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6.9.09

Pandémie ludique : statistiques et bilan provisoire


Nous avons été, en quelques jours seulement, plus d'une trentaine de participants à la pandémie ludique initiée par l'Achigan à partir d'un de mes billets. La liste (exhaustive?) des bastinfectés se trouve à votre droite, dans un encadré qui vous donne accès directement au billet concerné. S'il manque des blogues à celle-ci, veuillez m'en faire part.

En général, tout le monde s'est efforcé de mettre entre parenthèses ses préférences sexuelles pour jouer le jeu. En général. Car les ti-gars ont beaucoup de mal à faire l'exercice (saluons ceux qui l'ont réussi, c'est tout à leur honneur). Je laisse aux psychologues (et aux autres -logues patentés) le soin de dire des choses ronflantes et vraies et inutiles sur cette simple constatation. Ma théorie? Ils sont trop axés d'emblée sur leur propre masculinité en construction, en équilibre ou en déséquilibre, pour se questionner sur les charmes de leurs amis à zizi. Mais surtout, quand la société depuis des millénaires vous valorise dans vos fantasmes et dans votre hétérosexualité, dans votre machisme ou dans votre romantisme envers la gent féminine, c'est presque un réflexe normal, dans ce cas, de n'être jamais confronté à autre chose qu'à des "totons" (et autres objets de désir quotidiens). Surtout que les voies de l'inconscient sont impénétrables...

Inventer des théories, ça n'a jamais été mon fort, dans mes études en philo... (je laissais ça aux geeks, aux fous et aux nietzschéens exaltés, tous ceux qui, en somme, se faisaient insupportables en coupant sans cesse l'enseignement du professeur pour faire part de leur propre théorie sur le sujet du jour...).


Je n'ai pas encore eu le temps de tout lire. Ça viendra. Mais je constate, encore, avec stupéfaction, que :

1 - Des blogues, en veux-tu en v'là... de toutes les sortes, des plus sordides aux plus gnagnans, des plus intéressants aux plus insignifiants, et des plus populaires aux plus désertiques.

2 - Ça se transmet extrêmement vite, quand on veut, quelque chose, sur Internet.

3 - Le réseautage que permet le fait de bloguer est très intéressant pour partager des idées, mais il est plus populaire de le faire sur un sujet mainstream comme la sexualité, la culture populaire ou la musique, que sur des sujets plus graves ou plus pointus (comme la poésie, la démocratie, les droits de la personne, les religions, le féminisme, etc.)

4 - La réflexion que j'avais lancée dans Fantasme sur le milieu de la création au Québec, enrichie par les passionnantes réponses que vous me fîtes, s'est encore alimentée à cet exercice de "pandémie ludique" : se lancer des défis, se lire les uns les autres, et surtout l'émulation que ça apporte est une intéressante voie à explorer, comme le disait à juste titre l'Achigan.

5 - En tant qu'aristotélicien, je suis satisfait de constater, encore une fois, que les platoniciens ont tort : c'est dans la multitude que les vertus additionnées deviennent exponentielles, et c'est dans l'addition de tous les billets épars que la blogosphère a de l'intérêt en tant que telle ; non pas la vertu d'un seul face à tous les autres, en l'occurrence la popularité d'un seul blogueur ou d'une seule aristocratie de blogueurs, et surtout pas l'attitude nihiliste ou gnostique de ceux qui s'enferment dans leur solipsisme intérieur d'artiste hors du commun pour cracher sur ceux qui ont peut-être, individuellement, moins de talent, mais dont la mise en réseaux dépasse largement le génie d'un seul, isolé. Quand je dis ça, ça peut sembler un peu obscur, mais pensez aux folies des grandeurs de certains blogueurs, et de leur mépris pour ce qui ne rampe pas devant eux, et vous comprendrez ce dont je parle... Je parle de collectivité, d'ouverture à l'Autre, de forces et de faiblesses qui se contre-balancent, et d'efforts encouragés pour que chacun(e), à sa manière, suive sa propre voie là-dedans, whatever the reason pour laquelle ça a commencé à bloguer ces petites bêtes-là.

6 - Scarlett Johansson est la meilleure raison du monde pour être bisensuel... Non seulement elle semble être l'égérie sexuelle de pas mal de monde, mais elle semble être un choix qui transcende toutes les normes, tous les idéaux et tous les choix... Et je suis bien d'accord.


3.9.09

Pandémie ludique/lubrique : vous êtes des bastamours

Jeune vierge autosodomisée par les cornes de sa propre chasteté, Salvador Dali



L'Achigan, tu as créé un bel engouement autour de mon billet "Fragments fous de désir(s)" et j'en suis très honoré. Merci à toutes celles et à tous ceux qui se sont prêté au jeu.

Cependant, je n'ai pas eu le temps encore de tout lire, ni de publier ce que j'avais envie de vous partager ici cette semaine, et j'en suis fort marri.

Mais en fin de semaine, quatre jours de congé, bénédiction!, vont me permettre de remédier à la situation et de partir sur une "shire" (ou "chire"?) cybernétique.

À couilles rabattues, vous dis-je.

J'ai que trop hâte à demain pour ça, et pour vous bombarder gaillardement de commentaires, de billets disjonctés et autres insignifiances bloguesques.

D'ici là, il me reste encore 12 petites heures de travail à abattre aujourd'hui.

Basthommages et salutations distinguées, etc.





(Je préfère la version originale, mais je trouvais cocasse ce duo avec Coeur de Pirate...)

29.8.09

Fragments fous de désir(s) (AJOUT)

Note à moi-même : ne pas publier ce billet sur mon bogue. Je suis déjà assez troublé par ma sexualité, par mon univers fantasmatique, à quoi bon en faire l'étalage malsain et ostensible, au vu et au su de tout le monde...





Ce que je préfère chez les garçons :

- Les fesses. Les reins cambrés. Les hanches étroites. Un ventre plat. Les jambes...

- Des attitudes féminines, des gestes ambigus.

- Une façon de parler élégante, raffinée sans être ni affectée ni hipster; la vivacité d'esprit.

- Une minceur élancée, athlétique, et une virilité sans ostentation. Comme Andy Murray.

(Je crois que j'ai volé cette photo sur internet... shame on me)


- Une pilosité harmonieusement distribuée et bien entretenue.

- Les avant-bras poilus, torturés par des veines apparentes; les aisselles humides.

- Les secrets, les mystères, les ombres de l'intimité, les perversions, les charmes ambivalents de l'amitié entre garçons.

- L'éjaculation généreuse.




Léopold est mon idole.





Marcel Proust, dans son fameux questionnaire, répondait à : "La qualité que je préfère chez un homme", ceci : "Des charmes féminins."






Et à la question "La qualité que je préfère chez une femme", Proust écrivit la réponse suivante : "Des vertus d'homme et la franchise dans la camaraderie."





Ce que je préfère chez les femmes :

- Le champagne quand elles en boivent, non pas dans des flûtes (quel mauvais goût), mais dans des coupes évasées; ou quand elles s'y baignent...

- Une voix chaude, plutôt grave et veloutée, calme et d'une conversation raffinée.

- Une chatte bien épilée, qui s'ouvre magiquement sous l'action mouillée de la langue.

- Des seins enserrés dans un corset, et qui y palpitent d'excitation.



(Je crois que j'ai volé cette photo sur facebook... shame on me)


- La douceur de la peau.

- Les dessous chics et les gants de satin noir.

- Une gestuelle très féminine, très élégante, en toute occasion.

- Une sexualité très ouverte, très assumée.






Dita Von Teese est mon égérie sexuelle absolue.






Des fragments à ajouter? Des idées de fantasmes à m'offrir gracieusement? Des invitations? Des hurlements de dégoût devant autant de rousses et de roux étalés sur mon blogue? Des photos volées sur internet ou sur facebook à m'offrir gracieusement?


AJOUT IMPORTANT : À l'instigation de ce grand pleumat à l'Achigan (son texte est déjà en ligne, ici, et comme toujours, c'est génialement bien écrit), une nouvelle tague érotique est née : la Tague Bisensuelle. Qu'est-ce que vous préférez chez les filles et chez les garçons? Je précise : pas "chez les filles OU chez les garçons". Faites oeuvre de bisensualité, bande de post-freudiens décadents! Je veux voir des imâââges, des "vidios", des toiles célèbres, des exemples concrets, du stupre et de la franchise. Renvoyez-moi la tague et je vous promets des surprises. À vos claviers, multitudes des nations de mon lectorat : vous pouvez répondre sur ma page facebook, dans les commentaires ci-dessous, ou de préférence sur votre propre belogue.

Je me joins à l'Achigan pour taguer Mélodie Nelson, Alyss, le bélître, Maphto, filigrane, Alex, mais aussi FIEL, Ed Hardcore, Pierre-Luc, mon bon Chuck, la belle Dark, Le Pornographomane, Tattoo, Angélus, Simon les Nuages, The Citizen, et toute âme de bonne volonté, qui se sentirait interpelée par ladite Tague Bisensuelle.

Reste à trouver un autre mot que "tague", car personnellement, il m'emmerde. Le mot "pandémie ludique", à la place, vous conviendrait-il?




28.4.09

My own private BO

Un ami m'a taggué sur la musique qui composerait la trame sonore de ma vie si mon lecteur était en mode aléatoire...

Instructions :
1) Ouvre ton programme de musique (iTunes, Winamp, WMP, etc)
2) Mets-le en mode ALÉATOIRE.
3) Appuie sur JOUER.
4) Pour chaque situation énoncée ci-dessous, entre le titre et l’artiste de la chanson qui joue.
5) À chaque fois que tu passes à une autre situation, tu dois appuyer 2 FOIS sur l’option SUIVANT.
6) Ne triche pas pour bien paraître... Sois honnête, c’est plus drôle !
7) «Tag» les gens dont tu aimerais voir les réponses !
8) Faites une Liste et écoutez-la en boucle



Générique d’ouverture : La Marche Nuptiale, de Barbara

Ton réveil le matin : Quatre murs et un toit, de Bénabar

Ton premier jour d’école : Rebel Rebel, de David Bowie

Ton premier coup de foudre : Cripple and the Starfish, de Antony and the Johnsons

Ta perte de virginité : Inertia Creeps, de Massive Attack

Ta première bataille : All Apologies, de Nirvana

Ta première rupture : Night of the Dancing Flame, de Roisin Murphy

Ton bal de graduation : Epilepsy is Dancing, de Antony and the Johnsons

Ta croissance – De la maternelle à l’université : Closing, de Philip Glass

Une crise de nerfs qui te fait perdre contrôle : La Foule, d'Édith Piaf

Ton premier roadtrip avec tes amis : Karma Police, de Radiohead

Un flashback qui te revient : Cat People (Putting Out Fire), de David Bowie

Tu décides de reprendre avec ton ex : I can make you a man, tiré du Rocky Horror Picture Show

Ton mariage : Maria Elena, de Cesaria Evora

La naissance de ton premier enfant : Nightclubbing [Baby Doc Remix], de Iggy Pop

Tu découvres qu’on t’a trompé(e) : Je t'aime moi non plus, de Serge Gainsbourg

Fête d’anniversaire : Butterfly Caught, de Massive Attack

La mort de quelqu’un qui t’es cher : Stand Above Me, de Antony and the Johnsons

La chanson de ton enterrement : Désormais, de Charles Aznavour

Ta première rencontre avec ton/ta meilleur/e ami/e : Chez les Yé-Yé, de Serge Gainsbourg

Ton premier party : I Can't See Nobody [Daniel y. Remix], de Nina Simone

Ton anniversaire de 18 ans : The Girl from Ipanema, de Getz/Gilberto

Ta première sortie en amoureux : Two of Us, de Aimée Mann et Michael Penn (tiré de la BO de I am Sam)

Ton premier concert : Paranoid Android, de Radiohead

Ta première journée au secondaire : Electioneering, de Radiohead

Ton premier baiser : Golden Years, de David Bowie

Scène sensuelle : X-Static Process, de Madonna

Générique de Fin : Concerto in B Flat major, de Tomaso Albinoni



Troublant, mais moins intéressant que d'autres types de tagues, parce que le hasard me semble moins drôle que plusieurs autres manières de créer du cocasse. Enfin bref.

Je tague Fielleux, l'Achigan, Alex, Dark et Chuck.

8.4.09

Fw : Tague érotique

Tagué par Alex, je vous fais donc pénétrer mon esprit malade par les orifices les plus horrifiques. Tenez-vous-le pour dit, tenez-vous pour prévenus, tenez-vous les fesses serrés, et basta! Cela va comme suit :


J'avais 18 ou 19 ans. J'étais mince et niais comme une chanson de Caroline Néron. Tout a commencé par un flirt avec mon prof de philo (coké jusqu'aux yeux, look vaguement Brel mâtiné de Yves Montand, du genre à taper très fort pour laisser des traces) et ça s'est terminé dans la cave aux allures de donjon cheap, le sol couvert de boîtes de carton découpées, les murs de pierre de taille ornés d'anneaux et de mon corps nu accroché comme un trophée de chasse (Hoc est enim corpus meum - prenez-moi, mangez-moi tous pour me transsubstantier), mon sang impur souillé de drogues, d'alcool, de perversions sexuelle, de littérature et de vie. L'autre fois c'était pis, si possible, dégueulant sur le sol pendant que je me faisais enculer, or c'était le printemps et je sentais mon esprit malsain rejoindre les hautes sphères de la plus pure déjection cosmique. Entre Sartre et saint Anselme, preuve ontologique à l'appui, les engueulades, les prises de bec, les prises tout court et les crises de larmes noyées de mauvais vin, dans les volutes mauves d'un sadisme scandaleusement scandé de par tout le cégep ébaubi, je sentais sa langue fouiller ma bouche et sa salive couler sur mon menton, son haleine s'enlacer à la mienne, nos torses et nos bassins se connaître au sens biblique du terme. On remet ça mais à quatre, j'ai jamais autant aimé les tatous que ceux que je léchai comme une chienne, les bites brandies comme des arguments élégamment réduits à des modus tollendo ponens, la musique de Jay-Jay Johanson ou de Portishead, de Tori Amos ou de Daniel Bélanger nous enveloppant, nous fouettant, nous caressant, nous masturbant, nous donnant le change et je perdis pied un matin quand je vis tous les ecchymoses sur mon corps. Les mamelons pincés jusqu'au sang, Paul Valéry et Kant fourbus après une conversation délirante en forme de tempête, on s'endort comme des loirs, moi sur le divan et lui avec son conjoint, je sens le foutre et la choucroute, basta, c'est trop bon, je pleure comme une fillette dans ses bras, qui suis-je, qui suis-je, que vais-je devenir? Je comprends que dalle, je crois que je suis fou. On me bastonne de citations, on m'enfile des godes dans le cul, de jour comme de nuit, les autres je m'en fous mais ça jase, ça jase.

- Va chier, t'es un esti de con! - Tu peux tellement être intelligent pis deux secondes après être tellement immature... - Tu me fais mal! - Arrête de chiâler pis décrisse. - Je ne suis pas amoureux de toi. - Va don' chier! - Baise-moi encore. - Un jour j'étais dans un parc, j'ai vu un mec en train de se pendre à un arbre, j'ai couru, j'ai soulevé son corps, j'ai senti la mort l'envahir pendant que je le tenais dans les airs...- Je suis en train de lire Barthes et... - Arrête de pleurer, t'es pathétique. - J'AI MAL J'AI MAL J'AI MAL J'AI MAL J'AI MAL. - Suce-moi. - Je ne suis pas ton esclave! - Tu es tellement mature pour ton âge... parfois j'en oublie nos différences quand on baise. - Encore, encore, encore, encore...

Les sévices n'étaient rien. J'en retirais de la fierté, de la valeur, de la culture et des blessures. En échange de mon corps, il me prêtait des livres, il m'encourageait, et je lui faisais des pipes dans la voiture pendant qu'il conduisait. Il m'habillait de cuir pour sortir, et nous finissions roulés comme des crêpes sur le gazon, sur un terrain privé, n'importe où, dans une ruelle sale, mon t-shirt déchiré, les lèvres déchiquetées, la queue souillée. Dans de rares mais puissants moments de tendresse, je lui faisais part de mes rêves, de mes projets littéraires, de mes peurs, de mes échecs. J'étais Werther et j'étais René (de Chateaubriand), il était Rousseau ou Gide, il mimait parfaitement Raymond Aron en train de contredire un communiste (Aron était imbattable, il connaissait Le Capital sur le bout de ses doigts), je lui parlais de mon dégoût pour Deleuze, il me chuchotait des obscénités, nous trinquions sur son balcon, lui, son chum, son ex, son ex-femme poétesse, l'ami de son chum et moi, santé, santé, vie et sexe, ivresse de tous les sens, dans tous les sens, Sinn et Bedeutung, la musique de Bach déconstruisant le blanc des murs et les visages comme des cubes lego. Je me suis humilié, je me suis fait fourrer comme une pute, j'étais le clou de la soirée et le plus brillant convive, épatant le vieil ami qui avait jadis connu Aragon, éblouissant les mandarins et les pique-assiettes, les pisse-lyres et les agités du bocal, irritant tout le monde par mon arrogance. J'avais 18 ou 19 ans. J'étais mince et niais comme une chanson d'amour des années quarante. Tout a commencé par un flirt avec mon prof de philo et ça s'est terminé dans la cave aux allures de donjon cheap, le sol couvert de boîtes de carton découpées, les murs de pierre de taille ornés d'anneaux et de mon corps accroché comme un trophée de chasse (Hoc est enim corpus meum - prenez-moi, mangez-moi tous pour me transsubstantier), le sang impur souillé de drogues, d'alcool, de perversions sexuelle, de littérature et de vie. Après une année ou deux de fornication, de conscience altérée, de délire et de sperme sur mon visage glabre, j'ai rencontré quelqu'un d'autre, quelqu'un de mieux, et nous nous sommes graduellement perdus de vue, aujourd'hui je ne regrette rien mais j'ai encore les violentes traces (invisibles à l'oeil nu) de ses genoux grêles sur mes épaules, de son mépris sur ma peau, de ses mots claquant des ordres dans mon esprit. Ce fut le début de la fin de quelque chose.




Je tague tout le monde qui me lit! Il vous faut composer un récit érotique (pas aussi personnel et aussi mauvais que le mien, s'entend).

12.2.09

Worst dump ever

Quand j'ai recommencé à fréquenter Le Phallocrate le printemps dernier, je venais de me séparer de mon ex-copain (avec lequel j'ai passé plus de six ans de ma vie), et quand je me suis échappé à ce propos devant ce dernier, il n'a pas été particulièrement heureux de le savoir. Bon, j'avoue, c'était pas de ses affaires (surtout le matin, après avoir eu des relations sexuelles post-rupture plus que satisfaisantes durant la nuit), maintenant que nous étions en train de "réussir" notre séparation... Au fil des années, je lui avais raconté quelques anecdotes croustillantes à propos du Phallocrate, alors mon ex comprit immédiatement que ce n'était pas seulement pour sa conversation brillante et ses amis fabuleusement intéressants que je retournais dans les bras de celui qui jadis brisa mon petit coeur de pomme...

J'avais dix-sept ans. Le look bad-ass punk, bottes d'armée ou vieux converses, t-shirt noir (de Nine inch nails, de Tool, de Nirvana ou de Korn...), bracelets de cuir et cheveux bouclés en bataille. Butinant d'une fille à l'autre, j'étais revenu "avec" une fille qui criait tellement en jouissant que j'ai déjà posé un oreiller sur sa tête (mes parents étaient dans la maison, que pouvais-je faire d'autres???). Appelons-la Liz. Une bonne fille. Avec qui j'ai eu beaucoup de plaisir. Et sa mère m'aimait beaucoup. En tout cas...

Or, j'avais déjà eu des relations discrètes et complètes, parfois humiliantes mais toujours très excitantes avec des membres de mon propre sexe. Et j'avais un oeil plus qu'intéressé sur le cousin de Liz... Mais. Non. Pfffft. Je n'étais pas bisexuel, encore moins homosexuel! Joueur de hockey, vice-président au conseil étudiant de ma polyvalente de deux mille élèves, et "bad-ass" qui se cachait de ses amis pour participer à Génies en herbes, je savais bien qu'il y avait des rumeurs insistantes au sujet de ma sexualité, mais qu'y pouvais-je?

Un certain soir du temps des Fêtes, j'accompagnai une amie à un party décadent. Laetitia, la meilleure amie de cette dernière, et qui organisait les festivités, avait rapidement démontré à mon égard des visées tout sauf chastes. L'alcool aidant, nous eûmes des rapprochements au son de Brassens, de Portishead et de Rufus Wainwright... Mettons que ma blonde, qui m'attendait le lendemain dans sa famille pour Noël, avait pas mal disparu de mon radar. Laetitia me fit lui lire des poèmes merdiques que je déclamai torse nu (oui, je m'étais évidemment renversé des litres de vin sur moi...). Plus tôt dans la soirée, j'avais effleuré (toujours sous l'effet de l'alcool) la question de l'homosexualité. Disons que l'amie que j'accompagnais ici trouva assez étrange, pour dire le moins, de nous surprendre, sa meilleure amie et moi, tout nus et aussi visqueux que des limaces, enlacés sur le divan du sous-sol...

Le lendemain, en prenant le petit déjeûner que Berthe, la mère de Laetitia, nous servit avec élégance malgré l'état lamentable dans lequel était sa vaste demeure, j'ai craqué : j'ai avoué mon homosexualité à Laetitia... qui a très bien réagi! Elle m'a dit quelque chose comme : "Cool! Je vais te présenter mon ami le Phallocrate!" Ils allaient au collège Brébeuf ensemble. Ce fut mon premier chum.

Quand j'ai dit à ma sainte mère, l'été dernier, que j'avais retrouvé le Phallocrate sur facebook et que nous nous fréquentions à nouveau, sa réaction fut : "Ah non! il a pas été fin, lui..." Hé hé. Bien sûr, ma mère avait raison. Pendant quelques mois idylliques, nous nous sommes fréquentés (les fins de semaine, car mes parents n'étaient pas au courant de mon changement d'orientation) dans un tourbillon de sexe, de musique (il m'a fait découvrir la beauté déchirante de Miles Davis sur la bande originale d'Ascenseur pour l'échafaud de Louis Malle) et de drogues. À chaque fois que nous nous sommes revus depuis, par hasard et toujours avec plaisir, nos ébats sexuels furent délectables, d'ailleurs. La sensualité de deux vieux amants pleins d'affection l'un pour l'autre.

Mais. Mais. Toute bonne chose a une fin tragique quand on s'appelle Bast. Un soir, alors qu'il y avait remise de prix pour l'Expo-science régional et que j'allais selon toute probabilité recevoir un premier prix, je suis sorti de l'amphithéâtre pour griller une cigarette et par le fait même téléphoner à mon chum (j'aurais tout donné pour qu'il soit là...). J'ai bel et bien remporté un premier prix. Mais je ne suis jamais allé le chercher. Mon ex-blonde Liz fut obligée de me ramasser à la petite cuiller pour ce qui fut "My Worst Dump Ever" : le Phallocrate m'avait tout bonnement quitté en me disant qu'il couchait avec quelqu'un d'autre... AU TÉLÉPHONE!!!! Liz fut très compréhensive et très diplomate. Pas une plainte, pas un soupir, pas un reproche. Quand le Phallocrate m'a demandé, cet été : "Te souviens-tu lequel de nous deux a laissé l'autre, la première fois?" ma réponse fut immédiate : "C'est toi mon écoeurant et ma mère t'en veut encore!!!"

Oh... avant de terminer, je tiens à préciser que quelques semaines après que le Phallocrate m'ait lâchement abandonné à mon triste sort, j'ai rencontré un garçon de quelques années mon aîné, avec lequel j'ai sorti parce qu'il m'aimait, lui... En fait, je crois que j'aimais davantage ses pantalons Versace et sa manie de se saouler au sake chaud, que sa bedonnante personne comme telle (bah quoi?). Ce n'était pas un mauvais bougre, mais il avait décidément trop de poils dans le dos. Je figure donc probablement dans sa liste de "Worst Dump Ever"...