tel est-il, qu'il soit toujours, -- si libre qu'à son contact le cerne infini de l'air se plissait, s'entr'ouvrant à ma rencontre, me vêtait des beaux quartiers de votre imagination. Je demeurais là, entièrement inconnu de moi-même, dans votre moulin à soleil, exultant à la succession des richesses d'un coeur qui avait rompu son étau. Sur notre plaisir s'allongeait l'influente douceur de la grande roue consumable du mouvement, au terme de ses classes.
À ce visage, -- personne ne l'aperçut jamais, -- simplifier la beauté n'apparaissait pas comme une atroce économie. Nous étions exacts dans l'exceptionnel qui seul sait se soustraire au caractère alternatif du mystère de vivre.
Dès lors que les routes de la mémoire se sont couvertes de la lèpre infaillible des monstres, je trouve refuge dans une innocence où l'homme qui rêve ne peut vieillir. Mais ai-je qualité pour m'imposer de vous survivre, moi qui dans ce Chant de Vous me considère comme le plus éloigné de mes sosies?
René Char (Fureur et Mystère)
Le plus beau des poèmes, c'est celui où l'auteur n'est autre que l'amour comme envoûtement, et qui parle de Vous quand je parle pour moi. Je ne connais d'autre moment plus envoûtant que celui-ci, où, dans le crépuscule des amours décevants, ma route est un vent, les corps vieillis crachant sur les images les plus bêtement stylisées du songe érotico-létal, pour que nos sourires témoignent de notre entendement, et nos yeux se trouvent enfin,et se parlent enfin ; rencontre vitale parmi les non-rencontres virtuelles assemblées sur les cartes du Voyant.
Mes ans sont ceux qui me restent. Merci pour café, le gîte et le couvert. Éloge de Votre amour.
Je suis né le 11 octobre, il y a quarante mille ans. Mais je nais à chaque fois que nous récitons en silence le plus beau des poèmes pour nous réconforter, ensemble.
Bast
5.9.09
Miscellaneous éperdu (AJOUTS)
Samedi matin, je me réveille avec du Mara Tremblay sur la peau. Plus exactement, Le Teint de Linda, la première chanson aux sonorités country qui, malgré ça, m'a fait tripper. Et très précisément, je la ressens passer comme un frisson de vulnérabilité sur ma nuque, sur mes bras, sur mon ventre, dans mes jambes, souffle glacial de malaise et de questionnements éperdus.

(Pour visionner le clip, il faut aller sur maratremblay.com ou cliquer sur l'imâââge ci-dessus.)

Pas envie de faire quoi que ce soit, je suis enfin en congé, et je me suis pris dix livres et un docu à la Grande Bibliothèque : je vais enfin lire De Amore de Marsile Ficin, tel que recommandé par Maphto, et des contes soufis de Al Rûmi (dont je vous avais parlé en février dernier), et deux grosses briques sur René Char (dont je vous parle tout le temps - voir le bastsujet), et plusieurs livres de Dumézil (dont je ne désespère pas encore de vous parler dans un avenir rapproché, malgré tout), et quelques autres bouquins fascinants.
Je me fais des bols de café au lait, je me fais toaster des muffins anglais, je me fais des reproches et je ne comprends pas tout à fait pourquoi. Je me sens fourbu, claqué, mentalement, et physiquement. Sur ma peau, je lis les vicissitudes de ma vie.

Je ne connais pas personnellement Guy Laliberté. L'eussé-je connu que ça aurait peut-être changé mon opinion sur le sujet, mais ce n'est pas le cas, alors je n'ai aucune sympathie pour son voyage dans l'espace. Je ne suis pas de la génération "Guerre froide", je n'ai aucune mythologie personnelle de cosmonaute, de Gagarine et de la chienne Laïka. Et pour moi, en tant que créateur, en tant qu'esthète, la poésie, dont se gargarise le gourou du Cirque du Soleil, se retrouve bien plutôt dans La face cachée de la Lune, de Robert Lepage, et aucunement dans ce non-événement signé "One drop".
La journaliste Rima Elkouri a signé un très bon papier sur le sujet, qui exprime le malaise de plusieurs, dont je suis, face à cette "mission poétique" de marde. Extrait de son papier intitulé "Mission poétique ou narcissique?" :

Pourquoi ai-je mal, pourquoi mon coeur se serre-t-il d'angoisse et de tristesse, ce matin? Pourquoi le sentiment d'être atrocement SEUL? -- J'essaie de garder mon calme, de prendre à bras le corps ce faisceau d'émotions, cette nébuleuse de sens insensée, flou, tout est flou à loisir, et je me dis, peut-être à tort, que de m'analyser, que de m'ouvrir le coeur et les pensées en public, devant l'écran de mon portable, sur mon blogue, va me faire du bien.

Hier soir la magie, hier soir la beauté, hier soir les amis -- ô glorieux, ô magnifiques, ô mes amis, et pourtant (pour-tant : à ce prix, à ce coût-là; expression analysable et compréhensible, qui introduit l'inanalysable, l'incompréhensible, un marché faustien, une affaire à jamais, toujours-déjà bouclée à mon désavantage, à perte, à perte d'âme), je suis reparti chez moi le coeur infecté d'une gangrène interrogative, et j'ai marché en fuyant les regards qui eussent pu se poser sur mon corps vulnérabilisé, écartelé, martyrisé d'autodénigrement et de fragilité spirituelle. -- Où se trouve donc le centre, l'origine de cette tristesse du corps, de cette fatigue des sens, de cette trahison de l'image mentale que je me fais de moi-même? Il y a une faille dans le cycle karmique de ma vie, et cette faille est ouverture vers la vérité voilée-dévoilée du coeur-corps, ce complexe arrangement moléculaire et spirituel qui me compose comme individu.

Hier les amis et surtout peut-être les représentations les plus émouvantes de tout ce que je chéris, de ce que j'affectionne et vénère : jeunesse pleine de géniale vanité, beauté des lieux, beauté des formes, délice de tous les sens, conversations d'équilibristes ou de librettistes du 18e (l'époque où, comme le dit Blanchot, tout le monde écrivait avec brio, tout le monde faisait profession d'intelligence vive dans les paroles, les oeuvres, les réparties caustiques), jeunesse pleine, grosse d'avenir, et beauté atrocement sexuée, affamée de sexe et de plaisir, affamée de vie et de plénitude de soi-même ; on n'est pas sérieux quand on a vingt-sept ans ; je lis sur les silhouettes -- poses, postures, cambrures, danses et langueurs ultra -- les origines magiques des idéogrammes, des hiéroglyphes, des abstractions signifiantes encore engoncées dans des formes mouvantes, terribles, de quotidienneté et d'immédiateté, de désir et d'étrangeté divine. Mes amis, mes amours : j'ai aimé ces corps, je les ai lus, je les désire encore, comme un fou, comme un flou tendre, comme un tendre fouillis. La dangerosité. La menace du vêtement. Les artifices de l'urbanité mises en abîme dans le contact sans contact, dans les caresses bloquées par le textile, et je me surprends à penser que la surface est d'autant plus vaste qu'elle est nue ; nus, nous serions infinis les uns avec les autres ; infinis, d'où : le secret du sexe, du corps, dévoilé, perdrait sa dangerosité de bête tapie dans le tissu foisonnant, luxurieux, et par là même, les inhibitions dont mon corps cache en son sein les poisons autodestructeurs, seraient neutralisés dans l'ex-hibition.

Avant-hier, c'était la continuation de la mise en place d'une relation amicale saine avec mon ex ; mon tit-ex comme dit l'Achigan, par opposition avec mon grand-ex, ce dernier ayant partagé un peu plus qu'une demi-douzaine d'années de ma vie, l'autre, le dernier en date, le tit-ex, que quelques mois intenses. Mais dans nos paroles vraies, vrillantes et déridantes de spontanéité et de candeur, une fissure, encore une faille, et violente : le non-désir qui fut jadis désir, désir du désir et puissance actualisée du désir, libido centrée sur son obscur objet de désir qu'est le sexe jumeau, miroir du désir du même (homoïoï, en grec), échec du désir et échec de la communication des corps, destruction nécessaire à la mise en place d'une relation amicale saine, et pourtant, pour-tant, ce pouvant signifier le mensonge du désir encore vivant qui doit se terrer encore plus profondément pour survivre, pour ne jamais mourir tout à fait, et pour peu je m'eusse bouché les oreilles pour ne plus entendre battre dans sa voix la libido étincelante de jeunesse déjà tournée vers tant d'autres corps que le mien ; faiblesse de celui qui naguère posséda, et qui doit accepter de n'avoir plus que les mains vides parce que le coeur, lui, l'est déjà. Écouter sans écouter les aventures post-rupture, lire sans lire les fantasmes qui m'éloignent de moi, de ce que je vois dans le miroir tous les criss de matin, sur ma peau, ma vie se lit...

Rencontres qui me désertifient, qui me dévastent : amis qui me veulent du bien, et pour-tant, qui me ramènent sans le vouloir, sans le prévoir, à la dévastation normale, aux sinistres et aux catastrophes réguliers de mon être-là (heideggerrien Dasein; à moins que ce ne soit mon être-au-monde, mon Inderweltsein?) -- besoin de fuir mes amis, besoin irrépressible de les trahir, de les tenir à distance pour préserver mon esprit des naufrages les pires, quand par exemple des amis font la noce ou se marient, s'expriment envers et contre mes préjugés érigés en valeurs, ou cherchent en moi une oreille attentive... qui se révèle sourde, assourdie, assourdissante du silence du "je t'aime, je te désire". Ambiguïté de l'amitié qui m'exalte et me tue, qui me dirige vers moi-même tout en m'éloignant indéfiniment du moi qui n'est pas "le même". Je les trahis d'autant plus facilement que je peux, sans peine de mentir, prétexter ma fatigue, ma vie pleine de travail éreintant, de faiblesse mentale ou physique (comme il est jouissif d'annuler un rendez-vous en prétextant la maladie quand elle n'est pas la cause! comme il est vrai que je souffre les affres des symptômes quand je n'en ai aucun! comme il est doux de mentir pour une aussi bonne cause que celle de ma ruine intérieure!)

Éperdu d'amour je suis et pourtant, c'est de peaux que j'ai le plus besoin. Mon sexe inemployé quelques temps, et c'est mon moral qui se raccornit. Les caresses intimes me manquent, me causent des manques de drogué. Et qu'est-ce que la parole cultivée, intellectuelle, qu'est la mienne, sinon une monnaie d'échange (devise comme une autre, peut-être moins valable ou plus rare ou plus glorieusement civilisée qu'une autre) contre la bestialité du sexe? un pour-tant, vraiment, un coût à l'échange, un prix à payer pour être désiré-désirant ; il y a cinq grands axes qui mènent à l'échange d'orgasmes à deux ou à plusieurs, dans l'ordre croissant de puissance érotisante : la gentillesse/humour (degré zéro de l'attirance), ensuite la parole intellectuellement puissante, ensuite l'argent et ses preuves matérielles, ensuite le Pouvoir, et finalement, plus haut échelon (qui souvent annule ou apporte les précédents à son possesseur), et paroxysme de l'arbitraire du désir : la perfection génétique du charisme sexuel. Graal du cul.

Je m'observe dans ma nudité et je me tâte, je me palpe, je me jauge et me juge. Ce que j'ai à offrir est pauvre trésor. Mes armes sont ébréchées, mais qu'y puis-je? Je dois d'abord panser mes failles, mes fissures, mes plaies symboliques -- les pires de toutes. Et ma frustration grandit comme un léviathan fou dans les abysses glaciales de mon coeur. Les souvenirs s'allient aux fantasmes pour composer les mirages, les spectres du désir, labourant mon corps de sillons stériles, de terre en jachère éternelle, mortelle.

J'ai mal au coeur et j'ai la nausée. Il faut que j'arrête d'écrire pour l'instant. Mais je n'ai pas exprimé le millième de ce que je désirais écrire (tout à fait comme je n'ai pas encore vécu le millième de ce que je désire baiser, aimer, expérimenter sexuellement, sensuellement, affectivement).
Grand bien me fasse.

Ça fait cinquante ans aujourd'hui que Duplessis est mort.
Grand bien nous fasse.

(Pour visionner le clip, il faut aller sur maratremblay.com ou cliquer sur l'imâââge ci-dessus.)
Pas envie de faire quoi que ce soit, je suis enfin en congé, et je me suis pris dix livres et un docu à la Grande Bibliothèque : je vais enfin lire De Amore de Marsile Ficin, tel que recommandé par Maphto, et des contes soufis de Al Rûmi (dont je vous avais parlé en février dernier), et deux grosses briques sur René Char (dont je vous parle tout le temps - voir le bastsujet), et plusieurs livres de Dumézil (dont je ne désespère pas encore de vous parler dans un avenir rapproché, malgré tout), et quelques autres bouquins fascinants.
Je me fais des bols de café au lait, je me fais toaster des muffins anglais, je me fais des reproches et je ne comprends pas tout à fait pourquoi. Je me sens fourbu, claqué, mentalement, et physiquement. Sur ma peau, je lis les vicissitudes de ma vie.
Je ne connais pas personnellement Guy Laliberté. L'eussé-je connu que ça aurait peut-être changé mon opinion sur le sujet, mais ce n'est pas le cas, alors je n'ai aucune sympathie pour son voyage dans l'espace. Je ne suis pas de la génération "Guerre froide", je n'ai aucune mythologie personnelle de cosmonaute, de Gagarine et de la chienne Laïka. Et pour moi, en tant que créateur, en tant qu'esthète, la poésie, dont se gargarise le gourou du Cirque du Soleil, se retrouve bien plutôt dans La face cachée de la Lune, de Robert Lepage, et aucunement dans ce non-événement signé "One drop".
La journaliste Rima Elkouri a signé un très bon papier sur le sujet, qui exprime le malaise de plusieurs, dont je suis, face à cette "mission poétique" de marde. Extrait de son papier intitulé "Mission poétique ou narcissique?" :
Et sur le site de Christian Mistral, j'ai réagi à la nouvelle, plus précisément à propos de l'écrivain Claude Péloquin, qui était supposé écrire l'oeuvre que lirait Guy Laliberté dans l'espace. Je suis le 47e commentaire...
"Pendant une bonne heure, le fondateur du Cirque du Soleil, un logo de son entreprise bien en vue au-dessus de sa tête, a ainsi expliqué aux internautes en quoi consisterait son «odyssée» humanitaire à 35 millions. Si M. Laliberté veut aller dans l'espace, n'allez surtout pas croire, mesdames et messieurs, que c'est simplement pour son plaisir personnel ou pour se pavaner. Pas question pour lui de se contenter d'être un vulgaire touriste de l'espace. Non. De là-haut, durant cette expérience qui se veut avant tout «spirituelle», le grand prêtre du Cirque du Soleil a un rêve. Il veut sensibiliser la pauvre population terrestre aux enjeux de l'eau et à l'avenir de notre planète, avec un événement «mondial, international» et même «universel». [...] Durant la conférence de presse, les mots «poème», «poésie», «poétique» ont dû être prononcés plus d'une vingtaine de fois. Paradoxalement, plus on parlait de poésie, plus on avait l'impression de s'en éloigner. La poésie, la vraie, peut-elle vraiment survivre à toute cette enflure narcissique drapée de bons sentiments? N'est-elle pas justement aux antipodes de ce boursouflage mégalomane interplanétaire?"
Pourquoi ai-je mal, pourquoi mon coeur se serre-t-il d'angoisse et de tristesse, ce matin? Pourquoi le sentiment d'être atrocement SEUL? -- J'essaie de garder mon calme, de prendre à bras le corps ce faisceau d'émotions, cette nébuleuse de sens insensée, flou, tout est flou à loisir, et je me dis, peut-être à tort, que de m'analyser, que de m'ouvrir le coeur et les pensées en public, devant l'écran de mon portable, sur mon blogue, va me faire du bien.
Hier soir la magie, hier soir la beauté, hier soir les amis -- ô glorieux, ô magnifiques, ô mes amis, et pourtant (pour-tant : à ce prix, à ce coût-là; expression analysable et compréhensible, qui introduit l'inanalysable, l'incompréhensible, un marché faustien, une affaire à jamais, toujours-déjà bouclée à mon désavantage, à perte, à perte d'âme), je suis reparti chez moi le coeur infecté d'une gangrène interrogative, et j'ai marché en fuyant les regards qui eussent pu se poser sur mon corps vulnérabilisé, écartelé, martyrisé d'autodénigrement et de fragilité spirituelle. -- Où se trouve donc le centre, l'origine de cette tristesse du corps, de cette fatigue des sens, de cette trahison de l'image mentale que je me fais de moi-même? Il y a une faille dans le cycle karmique de ma vie, et cette faille est ouverture vers la vérité voilée-dévoilée du coeur-corps, ce complexe arrangement moléculaire et spirituel qui me compose comme individu.
Hier les amis et surtout peut-être les représentations les plus émouvantes de tout ce que je chéris, de ce que j'affectionne et vénère : jeunesse pleine de géniale vanité, beauté des lieux, beauté des formes, délice de tous les sens, conversations d'équilibristes ou de librettistes du 18e (l'époque où, comme le dit Blanchot, tout le monde écrivait avec brio, tout le monde faisait profession d'intelligence vive dans les paroles, les oeuvres, les réparties caustiques), jeunesse pleine, grosse d'avenir, et beauté atrocement sexuée, affamée de sexe et de plaisir, affamée de vie et de plénitude de soi-même ; on n'est pas sérieux quand on a vingt-sept ans ; je lis sur les silhouettes -- poses, postures, cambrures, danses et langueurs ultra -- les origines magiques des idéogrammes, des hiéroglyphes, des abstractions signifiantes encore engoncées dans des formes mouvantes, terribles, de quotidienneté et d'immédiateté, de désir et d'étrangeté divine. Mes amis, mes amours : j'ai aimé ces corps, je les ai lus, je les désire encore, comme un fou, comme un flou tendre, comme un tendre fouillis. La dangerosité. La menace du vêtement. Les artifices de l'urbanité mises en abîme dans le contact sans contact, dans les caresses bloquées par le textile, et je me surprends à penser que la surface est d'autant plus vaste qu'elle est nue ; nus, nous serions infinis les uns avec les autres ; infinis, d'où : le secret du sexe, du corps, dévoilé, perdrait sa dangerosité de bête tapie dans le tissu foisonnant, luxurieux, et par là même, les inhibitions dont mon corps cache en son sein les poisons autodestructeurs, seraient neutralisés dans l'ex-hibition.Avant-hier, c'était la continuation de la mise en place d'une relation amicale saine avec mon ex ; mon tit-ex comme dit l'Achigan, par opposition avec mon grand-ex, ce dernier ayant partagé un peu plus qu'une demi-douzaine d'années de ma vie, l'autre, le dernier en date, le tit-ex, que quelques mois intenses. Mais dans nos paroles vraies, vrillantes et déridantes de spontanéité et de candeur, une fissure, encore une faille, et violente : le non-désir qui fut jadis désir, désir du désir et puissance actualisée du désir, libido centrée sur son obscur objet de désir qu'est le sexe jumeau, miroir du désir du même (homoïoï, en grec), échec du désir et échec de la communication des corps, destruction nécessaire à la mise en place d'une relation amicale saine, et pourtant, pour-tant, ce pouvant signifier le mensonge du désir encore vivant qui doit se terrer encore plus profondément pour survivre, pour ne jamais mourir tout à fait, et pour peu je m'eusse bouché les oreilles pour ne plus entendre battre dans sa voix la libido étincelante de jeunesse déjà tournée vers tant d'autres corps que le mien ; faiblesse de celui qui naguère posséda, et qui doit accepter de n'avoir plus que les mains vides parce que le coeur, lui, l'est déjà. Écouter sans écouter les aventures post-rupture, lire sans lire les fantasmes qui m'éloignent de moi, de ce que je vois dans le miroir tous les criss de matin, sur ma peau, ma vie se lit...
Rencontres qui me désertifient, qui me dévastent : amis qui me veulent du bien, et pour-tant, qui me ramènent sans le vouloir, sans le prévoir, à la dévastation normale, aux sinistres et aux catastrophes réguliers de mon être-là (heideggerrien Dasein; à moins que ce ne soit mon être-au-monde, mon Inderweltsein?) -- besoin de fuir mes amis, besoin irrépressible de les trahir, de les tenir à distance pour préserver mon esprit des naufrages les pires, quand par exemple des amis font la noce ou se marient, s'expriment envers et contre mes préjugés érigés en valeurs, ou cherchent en moi une oreille attentive... qui se révèle sourde, assourdie, assourdissante du silence du "je t'aime, je te désire". Ambiguïté de l'amitié qui m'exalte et me tue, qui me dirige vers moi-même tout en m'éloignant indéfiniment du moi qui n'est pas "le même". Je les trahis d'autant plus facilement que je peux, sans peine de mentir, prétexter ma fatigue, ma vie pleine de travail éreintant, de faiblesse mentale ou physique (comme il est jouissif d'annuler un rendez-vous en prétextant la maladie quand elle n'est pas la cause! comme il est vrai que je souffre les affres des symptômes quand je n'en ai aucun! comme il est doux de mentir pour une aussi bonne cause que celle de ma ruine intérieure!)
Éperdu d'amour je suis et pourtant, c'est de peaux que j'ai le plus besoin. Mon sexe inemployé quelques temps, et c'est mon moral qui se raccornit. Les caresses intimes me manquent, me causent des manques de drogué. Et qu'est-ce que la parole cultivée, intellectuelle, qu'est la mienne, sinon une monnaie d'échange (devise comme une autre, peut-être moins valable ou plus rare ou plus glorieusement civilisée qu'une autre) contre la bestialité du sexe? un pour-tant, vraiment, un coût à l'échange, un prix à payer pour être désiré-désirant ; il y a cinq grands axes qui mènent à l'échange d'orgasmes à deux ou à plusieurs, dans l'ordre croissant de puissance érotisante : la gentillesse/humour (degré zéro de l'attirance), ensuite la parole intellectuellement puissante, ensuite l'argent et ses preuves matérielles, ensuite le Pouvoir, et finalement, plus haut échelon (qui souvent annule ou apporte les précédents à son possesseur), et paroxysme de l'arbitraire du désir : la perfection génétique du charisme sexuel. Graal du cul.
Je m'observe dans ma nudité et je me tâte, je me palpe, je me jauge et me juge. Ce que j'ai à offrir est pauvre trésor. Mes armes sont ébréchées, mais qu'y puis-je? Je dois d'abord panser mes failles, mes fissures, mes plaies symboliques -- les pires de toutes. Et ma frustration grandit comme un léviathan fou dans les abysses glaciales de mon coeur. Les souvenirs s'allient aux fantasmes pour composer les mirages, les spectres du désir, labourant mon corps de sillons stériles, de terre en jachère éternelle, mortelle.J'ai mal au coeur et j'ai la nausée. Il faut que j'arrête d'écrire pour l'instant. Mais je n'ai pas exprimé le millième de ce que je désirais écrire (tout à fait comme je n'ai pas encore vécu le millième de ce que je désire baiser, aimer, expérimenter sexuellement, sensuellement, affectivement).
Grand bien me fasse.
Ça fait cinquante ans aujourd'hui que Duplessis est mort.
Grand bien nous fasse.
bastsujets :
Amitiés,
Curiosa (ἔρως),
Miscellaneous,
Qui (ne) suis-je (pas)?
12.8.09
Dans tes dents, Tori Amos!
La légende veut que lorsque les missionnaires chrétiens voulurent convertir les barbares de Grande-Bretagne, ils firent comme partout ailleurs et tentèrent de convaincre les petits monarques, les autorités civiles, politiques, d'embrasser la religion du ressuscité au nom de leurs sujets. Or, contrairement à ce qui se vit ailleurs, c'est le chef religieux du cru, le grand druide lui-même qui se convertit en premier, persuadant ses congénères de la mort de leurs anciens dieux : pour preuve, il alla lui-même abattre les idoles de bois et de pierre que son peuple avait toujours vénérées, et ne s'en trouva pas plus mal.
Malade comme un chien, je n'ai pas grand chose à faire d'autres aujourd'hui que de gémir et d'écouter de la musique, de lire Saramago ou Dumézil, et de me masturber sur les images mentales de la jeunesse dorée qui ne connaît pas sa chance de s'envoyer en l'air en jeans hyper slims vert lime, en converse vintage et en lunettes de soleil de plastique orange ou blanc. Bref, je suis malade alors je me suis derechef réfugié dans mon antre, bien à l'abri de mes amis et de ma parentèle. Et tant qu'à ne pas feeler, autant en profiter pour commettre des sacrilèges.
Et d'abattre mes idoles. Ça calme, à défaut de dormir par une canicule pareille.
Mes amies Pomme et JFM passent déjà leur dernière nuit dans le pays de notre souveraine bien-aimée. Dans un précédent message je les saluais au son de quelques tounes qui me plaisent, made in England. Or, aujourd'hui, je suis tombé à la fois sur un message de Pomme, et sur la chanson "Welcome in England" de Tori Amos.
Et j'ai tenté de retrouver mes émois adolescents devant la divine interprète de Caught a lite sneeze. Celle qui faisait vibrer Trent Reznor et tous les bums de ma génération. En vain.
Succès souvenir de 1996.
Détruisons donc l'idole.
Mais avant, deux ou trois informations importantes à savoir. L'Achigan a sensiblement fait le même exercice que je m'apprête à faire, et son résultat est magistral, magnifique. C'est pourquoi je vais le citer impunément, et je vous conseille vraiment d'aller le lire au lieu de perdre votre temps à m'écouter chiâler. Ensuite, je tiens à dire que ma passion juvénile pour Tori Amos frisait la dévotion hystérique. Je suis allée la voir en spectacle à deux reprises (où j'ai pleuré comme un veau), j'avais des centaines d'images d'elle, des reliques, des affiches, une biographie autorisée, ses disques, et je lui ai même déjà écrit (personnellement). Je n'écoutais pratiquement que ses opus pendant des lunaisons entières; j'ai appris mes premiers rudiments d'anglais à la traduire; j'écrivais des cochonneries et des horreurs littéraires inspirées par elle, par ses textes gnostiques, par ses folies scéniques. Bref. Vous voyez le genre. L'amour fou.
C'est presque humiliant de se rendre compte à quel point on peut devenir groupie d'une artiste pop. Fanatique. Déraisonnablement ébloui.
J'en garde, à part quelques beaux souvenirs et deux ou trois chansons d'elle qui resteront éternellement des petits chefs-d'oeuvre, une délectation malsaine pour tout ce qui est victorien et/ou roux.
Mais là, la madame, elle a 45 ans, et moi l'âge de Kurt Cobain quand il est mort. Je n'ai pas la même vision des choses qu'avant, ce qui ne semble pas être le cas de Tori. Pauvre Tori.
"Qu'as-tu à dire mortel ? Où est ton feu ? Voilà tout ce qui importe."
Tout le potentiel est encore présent. Mais le résultat est bidon. Vide. De mauvais goût, même.
Voyez plutôt :
QUOSSÉ ÇA???
Paroles et musique : du n'importe quoi érigé en spectacle désolant de grandiloquence. Froide, vide, muette, évanescente, inutile comme une poupée Barbie sur une étagère de vieille fille frigide.
"Welcome to England,"he said, "Welcome to my world. You better bring your own sun."
Oh. Jeez. Sooooooooo clever. Rainy England. Bring your own sun.
COME ON!!!!
Le clip ressemble à un mauvais vidéo de vacances, du genre que ne ramèneront pas mes amies Pomme et JFM parce que. Et ça pue le touriste américain pétri de préjugés et de raccourcis culturels. Le Big Ben, les casques de poil des soldats à tunique rouge, les autobus à impériale, la mélancolie ambiante.
Et se trouvait-elle exceptionnellement belle, raffinée et originale en allant se balader déguisée en drapeau américain, comme si elle incarnait la subtilité légendaire des USA, comme si son patriotisme violent n'avait pas une petite gêne même au royaume de Sa Majesté?
Dégoûté, je suis.
Sa voix de chanteuse pop vieillit mal : son accent diphtongué qui ne ressemble à rien me tape sur les nerfs. Elle est nasillarde. Elle étire les notes comme de la gomme à mâchée cheap.
Elle ne sait plus comment chanter, voilà.
"Maintenant, Tori Amos est une dryade saoule, absente, heureuse et pervertie."
Une risée.
Où est passée la fougue, la magie, la mythologie, le rythme endiablé du pianoforte, du clavecin, de l'orgue? Où est passée la Ugly Betty de la chanson pop-grunge? Quelle espèce de vieille matante ratatinée essaie-t-on de nous vendre comme un t-shirt du Che ou comme un slogan de Mai 68 sur des bijoux griffés?
L'idole est bel et bien vide, sa divinité, envolée. Il ne reste rien. Que des images insipides, que du bruit, que de la paillette fanée, que des rides trop maquillées. Pity.

Y aura-t-il quelqu'un pour la défendre? Ou est-ce que l'été, mon insipidité bloguesque, la vacuité du web 2.0 auront eu raison de tout esprit critique, de tout esprit de chapelle, de toute quérulence?
Whatever.
Je préfère encore me branler en m'imaginant décoiffer Xavier Dolan de plaisir.
Et soigner ma grippe, seul et malheureux, au coeur de mon bien-aimé Plateau bruyant, sale et déchu comme mes idoles d'adolescence.
Malade comme un chien, je n'ai pas grand chose à faire d'autres aujourd'hui que de gémir et d'écouter de la musique, de lire Saramago ou Dumézil, et de me masturber sur les images mentales de la jeunesse dorée qui ne connaît pas sa chance de s'envoyer en l'air en jeans hyper slims vert lime, en converse vintage et en lunettes de soleil de plastique orange ou blanc. Bref, je suis malade alors je me suis derechef réfugié dans mon antre, bien à l'abri de mes amis et de ma parentèle. Et tant qu'à ne pas feeler, autant en profiter pour commettre des sacrilèges.
Et d'abattre mes idoles. Ça calme, à défaut de dormir par une canicule pareille.
Mes amies Pomme et JFM passent déjà leur dernière nuit dans le pays de notre souveraine bien-aimée. Dans un précédent message je les saluais au son de quelques tounes qui me plaisent, made in England. Or, aujourd'hui, je suis tombé à la fois sur un message de Pomme, et sur la chanson "Welcome in England" de Tori Amos.
Et j'ai tenté de retrouver mes émois adolescents devant la divine interprète de Caught a lite sneeze. Celle qui faisait vibrer Trent Reznor et tous les bums de ma génération. En vain.
Succès souvenir de 1996.
Détruisons donc l'idole.
Mais avant, deux ou trois informations importantes à savoir. L'Achigan a sensiblement fait le même exercice que je m'apprête à faire, et son résultat est magistral, magnifique. C'est pourquoi je vais le citer impunément, et je vous conseille vraiment d'aller le lire au lieu de perdre votre temps à m'écouter chiâler. Ensuite, je tiens à dire que ma passion juvénile pour Tori Amos frisait la dévotion hystérique. Je suis allée la voir en spectacle à deux reprises (où j'ai pleuré comme un veau), j'avais des centaines d'images d'elle, des reliques, des affiches, une biographie autorisée, ses disques, et je lui ai même déjà écrit (personnellement). Je n'écoutais pratiquement que ses opus pendant des lunaisons entières; j'ai appris mes premiers rudiments d'anglais à la traduire; j'écrivais des cochonneries et des horreurs littéraires inspirées par elle, par ses textes gnostiques, par ses folies scéniques. Bref. Vous voyez le genre. L'amour fou.
C'est presque humiliant de se rendre compte à quel point on peut devenir groupie d'une artiste pop. Fanatique. Déraisonnablement ébloui.
J'en garde, à part quelques beaux souvenirs et deux ou trois chansons d'elle qui resteront éternellement des petits chefs-d'oeuvre, une délectation malsaine pour tout ce qui est victorien et/ou roux.
Mais là, la madame, elle a 45 ans, et moi l'âge de Kurt Cobain quand il est mort. Je n'ai pas la même vision des choses qu'avant, ce qui ne semble pas être le cas de Tori. Pauvre Tori.
"Qu'as-tu à dire mortel ? Où est ton feu ? Voilà tout ce qui importe."
Tout le potentiel est encore présent. Mais le résultat est bidon. Vide. De mauvais goût, même.
Voyez plutôt :
QUOSSÉ ÇA???
Paroles et musique : du n'importe quoi érigé en spectacle désolant de grandiloquence. Froide, vide, muette, évanescente, inutile comme une poupée Barbie sur une étagère de vieille fille frigide.
"Welcome to England,"he said, "Welcome to my world. You better bring your own sun."
Oh. Jeez. Sooooooooo clever. Rainy England. Bring your own sun.
COME ON!!!!
Le clip ressemble à un mauvais vidéo de vacances, du genre que ne ramèneront pas mes amies Pomme et JFM parce que. Et ça pue le touriste américain pétri de préjugés et de raccourcis culturels. Le Big Ben, les casques de poil des soldats à tunique rouge, les autobus à impériale, la mélancolie ambiante.
Et se trouvait-elle exceptionnellement belle, raffinée et originale en allant se balader déguisée en drapeau américain, comme si elle incarnait la subtilité légendaire des USA, comme si son patriotisme violent n'avait pas une petite gêne même au royaume de Sa Majesté?
Dégoûté, je suis.
Sa voix de chanteuse pop vieillit mal : son accent diphtongué qui ne ressemble à rien me tape sur les nerfs. Elle est nasillarde. Elle étire les notes comme de la gomme à mâchée cheap.
Elle ne sait plus comment chanter, voilà.
"Maintenant, Tori Amos est une dryade saoule, absente, heureuse et pervertie."
Une risée.
Où est passée la fougue, la magie, la mythologie, le rythme endiablé du pianoforte, du clavecin, de l'orgue? Où est passée la Ugly Betty de la chanson pop-grunge? Quelle espèce de vieille matante ratatinée essaie-t-on de nous vendre comme un t-shirt du Che ou comme un slogan de Mai 68 sur des bijoux griffés?
L'idole est bel et bien vide, sa divinité, envolée. Il ne reste rien. Que des images insipides, que du bruit, que de la paillette fanée, que des rides trop maquillées. Pity.

Y aura-t-il quelqu'un pour la défendre? Ou est-ce que l'été, mon insipidité bloguesque, la vacuité du web 2.0 auront eu raison de tout esprit critique, de tout esprit de chapelle, de toute quérulence?
Whatever.
Je préfère encore me branler en m'imaginant décoiffer Xavier Dolan de plaisir.
Et soigner ma grippe, seul et malheureux, au coeur de mon bien-aimé Plateau bruyant, sale et déchu comme mes idoles d'adolescence.
2.8.09
Songs from the UK
Je pense à mes amies Pomme et Jeune Femme Moderne qui sont présentement quelque part au UK (à Edinburgh ou en route vers une autre ville) et je leur dédie avec toute mon affection ces quelques chansons (ô femmes que j'aime, ô chanteuses que je vénère : Beth Gibbons, Roisin Murphy, La Roux...) qui font ma joie de fidèle sujet de Sa Majesté. Rapportez-moi le Prince Harry en souvenir, et un tibia de Tolkien, mes toutes-belles, voulez-vous?
21.3.09
Réveil mystique
(Dédicace toute spéciale et affectueuse à
Coulent en mes veines et mes nerfs de profuses sèves mielleuses. Un goût de crème, onction matutinale, sur mes lèvres... Mon corps vieillit! Je n'ai plus la fraîcheur délicatement pure de mes quinze ans! C'est de géométries alternatives que s'inspirent désormais mes gènes. Partons tout de même! Chassons la langueur! J'ai soif de délicates et déliées ferveurs nouvelles. Exultet! Exultet!

"De mon temps (je veux dire : au temps de ma jeunesse), ça ne se passait pas comme ça.
Nous n'aurions pas toléré ces fausses sorties, ces rentrées, ces retours inopinés de l'hiver après que déjà tout est mis en scène pour la féerie nouvelle. De mon temps, on savait à quoi s'en tenir. Rimbaud pouvait écrire : Eucharis me dit que c'est le printemps; après quoi l'on n'avait plus à rallumer les calorifères.
... on se dit : c'est remis à plus tard, et l'on se replonge dans la méditation, la lecture; mais non : la pièce a commencé tout de même; et quand, levant les yeux de dessus le livre, on regarde au dehors... "
(André Gide, Printemps)
"Quittant la Grèce à regret, j'avais traversé la Yougoslavie en proie à un délire blanc et rose, admiré des bosquets de lilas sauvages, des arbres fruitiers, cerisiers ou poiriers, frémissants de candeur et de-ci de-là les grêles gerbes incarnadines des pêchers, tous plus beaux que je ne me souvenais qu'ils pussent être; puis, au bord des eaux, une grande fleur jaune, au port d'asphodèle, que je ne connaissais pas encore et dont j'aurais voulu savoir le nom."
(André Gide, Printemps)
Mes amis je suis las. Cent fois j'ai soufflé sur les braises qui pendent tristement aux branches des ormes, des bouleaux, des érables, des tulipiers, des ifs et des pruniers de mon paradis royal, sans même m'apercevoir que mon haleine était encore embuée de sommeil ou de phrases ; ce fut sur les coups de quatre heures, à l'heure où s'éveillent les dieux enfermés comme des confitures dans leurs statues hermétiques, puissent-ils ne jamais souffrir du froid de la fin des songes, que je marquai d'un sourire, signature mystique, les traces odoriférantes de plusieurs amitiés contractées dans l'année ; l'hiver s'en fut! les oiseaux fouettent mon chat Perse de leurs cris de femme! on sort les meilleures huiles, parfumées durant l'hiver en petites amphores précieusement marquées par la plume mauve d'une main d'esclave ; favorisant les fumigations sacrées, certains flamines enlèvent leurs bonnets en se passant une main triste sur le front, mais je les plains, car sur les terres encore blêmes du sang des nuages, les sacrifices ne sont plus de saison : Exultet! Exultet!
"Oui, pour être sensible au printemps, il y faut de la connivence et soi-même entrer dans le jeu. Alors l'adolescent soudain tressaille en écoutant, à l'aube, le chant du merle... il rougit d'entendre son secret palpitant divulgué; puis se rassure : la ville entière dort encore; il est seul à entendre; c'est affaire entre le merle et lui...
Qui n'a pas devancé l'aurore ignore tout ce qu'il peut se glisser, au printemps, dans les halliers, de frémissements, de frôlements incertains, de murmures. L'adolescent fervent, que tourmente une inquiétude inconnue, quitte son lit brûlant pour quêter la clef d'un mystère. C'est l'heure où le ciel, à l'orient, commence à pâlir. Comme un prisonnier qui s'évade, il quitte la chambre... le voici sous le vaste ciel, seul, éperdu de joie et bondissant comme un danseur; sa marche, en traversant la cour, est si légère qu'elle fait à peine crisser le gravier; il court vers le sentier du bois, s'y engage, offre son front à la rosée que secouent sur lui les branchages; il est de mèche avec le gibier..."
(André Gide, Printemps)
J'avance au son des fifres dans ma tête de tête. Mon coeur de coeur s'élance comme le coureur au bloc de départ. Mes mains, de mains! saisissent le jour.
Grande la ferveur au coeur des flamines blancs qui s'aspergent de sang neuf. Grandes nos espérances et grand le sourire dans mon cou qui frémit comme les bêtes au retour de toutes flamboyances déchues. Grand! Et c'est ce que nous ne disions plus! Grand! Mes yeux s'emplissent de miel, s'emplissent de crème fraîche, et mes doigts se réchauffent directement sur le ciel! Exultet!
"J'ai vu, depuis, les plaines du Maroc s'iriser, se diaprer de soucis orangés, de petits liserons bleus, de maintes fleurs riantes. J'ai vu sous les palmiers d'El Kantara, abrités par les hautes palmes, les abricotiers blancs bruissant d'abeilles abriter à leur tour les champs d'orge. J'ai vu le cimetière de Blidah... s'emplir de roses; son bois sacré de chants d'oiseaux. J'y venais en convalescent et sentais, comme en moi, la nature entière se réveiller enfin de sa léthargie de l'hiver. J'ai vu les plaines de Lombardie hasarder leurs premiers sourires; j'ai vu s'emplir de bouquets Rome et Florence..."
(André Gide, Printemps)
"Et j'allais m'en retourner vers de plus amènes contrées, lorsque soudain, gravissant une petite éminence et m'écartant de la forêt dormante, je découvris sur un espace découvert où s'attardaient des pans de neige, un peuple de petits crocus blancs, soyeux, délicats, qui n'en pouvaient plus d'impatience ayant leur mot à dire, et risquant leur fragilité à travers le feutre épais des mousses. Et j'en aurais pleuré de tendresse, car cette réaffirmation de l'amour, de la vie, ne paraît jamais plus émouvante que lorsque la mort l'environne. De même les grandes orobanches mauve pâle prenaient une éloquence inespérée dans le sable désolé du désert. De même, à Olympie, ce dernier printemps parmi les ruines..."
(André Gide, Printemps)
C'est vent de grande solennité pour les incartades incertaines, revivifiées! Et nos plissements d'oeil se sentent aux détours du ciel sur nos nuques comme des appels harmonieux de pieux animaux en pacage. Bientôt les écobuages seront patinés de vert tendre. Bientôt les voix souffleront comme de grandes soeurs sur le doux drapé des choses. Bientôt mes offrandes seront exaucés, se dit en aparté le chercheur angoissé de métaphysiques nouvelles. Il faut bien que quelque chose meure pour que tout le reste vive : O felix culpa, quae talem ac tantum meruit habere redemptorem !
17.3.09
Sept ans en musique
Pour finir, nous sommes et resterons
amis de la musique, comme nous
restons amis du clair de lune.
Ni l'un ni l'autre ne veulent évincer le soleil,
ils veulent seulement,
aussi bien qu'ils peuvent, éclairer nos nuits.
Mais il nous sera néanmoins permis,
n'est-ce pas ? de plaisanter et
de rire à leur propos ? Un peu tout au moins ?
Et de temps en temps ?
Nietzsche, Humain trop humain, n. 169
Aujourd'hui, c'est un jour spécial pour moi. Il y a exactement sept ans, l'amour m'a terrassé. Nous nous sommes rencontrés dans un bar miteux de la rue Beaubien, en faisant du karaoké pour l'anniversaire d'une amie. Il m'avait invité à aller chanter avec lui une chanson de Dalida... C'était tellement drôle!!! Précisons que je chante comme un anus de babouin. Et qu'il a toujours aimé chanter. Duo létal. Franchement dépareillé, mais le comique en était irrésistible.
Toute notre relation fut dès cet instant-là marquée par un rapport très étroit, très étrange, et parfois insupportable, à la musique. De Parole parole à Far away (de Martha Wainwright, que j'ai écouté en boucle pour alimenter ma douleur, vers la fin des haricots), en passant par nos interminables soirées karaoké subséquentes (à mon plus grand désespoir, mais j'étais amoureux de lui), où nous vécurent des situations complètement hallucinantes dans un décor digne d'un film de Rodrigue Jean (en particulier son délicieux et délictieux Yellowknife), je crois que je n'aurais jamais pu imaginer une relation à la fois aussi longue et aussi musicale.
Nous avons réussi notre rupture. C'est devenu pour moi un ami très cher, avec lequel je désire rester à jamais en bons termes. Jamais je n'oublierai les merveilleux moments que j'ai passé avec lui. Ni les mauvais, les horribles, les ratés : ces apprentissages douloureux mais nécessaires. Pour souligner la date qui a bouleversé ma vie plus qu'aucune autre, j'ai choisi sept pièces musicales qui marquèrent diversement, entre d'innombrables autres, notre périple amoureux, cahotique et chaotique, qui s'est achevé sans tempête, sans collision, sans naufrage.
(Et je terminerai ce billet sur ce que je lui avais écrit, après l'avoir quitté...)
1 - Your song, version Moulin rouge.
C'est en me chantant à tue-tête, dans les ruelles endormies, cette jolie chanson d'amour que mon ex m'a conquis.
2 - La chanson des vieux amants, de Brel.
Nous nous imaginions vieillir ensemble. Et pourtant, dès le début, quelque chose clochait. "Il faut bien que le corps exulte..." Ce fut le pire des tourments.
3 - Le Poinçonneur des Lilas, de Gainsbourg
Le Gainsbourg jazz, jusqu'à celui de Bonnie and Clyde, fut, avec Boris Vian, un classique de nos longues heures en voiture pour monter à Québec. Le "vieux dégueulasse" demeure pour moi indissociable de l'autoroute 40, de nuit.
4 - Monopolis, de Starmania
Eh misère... Ce que j'ai pu l'entendre, cette chanson... Pour des auditions de comédies musicales, mon ex s'est égosillé sur ce refrain... Je crois que mes problèmes de santé mentale date de cette époque...
5 - Le Requiem de Mozart dirigé par Karajan
Nous étions quand même des gens de goût, et de bonne compagnie. Quand nous recevions à souper, ou quand nous faisons des folleries au chalet avec nos amis, il n'était pas rare que la merveilleuse musique de Wolfgang Amadeus (dont le film biographique magistral fut le premier que nous allâmes voir ensemble au cinéma, dans sa version remasterisée de 2002) accompagnât nos agapes. Bons vins, bonne chère, des dizaines de chandelles blanches, quelques substances hallucinogènes... et la baguette surnaturelle de Karajan pour diriger tout ça.
6 - Space oddity, de Bowie
Issu de son désir des hauteurs (que je ne partage absolument pas), il était allé faire des sauts en parachutes, dont le premier fut filmé et présenté sur cette musique, qui devint bientôt un incontournable de nos vies. J'ai toujours aimé Bowie. Et nous avons littéralement COMMUNIÉ, lui et moi, sur le film C.R.A.Z.Y., de Jean-Marc Vallée...
7 - La bande sonore signée Miles Davis du film Ascenseur pour l'échafaud
Mon actrice française préférée et un de mes jazzmen préférés. Un grand film. Que j'avais découvert grâce au Phallocrate, alors que j'avais dix-sept automnes (on n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans). Mon ex aimait presque autant que moi le jazz. Alors Miles Davis a littéralement inventé certains de nos meilleurs moments d'intimité. Le nombre de fois que j'ai joui, porté vers le ciel grâce à cette musique...
Voilà. Sept ans aujourd'hui. Mais nous ne fêterons plus jamais cet anniversaire ensemble. Je ne suis pas triste. Je suis, à tous égards, pour le meilleur et pour le pire, reconnaissant.
Perplexe, à mon ex (sans rancune aucune)
Je lis ce matin ce poème de René Char, et je pense à ce que j'ai perdu, et je m'adresse ces mots, ces phrases au «tu». Je me les adresse en murmurant, comme on lit la Torah, en hochant la tête, le corps, le monde entier.
Les braises peuvent flamber, mais elles s'éteignent insensiblement, à la fin. C'était un beau brasier. Ne regrettons pas les bûches et les embûches. Tout est calme, désormais, si rien n'est calme en nous-mêmes.
Je ne regrette rien. Tout m'est contact privilégié à mes limites, à mes Terra Incognita intérieures. Et c'est bien comme ça.
«J'HABITE UNE DOULEUR
Ne laisse pas le soin de gouverner ton coeur à ces tendresses parentes de l'automne auquel elles empruntent sa placide allure et son affable agonie. L'oeil est précoce à se plisser. La souffrance connaît peu de mots. Préfère te coucher sans fardeau : tu rêveras du lendemain et ton lit te sera léger. Tu rêveras que ta maison n'a plus de vitres. Tu es impatient de t'unir au vent, au vent qui parcourt une année en une nuit. D'autres chanteront l'incorporation mélodieuse, les chairs qui ne personnifient plus que la sorcellerie du sablier. Tu condamneras la gratitude qui se répète. Plus tard, on t'identifiera à quelque géant désagrégé, seigneur de l'impossible.
Pourtant.
Tu n'as fait qu'augmenter le poids de ta nuit. Tu es retourné à la pêche aux murailles, à la canicule sans été. Tu es furieux contre ton amour au centre d'une entente qui s'affole. Songe à la maison parfaite que tu ne verras jamais monter. À quand la récolte de l'abîme? Mais tu as crevé les yeux du lion. Tu crois voir passer la beauté au-dessus des lavandes noires...
Qu'est-ce qui t'a hissé, une fois encore, un peu plus haut, sans te convaincre?
Il n'y a pas de siège pur.»
(René Char, Le Poème pulvérisé, in Fureur et mystère)
vendredi 25 juillet 2008
BAST

(Tableau de Georges de la Tour)
bastsujets :
Amitiés,
Laterna magica,
Miouse,
Qui (ne) suis-je (pas)?,
ποιεῖν
7.3.09
L'homosexualité reste à inventer
(Dialogue sur fond de musique un peu triste et de toiles surréalistes avec mon maître, Michel Foucault.)
Bast : Michel, aidez-moi... Je ne me comprends plus... Suis-je homosexuel? Quel est le sens à donner à cette partie de ma vie que je n'ai pas choisie? Suis-je condamné à souffrir? Pour le bouddhisme, c'est le désir qui est source de souffrance...
Foucault : Une chose dont il faut se défier, c'est la tendance à ramener la question de l'homosexualité au problème du "Qui suis-je? Quel est le secret de mon désir?" Peut-être vaudrait-il mieux se demander : "Quelles relations peuvent être, à travers l'homosexualité, établies, inventées, multipliées, modulées?" Le problème n'est pas de découvrir en soi la vérité de son sexe, mais c'est plutôt d'user désormais de sa sexualité pour arriver à des multiplicités de relations. Et c'est sans doute là la vraie raison pour laquelle l'homosexualité n'est pas une forme de désir mais quelque chose de désirable. Nous avons à nous acharner à devenir homosexuels et non pas à nous obstiner à reconnaître que nous le sommes. Ce vers quoi vont les développements du problème de l'homosexualité, c'est le problème de l'amitié.
Bast : Des amis j'en ai, et je les aime aussi! Mais ce n'est pas pareil... Je veux dire, oui Rumi et Shams, oui Montaigne et la Boétie, oui c'est possible que l'amitié touche à l'amour. Et la tension sexuelle entre amis existe aussi. Mais... Mais! J'aimerais comprendre... Suis-je aliéné par les stratégies d'un système conservateur qui m'empêche de penser autrement que selon des schèmes préétablis, rassurants pour le biopouvoir? Et vous, Michel, avec Daniel Defert, ce n'était qu'une "amitié particulière"? Qu'une "modulation" relationnelle?Foucault : Aussi loin que je me souvienne, avoir envie de garçons, c'était avoir envie de relations avec des garçons. Ça a été pour moi toujours quelque chose d'important. Non pas forcément sous la forme du couple, mais comme une question d'existence : comment est-il possible pour des hommes d'être ensemble? de vivre ensemble, de partager leur temps, leur repas, leur chambre, leurs loisirs, leurs chagrins, leur savoir, leurs confidences? Qu'est-ce que c'est que ça, être entre hommes, "à nu" hors de relations institutionnelles, de famille, de profession, de camaraderie obligée? C'est un désir, une inquiétude, un désir-inquiétude qui existe chez beaucoup de gens.
Bast : Mais moi, c'est PRÉCISÉMENT de ça dont j'ai envie! Et pour moi, c'est ça l'amour! Je désire partager cette inquiétude, ce désir-inquiétude avec une personne en particulier, alors c'est l'amour, non? Vous serez, maître, d'accord avec moi que c'est bien joli d'avoir du sexe plus "facilement" que disons au Moyen Âge, entre garçons, mais comment est-ce que je peux vouloir partager la vie de quelqu'un sans que les émotions m'emportent et me noient? Deux individus adultes de même sexe, qui ressentent ce désir-inquiétude (ou sollicitude), peuvent-ils espérer composer une relation satisfaisante malgré la pression sociale?
Foucault : Ils ont à inventer de A à Z une relation encore sans forme, et qui est l'amitié : c'est-à-dire la somme de toutes les choses à travers lesquelles, l'un à l'autre, on peut se faire plaisir.
Bast : L'amour serait seulement un besoin que je ressens par analogie, par un espèce de conditionnement social, culturel?Foucault : C'est l'une des concessions que l'on fait aux autres que de ne présenter l'homosexualité que sous la forme d'un plaisir immédiat, de deux jeunes garçons se rencontrant dans la rue, se séduisant d'un regard, se mettant la main aux fesses et s'envoyant en l'air dans le quart d'heure. On a là une espèce d'image proprette de l'homosexualité, qui perd toute virtualité d'inquiétude pour deux raisons : elle répond à un canon rassurant de la beauté, et elle annule tout ce qu'il peut y avoir d'inquiétant dans l'affection, la tendresse, l'amitié, la fidélité, la camaraderie, le compagnonnage, auxquels une société un peu ratissée ne peut pas donner de place sans craindre que ne se forment des alliances, que se nouent des lignes de force imprévues. Je pense que c'est cela qui rend "troublante" l'homosexualité : le mode de vie homosexuel beaucoup plus que l'acte sexuel lui-même. Imaginer un acte sexuel qui n'est pas conforme à la loi ou à la nature, ce n'est pas ça qui inquiète les gens. Mais que des individus commencent à s'aimer, voilà le problème.
Bast : Le problème? S'aimer serait ce qui dérange et m'oblige à correspondre toujours davantage à un idéal hétérocentriste?
Foucault : L'institution est prise à contre-pied ; des intensités affectives la traversent, à la fois elles la font tenir et la perturbent : regardez l'armée, l'amour entre hommes y est sans cesse appelé et honni. Les codes institutionnels ne peuvent valider ces relations aux intensités multiples, aux couleurs variables, aux mouvements imperceptibles, aux formes qui changent. Ces relations qui font court-circuit et qui introduisent l'amour là où il devrait y avoir la loi, la règle ou l'habitude.
Bast : Je comprends. Dans un sens, la libération des homosexuels (hommes et femmes, et autres) n'a fait que déplacer le problème. Amener l'institution à légaliser de telles possibilités affectives est une manière de désamorcer le danger... Une façon de ramener à quelque chose de "propret", à une image de pur hédonisme, ou a contrario, à quelque chose de bien étiquetté, de bien visible et de rassurant, les intensités qui échappaient au contrôle de certaines structures normatives. Mais que faire, alors?Foucault : À nous d'avancer dans une "ascèse" homosexuelle qui nous ferait travailler sur nous-mêmes et inventer, je ne dis pas découvrir, une manière d'être encore improbable.
Ce à quoi nous devons travailler, me semble-t-il, ce n'est pas tellement de libérer nos désirs, mais de nous rendre nous-mêmes infiniment plus susceptibles de plaisirs. Il faut échapper aux deux formules toutes faites de la pure rencontre sexuelle et de la fusion amoureuses des identités.
Bast : Ce n'est pas un peu utopiste? On ne peut pas, tout simplement, évacuer la promiscuité sexuelle, ni le concept d'amour, qui est, dans mon cas, le but même de mon homosexualité en tant que désir des garçons, désir d'être avec un garçon.
Foucault : Comment arriver, à travers les pratiques sexuelles, à un système relationnel? Est-ce qu'il est possible de créer un mode de vie homosexuel? Cette notion de mode de vie me paraît importante. Est-ce qu'il n'y aurait pas à introduire une diversication autre que celle qui est due aux classes sociales, aux différences de profession, aux niveaux culturels, une diversication qui serait aussi une forme de relation, et qui serait le "mode de vie"? Un mode de vie peut se partager entre des individus d'âge, de statut, d'activité sociale différents. Il peut donner lieu à des relations intenses qui ne ressemblent à aucune de celles qui sont institutionnalisées et il me semble qu'un mode de vie peut donner lieu à une culture, et à une éthique. Être gay, c'est, je crois, non pas s'identifier aux traits psychologiques et aux masques visibles de l'homosexuel, mais chercher à définir et à développer un mode de vie.
Bast : Mais pourquoi est-ce que ce serait le lot des gays de faire ces expérimentations éthiques et culturels? Pourquoi est-ce que ce n'est pas l'ensemble de la société humaine qui ne pourrait du coup faire un travail de réflexion sur le sens à donner à la famille, à la sexualité, à la conjugalité, aux relations amicales aux intensités variables?Foucault : L'homosexualité est une occasion historique de rouvrir les virtualités relationnelles et affectives, non pas tellement par les qualités intrinsèques de l'homosexuel, mais parce que la position de celui-ci "en biais", en quelque sorte, les lignes diagonales qu'il peut tracer dans le tissu social permettent de faire apparaître ces virtualités.
Bast : Donc, maître, vous ne me direz pas comment faire, quoi faire pour sortir de mon sentiment de détresse actuel? Il n'y a pas de recette, de "programme foucaldien", c'est ça?
Foucault : Mais l'idée d'un programme et de propositions est dangereuse! Dès qu'un programme se présente, il fait loi, c'est une interdiction d'inventer. Il devrait y avoir une inventivité propre à une situation comme la nôtre et à cette envie que les Américains appellent coming out, c'est-à-dire se manifester. Le programme doit être vide. Il faut creuser pour montrer comment les choses ont été historiquement contingentes, pour telle ou telle raison intelligible mais non nécessaire. Il faut faire apparaître l'intelligible sur le fond de vacuité et nier une nécessité, et penser que ce qui existe est loin de remplir tous les espaces possibles. Faire un vrai défi incontournable de la question : à quoi peut-on jouer, et comment inventer le jeu?
(Toutes les paroles ici attribuées à Michel Foucault figurent telles quelles dans l'édition Quarto des Dits et écrits II, "De l'amitié comme mode de vie", pages 982 à 986)
4.3.09
Mes amis, mes insectes
"Rivière au coeur jamais détruit dans ce monde fou de prison, Garde-nous violent et ami des abeilles de l'horizon."
(René Char, La Sorgue)
Nous sommes une secte sans gourou, sans dogme, sans divinité titulaire (à part peut-être Athéna ou Artémis, en tout cas une déesse, et une déesse qui torche des culs, une déesse de la nature et de l'amitié et de la guerre), sans obligations, sans Parousie, sans exclusivité et sans cotisation. Nous sommes insectes! Et j'aime ma sauterelle, et j'aime ma coccinelle, et j'aimerais que tout le monde que je connais soit insecte parmi mes insectes.Je chante (encore) du René Char pour vous, et pour toutes les bébittes de ma vie :
COMPLAINTE DU LÉZARD AMOUREUX
N'égraine pas le tournesol,
Tes cyprès auraient de la peine,
Chardonneret, reprends ton vol
Et reviens à ton nid de laine.
Tu n'es pas un caillou du ciel
Pour que le vent te tienne quitte,
Oiseau rural ; l'arc-en-ciel
S'unifie dans la marguerite.
L'homme fusille, cache-toi ;
Le tournesol est son complice.
Seules les herbes sont pour toi,
Les herbes des champs qui se plissent.
Le serpent ne te connaît pas,
Et la sauterelle est bougonne ;
La taupe, elle, n'y voit pas ;
Le papillon ne hait personne.
Il est midi, chardonneret.
Le séneçon est là qui brille.
Attarde-toi, va, sans danger :
L'homme est rentré dans sa famille!
L'écho de ce pays est sûr.
J'observe, je suis bon prophète ;
Je vois tout de mon petit mur,
Même tituber la chouette.
Qui, mieux qu'un lézard amoureux,
Peut dire les secrets terrestres?
Ô léger gentil roi des cieux,
Que n'as-tu ton nid dans ma pierre!
(Orgon, août 1947)
3.3.09
Rémission, évocation
quelle est cette grande distorsion qui exécute les étincelles?
quelle la beauté du point du jour qui me fait sourire par toute la surface de mon corps?
il était une fois et une fois encore et à chaque fois davantage d'amour
il aurait fallu un art idoine, une image plus tendre, plus immanente
sur les rides irisées du réel
et cette petite victoire du coeur, comme une fascination solaire
je salue les amis, et je les embrasse avec admiration,
je révoque mes doutes, j'évoque l'équivoque et les diadoques aux fronts purs
qui savent lire les étoiles dans les yeux qui brillent au ciel comme la première fois
qu'on fait l'amour - à chaque fois davantage d'amour
merci les transgressions, merci les hétairies, merci les secondes chances.
et ces petites victoires ducales, comme un adoubement du réel
il était cent fois mes émois et il était beau le trajet jusqu'à moi
je me prends dans mes bras. je me salue
et m'évanouis lentement...
MISSION ET RÉVOCATION
Devant les précaires perspectives d'alchimie du dieu détruit - inaccompli dans l'expérience - je vous regarde, choses dotées de vie, choses inouïes, choses quelconques, et j'interroge : "Commandement interne? Sommation du dehors?" La terre s'éjecte de ses parenthèses illettrées. Soleil et nuit dans un or identique parcourent et négocient l'espace-esprit, la chair-muraille. Le coeur s'évanouit... Ta réponse, connaissance, ce n'est plus la mort, université suspensive.
René Char
1.3.09
Pas sage : avide
Pas d'ordre, pas de mystère, car oui, je sais, lecteur coquin et lectrice coquine aux lobes d'oreille que j'aimerais croquer parce que j'aime les lobes d'oreille et que j'aime mon lectorat, tu veux tout savoir, alors je te dis tout, et davantage encore, voilà, tu l'auras cherché :
Je suis d'un tempérament excessif, et comme on me l'a fait remarquer dernièrement, j'ai l'air d'une "drama queen" en rémission. J'ai abusé de tout, avec plaisir, surtout des substances qui jouent sur les humeurs, et des livres. Avide, vous dis-je.

Martine St.Clair est peut-être une femme très-belle qui a bien vieilli... Mais. (Ajoutez ici la chanson de votre choix qu'elle a eu le malheur de populariser...)

Dandyism's not dead : j'en suis la preuve vivante. Merci, Beau Brummell!

J'ai déjà frenché avec le meilleur ami de mon (ex-) chum... devant sa blonde. Et ce n'est pas moi qui ai commencé.

Être ami sur facebook (sous ma véritable identité, pas celle de Basta Bast) avec Anne-France Goldwater, la célèbre avocate de Lola, est un privilège que je partage avec seulement quarante-sept personnes. VIP, vous dites? Mon futur mari plein aux as n'a qu'à bien se tenir!

Un jour, mon amie G (comme le point, là) et moi, nous aurons : un manoir de style britannique à Frelighsburg, un âne pour aller faire les courses au marché du village, et des chaises à porteur pour que nos étudiants les plus virils nous apportent en classe lorsque nous serons professeur ou conférencier.

On me souffle à l'oreille que j'aurais jadis terminé ma carrière de chanteur à voix dans un karaoké de la rue Beaubien de très-gênante façon : en chantant "Ce soir l'amour est dans tes yeux" de Martine St.Clair en duo avec MAGIC. Goddam. Invitez-moi à Vie privée vie publique que je vous te fasse brââââiller un auditoire sur "ma descente dans l'enfer de la drogue"

Mon rêve le plus difficile à avouer en public est celui-ci : posséder une garde-robe "walk-in" comme celui de Carrie Bradshaw dans le film "Sex and the City" et n'y ranger que des articles de vêtement noirs. Avec peut-être quelques chemises blanches ou d'une couleur qui me donne un beau teint. Et y faire l'amour, bien sûr...

Je crois qu'il n'y a pas de raison de ne pas s'offrir du foie gras, même quand nos revenus frôlent le zéro et que nos dettes atteignent un point de non-retour. C'est une simple question de... délicatesse de tempérament. Et, mutatis mutandi, ce n'est pas parce qu'on est atrocement riche qu'on ne peut pas apprécier un cheeseburger avec bacon à 1,39$ après une brosse très généreusement arrosée de champagne (la Veuve, bien sûr - à la rigueur Paul Goerg parce qu'il est millésimé).

Conversation avec mon frère en fin de semaine : y a-t-il encore des gens pour penser que la coupe "mohawk" urbaine est à la mode? Semblerait que oui et, dixit mon frère : "pas juste à Laval". Rassurant?

Je n'ai pas de tatouage car je ne sais pas combien de temps je vais garder la même peau.

Quiconque a en sa possession des photos de Patrick Masbourian nu doit IMMÉDIATEMENT me les faire parvenir. Sinon, je vais continuer d'aimer mon lecteur et ma lectrice quand même... peut-être.

Je suis monarchiste pour des raisons démocratiques. Et parce que j'aime l'idée d'avoir une Reine qui soit aussi un chef religieux, le seul qui soit bien habillé.

On reconnait un nouveau riche et un pauvre au fait qu'ils n'ont pas de classe. Avoir de la classe, c'est profiter sans scrupule des largesses du premier, tout en appréciant davantage l'amitié du second.

Boire du mauvais café en bonne compagnie le rend meilleur. Boire de l'excellent café en compagnie de l'humoriste Dieudonné est très dommage, car on gaspille le café en le lui lançant violemment au visage.

J'ai déjà eu une aventure sentimentale et sexuelle avec un militant connu de la communauté musulmane au Québec (du genre qui se retrouve devant les tribunaux et dans les médias assez souvent), mais je l'ai quitté parce qu'il voulait rester dans le placard toute sa vie pour sauver l'honneur de sa famille. Mais j'ai appris à son contact des tas de trucs, dont un mot arabe : habibi, qui veut dire "mon chéri". Cute, non?

À mon ancien travail, dans le centre-ville où règnent le costard gris et le tailleur beige, je faisais jouer en boucle la chanson de Placebo suivante. Ça faisait rire mon amie Josée et ça rendait fous les autres employés...
Je suis d'un tempérament excessif, et comme on me l'a fait remarquer dernièrement, j'ai l'air d'une "drama queen" en rémission. J'ai abusé de tout, avec plaisir, surtout des substances qui jouent sur les humeurs, et des livres. Avide, vous dis-je.
Martine St.Clair est peut-être une femme très-belle qui a bien vieilli... Mais. (Ajoutez ici la chanson de votre choix qu'elle a eu le malheur de populariser...)
Dandyism's not dead : j'en suis la preuve vivante. Merci, Beau Brummell!
J'ai déjà frenché avec le meilleur ami de mon (ex-) chum... devant sa blonde. Et ce n'est pas moi qui ai commencé.
Être ami sur facebook (sous ma véritable identité, pas celle de Basta Bast) avec Anne-France Goldwater, la célèbre avocate de Lola, est un privilège que je partage avec seulement quarante-sept personnes. VIP, vous dites? Mon futur mari plein aux as n'a qu'à bien se tenir!
Un jour, mon amie G (comme le point, là) et moi, nous aurons : un manoir de style britannique à Frelighsburg, un âne pour aller faire les courses au marché du village, et des chaises à porteur pour que nos étudiants les plus virils nous apportent en classe lorsque nous serons professeur ou conférencier.
On me souffle à l'oreille que j'aurais jadis terminé ma carrière de chanteur à voix dans un karaoké de la rue Beaubien de très-gênante façon : en chantant "Ce soir l'amour est dans tes yeux" de Martine St.Clair en duo avec MAGIC. Goddam. Invitez-moi à Vie privée vie publique que je vous te fasse brââââiller un auditoire sur "ma descente dans l'enfer de la drogue"
Mon rêve le plus difficile à avouer en public est celui-ci : posséder une garde-robe "walk-in" comme celui de Carrie Bradshaw dans le film "Sex and the City" et n'y ranger que des articles de vêtement noirs. Avec peut-être quelques chemises blanches ou d'une couleur qui me donne un beau teint. Et y faire l'amour, bien sûr...
Je crois qu'il n'y a pas de raison de ne pas s'offrir du foie gras, même quand nos revenus frôlent le zéro et que nos dettes atteignent un point de non-retour. C'est une simple question de... délicatesse de tempérament. Et, mutatis mutandi, ce n'est pas parce qu'on est atrocement riche qu'on ne peut pas apprécier un cheeseburger avec bacon à 1,39$ après une brosse très généreusement arrosée de champagne (la Veuve, bien sûr - à la rigueur Paul Goerg parce qu'il est millésimé).
Conversation avec mon frère en fin de semaine : y a-t-il encore des gens pour penser que la coupe "mohawk" urbaine est à la mode? Semblerait que oui et, dixit mon frère : "pas juste à Laval". Rassurant?
Je n'ai pas de tatouage car je ne sais pas combien de temps je vais garder la même peau.
Quiconque a en sa possession des photos de Patrick Masbourian nu doit IMMÉDIATEMENT me les faire parvenir. Sinon, je vais continuer d'aimer mon lecteur et ma lectrice quand même... peut-être.
Je suis monarchiste pour des raisons démocratiques. Et parce que j'aime l'idée d'avoir une Reine qui soit aussi un chef religieux, le seul qui soit bien habillé.
On reconnait un nouveau riche et un pauvre au fait qu'ils n'ont pas de classe. Avoir de la classe, c'est profiter sans scrupule des largesses du premier, tout en appréciant davantage l'amitié du second.
Boire du mauvais café en bonne compagnie le rend meilleur. Boire de l'excellent café en compagnie de l'humoriste Dieudonné est très dommage, car on gaspille le café en le lui lançant violemment au visage.
J'ai déjà eu une aventure sentimentale et sexuelle avec un militant connu de la communauté musulmane au Québec (du genre qui se retrouve devant les tribunaux et dans les médias assez souvent), mais je l'ai quitté parce qu'il voulait rester dans le placard toute sa vie pour sauver l'honneur de sa famille. Mais j'ai appris à son contact des tas de trucs, dont un mot arabe : habibi, qui veut dire "mon chéri". Cute, non?
À mon ancien travail, dans le centre-ville où règnent le costard gris et le tailleur beige, je faisais jouer en boucle la chanson de Placebo suivante. Ça faisait rire mon amie Josée et ça rendait fous les autres employés...
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