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1.8.09

L'Homme est un poulet comme les autres

(Si vous cliquez sur le titre du présent billet, vous devriez tomber sur la b.o. d'un délicieux film français pas très récent qui avait fait ma joie, puisqu'il traite de deux sujets qui me passionnent et m'émoustillent, les Juifs et les homosexuels : L'Homme est une femme comme les autres.)




Oui, ça crève les yeux. Un bipède sans plumes, voilà ce que nous sommes!



N'en déplaise à Platon, c'est Diogène le Chien qui avait raison : l'Homme est une poule comme les autres. C'est fou comment ça glousse et que ça piaille les humains, quand ça veut... surtout l'été. Je me promenais dans le Village gay, hier soir, après le sémillant spectacle de Infected Mushrooms (groupe israélien de psy-trance). De vraies petites poulettes! Ça se dandinait adorablement sur les deux pattes arrières, la crête bien en l'air, déplumés comme pour sauter illico dans la rôtissoire ou pour se faire "farcir", et ça jacassait ferme!

Et que dire des femmes, qu'on surnomme affectueusement "chicks" et "ma poule", qui se dandinent non moins indécemment ces temps-ci que les petits coqs de Village ou de Laval, et qui perdent la tête pour des petits riens (surtout ceux griffés des célèbres LV et DG)...



Et l'Oeuf n'est-il pas une représentation mythique du monde depuis des millénaires? Une chose toute simple et si belle, qui inspirèrent les poètes et les prophètes, et que l'on nous vend désormais à grands coups de pubs (mauvaises) comme si c'était la panacée universelle...


Bref, je voulais vous partager mes réflexions anthropologiques sur le sujet. Cot cot.






En fait, j'aime les auteurs, les penseurs, les petits comiques qui savent user de phrases lapidaires (et parfois remplies de mauvaise foi) pour décrire l'être humain.





Dans le même ordre d'idée, je vous confie ces pages qui me firent sourire et réfléchir ces derniers temps, tirées de l'anthologie Al-Andalus dont je vous ai parlé ici. C'est un court extrait d'une oeuvre monumentale intitulée Le Collier unique, de l'auteur 'Iqd al-Farîd :


DE LA CLASSIFICATION DES HOMMES


Khâlid b. Safwân a dit : "Les hommes se répartissent en trois catégories : les savants, les orateurs et les hommes de lettres. Hors de celles-ci, il n'y a que la plèbe, responsable de la flambée des prix, de la pression exercée sur les marchés, et de la souillure des eaux."

Al-Hasan a dit : "Il y a trois sortes d'hommes : il y a d'abord les hommes dont on ne saurait se passer, à l'instar de la nourriture; il y a ensuite ceux que l'on peut comparer à des remèdes, dont le besoin se fait sentir occasionnellement. Les derniers, enfin, ressemblent aux maladies : de ceux-ci, nous n'avons nul besoin!"

Muttarif b. 'Abd Allâh b. al-Shikhkhîr a dit : "Il y a trois sortes de gens : les hommes, les êtres hybrides à figures humaine, nommés nâsnâs [note de la traductrice : "Ce dernier terme désigne soit un singe de petite taille, soit un être humain fabuleux n'ayant qu'un seul pied et ne se déplaçant que par sauts et par bonds comme certains oiseaux."], et les créatures qui ont été trempées dans le même bain que celui des humains."

Al-Khâlil b. Ahmad a dit : "Il y a quatre sortes d'hommes : il y a celui qui sait, et qui sait qu'il sait; c'est un savant, allez l'interroger! Il y a celui qui sait mais qui l'ignore; celui-là est un homme oublieux, il convient de lui rafraîchir la mémoire. Il y a celui qui ne sait pas et sait qu'il ne sait pas; celui-là est un ignorant : instruisez-le! Enfin, il y a celui qui ne sait rien mais qui l'ignore; celui-là est un sot : fuyez-le!"

[...]

Un autre poète a dit : "Il n'y a pas de plus grand malheur que celui d'enseigner à un ignorant, et de l'entendre prétendre, par ignorance, qu'il est plus savant que toi."

'Alî b. Abî Tâlib [quatrième calife de l'Islam] a dit : "Il y a trois sortes de gens : le Savant, docteur de la loi et de la religion, l'Homme engagé dans la quête de la science et qui se trouve sur la voie du salut, et, enfin, la populace, ballottée au gré du vent."

[...]

Le Prophète a dit : "Sois ou bien un savant, ou bien un élève engagé sur la voie du salut, car, en dehors de ces deux catégories, il n'y a guère de salut."




Aristote a dit : "Il y a trois sortes d'homme : les Vivants, les Morts, et ceux qui vont sur la Mer."

Bastalicious a dit : "Il y a trois catégories de gens : les poulets (de sexe masculin ou féminin), ceux-là sont comme des repas, ils sont beaux et appétissants; mangez-les! Les coqs sont comme les desserts, ils dominent de loin toute la table, mais ils doivent être consommés avec parcimonie et tout en sachant pleinement qu'ils n'apporteront jamais que des plaisirs fugaces, violents. Enfin, il y a les poussins, poètes et philosophes, sages et artistes, qui sont comme des amuse-gueules : tout simplement à croquer, mais fragiles et extravagants."




À votre tour maintenant de me décrire l'être humain...

12.3.09


Une montagne et une rivière : 山水
Un art qui, du fin fond de la Chine médiévale, parle de moi et peint mon paysage familier : un petit mont bien peu royal, un fleuve qui coule comme un ruisseau.

Et je m'apaise |


Montée au pavillon de l'étang

Le dragon cornu des abîmes rayonne de beauté secrète;
L'oie sauvage, en son vol, emplit l'espace de ses cris.
Pour vivre au firmament, j'ai honte de n'avoir l'aisance des nuages;
Pour gîter sous les eaux, je rougis de n'avoir la profondeur des gouffres.

Cultiver la vertu? Je connais ma sottise...
Retourner à la terre? Je manque de vigueur...
Au fil de ma carrière, je touche aux mers du bout du monde,
Pour me coucher, malade, auprès des bois déserts.

Entre les draps et l'oreiller, j'embrouille les saisons;
Ouvrons donc le rideau, et jetons un coup d'oeil.

Je prête l'oreille et perçois les vagues de la mer;
Je lève les yeux et discerne une chaîne escarpée.
Un nouveau paysage succède au souffle de l'hiver;
Le Yang en sa fraîcheur relève le Yin épuisé.

La berge de l'étang se couvre d'herbes printanières;
Les saules du jardin suscitent les oiseaux chanteurs.
Foisonnante foison, poignante comme un chant de Pin!
Opulente opulence, touchante comme un air de Zhou!

Vivre tout seul, c'est couler à jamais des jours faciles;
Mais, loin du monde, il est ardu de bien asseoir son âme.
Pourquoi réserver aux Anciens la maîtrise de soi?
L'apaisement, j'en ai la preuve, est possible aujourd'hui.

Xie Lingyun 謝靈運
(385-433 è.c.)


Yin et Yang s'unifient en moi quand je te baise. Ma concentration atteint son paroxysme. Le dormeur du val s'évanouit à l'horizon. Je m'oublie |



Je suis le Dragon insatiable, dansant dans ses nuées et dans ses vapeurs s'enroulant, se déployant, puissant et jouissant. Nos caresses dessinent des paysages étranges, montagnes et rivières. Nos baisers calligraphient sur nos peaux vibrantes un poème qui chante les âges héroïques des Dynasties du Nord et du Sud ; qui se lamente sur le temps inexorable, ce phénix ; qui s'indigne des moralistes et des censeurs ; qui exalte beauté, sensualité, crispation extrême avant l'extase ; qui compose savamment des tercets spontanés, mélodieux.

Les Trois Gorges
三峽 s'emplissent de brumes ; le sage traverse le barrage sans s'en soucier, en sautillant, ses sandales mouillées, le regard tourné vers la montagne escarpée. Des dieux serpentiformes s'émeuvent dans leurs temples en ruine ; le Dao recueille les dernières gouttes de rosée. Il n'y a plus de frontière entre campagne et ville. La conscience s'abolit |



Et je retourne ensuite dans mon orient très distant, insensible aux tourments des hommes, aux changeantes couleurs des Dix mille êtres, des Cent familles et des Sept royaumes : "Entre les draps et l'oreiller, j'embrouille les saisons."


Ce qui s'est passé : trois coups de pinceaux sur le papier de riz. De l'encre il n'y a plus trace et pourtant, tout s'est dit.





8.2.09

Une vocation à l'anéantissement



C'est ainsi que Gustave Thibon décrit la philosophe mystique humaniste chrétienne de naissance juive Simone Weil. Morte en 1943. Emportée par la tuberculose, la malnutrition volontaire et la solidarité avec les victimes de la Seconde Boucherie mondiale.


J'ai toujours été attiré par les femmes qui, pour une raison ou une autre, bouleversent totalement les repères de leur époque. Simone Weil, surdouée immense, en est une. J'aimerais un jour écrire un livre sur ces femmes. Mais j'ai pas encore de concept valable, outre mon admiration sans borne (mais parfois critique).


Je vous parle de Simone Weil parce que je pense régulièrement à sa description si tragique : "Une vocation à l'anéantissement". On appelle ça un destin. Un cruel destin. Mais aussi une force de frappe et un projet. Bref. Quelle est la part de misérabilisme autoproclamé, quelle est la part de réalité objective? Peut-on être condamné d'avance à échouer? À être anéanti?


Et pourtant c'est ce que plusieurs religions invitent leurs fidèles à rechercher : la moqça hindoue, le nirvana bouddhiste, voire la sainteté taoïste... C'est un concept qui va au-delà de la simple mort physique, de la simple disparition. Ça indique une perte de l'identité dans autre chose, jugé davantage réel que l'individualité ou le monde physique.


Ça peut aussi vouloir dire : prendre conscience de la vacuité fondamentale. Comme lorsque Descartes remet tout en question, fait table rase de toute certitude, et ne réussit à sauver, au final, l'existence de Dieu, du monde et des sciences empiriques que par une espèce de pirouette mentale : si je pense, c'est donc que j'existe. Mais sous quel mode? Car au fond, on peut aussi, comme les philosophes analytiques anglo-saxons prétendent, s'imaginer "inventé" par un ordinateur assez puissant pour recréer un semblant d'égo, de "cogito"...


Mais à cela je préfère encore la jolie formulation de Zhuangzi, écrivain taoïste de l'Antiquité, qui disait qu'en rêve il se croyait papillon, et qu'à son réveil, il ne savait plus s'il n'était pas, peut-être, un papillon qui rêvait à Zhuangzi...



Tout ça pour dire qu'on s'imagine (à tort) que nous allons toujours invariablement suivre, d'une façon ou d'une autre, un parcours relativement normal. Que les choses vont "se replacer". Que l'on va trouver l'amour conjugal, que l'on va se trouver un travail qui, à défaut d'être intéressant, sera payant ou, à défaut d'être payant, sera notre alibi pour vivre. Et que nous finirons par avoir vécu bien gentiment.


Je ne sais pas. J'ai comme un doute que ce ne sera jamais mon cas. La "drop" sociale est possible, comme dans les romans de Paul Auster. Et les événements extraordinaires aussi peuvent venir fausser la donne. Comme dans la vie de Simone Weil, dont c'est le centième anniversaire de naissance cette année.


Quant à moi, je me serais préféré félin d'espèce, plutôt qu'humain ou papillon.



Mais ce qui distingue la pensée philosophique occidentale de l'extrême-orientale, c'est l'humour. En Occident, pas beaucoup d'humour... On est très dramatique. Les médias aussi se font les dignes épigones du théâtre tragique de la Grèce antique. En Chine, au Japon, j'apprécie cet humour qui relativise la tragique conscience de notre vanité. L'humour de Zhuangzi contre la martyrisation de Simone Weil? Peut-être... Mais entre les deux mon coeur balance...


Je n'ai pas l'impression de profiter assez de la vie. Je ne ris pas assez. Je ne baise pas assez. Je ne sors pas assez. Mais est-ce vraiment étonnant quand on se sent voué à l'anéantissement?


Basta! n'est pas le titre de mon blogue pour rien. Basta! moi. Et m'immiscer dans la vie d'autrui par la petite porte anonyme du néant.



6.2.09

Perdu

Je suis perdu. Je suis perdu. ("perdu" a au moins deux sens : "désorienté" et "sans espoir".)


Perdu dans la multiplicité des dix milles êtres. Perdu dans le quotidien qui m'engourdit. Perdu dans les limbes.


Perdu. Sur la route périlleuse que je tente de suivre, je suis perdu. Perdu.




(Dans les romans médiévaux, les chevaliers, qui sont souvent de parfaits abrutis ou des naïfs solitaires, doivent passer par des Ponts périlleux, par des Lits périlleux, par tout un ensemble de lieux étranges et leur faute, souvent, n'est pas évidente à comprendre... Tout se passe comme si leur quête était d'emblée, a priori, sans espoir, vouée à l'échec... Quête de pureté, quête insensée, quête sans issue... Et sur le pont périlleux qu'est le Pont de l'Épée, je me lacère sans pitié... Mon esprit est tenu en échec. Ma parole est sans puissance. Mes actions se délitent d'elles-mêmes. Je suis perdu.)


Perdu... pour moi-même et pour autrui.


Excusez-moi, tous ceux que j'abandonne, que je ne rappelle pas, que je trahis, que je perds. Qui pourra me pardonner? Moi-même comme un autre, et je me suis condamné depuis longtemps. Nul n'est en mesure de m'aider... sur la longue route douloureuse que j'ai emprunté pour mon plus grand malheur. Je me perds. Je me désespère. Et je m'en veux...

2.2.09

Miscellaneous 4

Le blogue Ma vie sexuelle comme un jeu de serpents et échelles, ça me flabbergaste, ça me donne de bons feelings, ça me fait penser à mon Padawan (duquel je pense sérieusement à en faire l'objet d'une nouvelle chronique) dont j'essaie de ne jamais m'ennuyer parce qu'il ne s'ennuie probablement pas de son côté, et ça me donne une raison de passer des heures à lire quelqu'un qui écrit divinement bien sans culpabilité du type : "jeez, pas quatre heures devant mon ordi encore!!!"


Gym : WOW. Au pluriel. Wow pour les gars qui y étaient ce soir et qui me laissaient les zyeuter sur mon bicycle stationnaire sans me faire la gueule (on aime ça les hétéros assez fiers de leur corps pour en faire partager la contemplation à n'importe qui). Wow pour les sourires quand on doit demander de partager une machine. Wow pour les bouts de peau très appétissants que me montrait un jeune homosexuel qui savait visiblement comment plaire à un jeune-vieux satyre comme moi. Wow pour la fille (il n'y en avait pas tant que ça ce soir au gym) qui était d'une beauté à couper le souffle, d'une délicatesse de traits et d'une sensualité hallucinante. Wow pour le sentiment de retrouver un début de libido... Wow pour le sentiment du devoir accompli, pour le corps qui se reconnaît enfin chez lui, en lui, dans le monde, sur son ballon bleu à faire des "fly couchés". Wow pour l'appréciable calme mental que m'apporte le gym.


Dernier cadeau de ma psy (la chienne qui m'a abandonné en décembre dernier pour une supposée "sabbatique" -- j'espère qu'elle a plutôt été radiée de l'Ordre des médecins), qui m'a fait dire que finalement, elle m'aimait bien : un renouvellement pratiquement à vie et très généreux de ma drogue légale préférée : les somnifères. Si je la revois un jour, je vais donc la remercier avec un sourire... juste avant d'y donner une jambette (de préférence près d'une plaque de glace).


Je vis une histoire érotico-intellectuelle avec deux personnes, ces temps-ci. Ça mérite une étoile... Le premier est un musulman qui ne peut assumer son homosexualité, et qui me fait vivre des montagnes russes érotico-littéraires intenses. S'il savait que je parle de lui sur mon blogue, je crois que je risquerais ma peau... Mais si j'ai envie qu'il continue nos échanges de lettres hallucinantes de culture (poésie, politique, religion, histoire, name it) et de sexe (c'était si bon l'autre soir...), bref, vous voyez le genre, malgré que je n'ai pas tant tellement envie de m'embarquer dans une énième histoire torturante et tortueuse, je ressens une étrange satisfaction de le laisser languir...

La deuxième me lit, et j'imagine qu'elle va lire ceci, alors je me lance, même si je vais lui téléphoner pour m'excuser et tenter de planifier un rendez-vous... je pense à elle à tous les jours... ce qui n'est pas vraiment normal... l'excitation que je ressens parfois pour des femmes n'étant pas aussi intense ni assez forte, en général, pour que j'aille au bout de la chose. Mais là... tout le mystère, toute la tension sexuelle-amicale que je ressens ne peut que finir par s'extérioriser... j'ai parfois l'impression que nous ne sommes en tout et pour tout que trois sur la blogosphère, elle, Cloudy et moi... ce qui n'enlève strictement rien aux autres, aux autres blogueurs, et aux autres lecteurs assidus de mon carnet. C'est très agréable, tout ça.

Il va sans dire que mes doutes sur l'intérêt d'écrire le présent bastblogue que j'émis vendredi dernier se sont dissipés durant la fin de semaine...


Ma vie semble laisser trop de place à mon identité civique. J'aime me dissimuler sur la toile, quitte à ne pas l'être complètement. Mais au moins, je ne suis plus toujours plongé dans ce quotidien un peu vide qu'il fallut je déplorasse ici. That's a good point. That's a hope for better days...


En fin de semaine, immense, intense, cosmique conversation avec mon ami Chico, avec qui je peux tout dire, de toute façon, on finit toujours par pleurer comme des veaux pendant que sa blonde va prendre un bain... (hi hi hi!). Ça m'a rappelé à quel point je pleure souvent quand je vais voir des spectacles de musique : Tori Amos, Jean Leloup, Nine Inch Nails, Diane Dufresne, Chloé Sainte-Marie : même combat pour me briser le coeur. Quand Chloé Sainte-Marie arrive sur scène, frèle, souriante, mon coeur se brise en mille miettes et je perds toute virilité... C'est charnel, c'est inexplicable, c'est beau : elle me réconcilie avec la poésie parfois un peu faible de Gaston Miron (ah... la Marche à l'amour chantée par elle!), et elle me tire les larmes... Le vidéoclip suivant ne donne qu'une toute petite idée de son talent. Ma chère Chloé. Ma toute belle.






Ce soir je revois le cul de Padawan, les rires de Padawan, les cheveux de Padawan, les brusqueries de Padawan, le silence de Padawan. Je ne l'aime plus. Je l'aimerai toujours. J'ai créé un Padawan qui dédouble celui que j'ai connu, l'été dernier, lors du Rut du Printemps. Il a systématiquement refusé de me laisser entrer dans sa vie tout en m'offrant tout aussi systématiquement son corps de dix-sept automnes... Il a refusé que je l'enserre dans le carcan d'une illusion où il incarnait Arthur Rimbaud, et moi, non pas Verlaine, mais Lautréamont. Il vit sa vie de Padawan sans moi. Il ira loin. Et je serai toujours là pour applaudir à ses succès. Dans l'ombre qu'il m'a obligé d'habiter.


Mon chat Perse n'a jamais été aussi beau, aussi amoureux, aussi tendre, aussi en forme, aussi chevaleresque. Je l'aime.


J'aime aimer. J'aime les gens qui s'aiment. J'aime l'amour. J'aime aimer par procuration. J'aime être amoureux. Je suis en amour avec l'amour. Je voudrais que cet amour embrasse l'univers entier. Comme du chocolat 70% cacao fondu et versé partout, partout, sur le monde, pour que chaque aspérité, chaque orifice, chaque orient en soit couvert.

Mais je n'aime PAS, mais pas du tout Richard Martineau. (Et je ne suis pas le seul...)



Je continue à lire sur la Chine antique. Ça m'habite totalement.

"Le retour, c'est le mouvement même du Dao
Le faible, c'est l'efficacité même du Dao
Les dix mille êtres sous le Ciel naissent du il-y-a
Et l'il-y-a naît de l'il-n'y-a-pas."

-- Daodejing 道德經 (ou Laozi 老子)


30.1.09

Péter sa bulle

Vendredi soir.

Il est 20h.

Je suis sorti m'acheter de la malbouffe vers 17h. Me suis installé devant la télé pour visionner des Tout sur moi. Ai rigolé.

Éteindre télé. Chat collé sur moi, ronronnant. Je pète. Tout le monde pète. Mais là, ce pet-là, c'était comme d'avoir des flatulences au mauvais endroit, au mauvais moment, en public, chez le docteur, lors d'une première "date". C'était gênant, humiliant.


Vendredi soir. Il est 20h.

Okay. Ça ne marche pas, ça. J'ai comme (désolé, le jeu de mot poche ne cesse de me hanter, il faut que ça sorte :) pété ma bulle.

Perdre sa libido, ne plus avoir envie de sortir, de voir du monde et de prendre soin de soi, me semble que ce n'est pas particulièrement bon signe, ça... Attendre d'écrire un chef d'oeuvre primé, de se faire engager à La Presse comme chroniqueur et perdre un temps fou à fixer la vaisselle en train de sécher sur le séchoir à vaisselle, NON PLUS.

Ma prise de conscience est dialectique : je suis dans une impasse ; or, AVANT (et c'est là où le bât blesse, car je ne sais plus trop à quel "avant" faire référence : quand j'étais flo? quand j'étais ado? quand j'avais 20 ans?) ce n'était pas comme ça que je m'imaginais à quelques années de la trentaine (ce Charybde ; Scylla étant les substances toxiques, qui toujours, me trahiront, car les dépendances sont inscrites dans mon hérédité), avant j'avais envie de baiser sans arrêt, j'avais envie de sortir, je buvais des bombay dry martini straight up twist dans des soirées, j'avais même des ambitions assez hallucinantes... Et... Où est la synthèse? Quelle synthèse jaillira de ces thèse et antithèse létales : le présent, le passé?

Être à l'écoute de ses organes, soit. Passer ses journées à être à l'écoute de ses organes... moyen. Réaliser un vendredi soir que c'est moche, ma vie... décrissant!

Je ne pète pas des yeules, je ne pète pas des scores, je ne pète pas plus haut que le trou. Wow. Et je suis supposé trouver que ça vaut la peine???

Quelle déchéance...

J'ai mal au ventre et je sais pertinemment que je ne sortirai pas ce soir. De toute façon, je n'en ai aucune envie. Je vais m'installer pour lire dans mon lit.

L'autre soir, j'ai eu envie de relire mes (déjà) vieux livres sur la pensée chinoise antique, reliques de mes études en philosophie. Je suis tombé sur des trucs passionnants qui m'avaient échappés. Derechef, je m'intéresse à la Chine impériale, et j'y trouve tout plein de sujets d'intérêts, de potentielles nouvelles littéraires, des sujets de réflexion profonds, des images très-belles, des histoires qui pourraient m'inspirer quelque chose... MAIS QUOI? Quelle vanité de croire que je puisse travailler là-dessus, alors que je ne suis même pas capable de sortir mon bac de recyclage à temps pour la cueillette (tout sauf ponctuelle et efficace, welcome in the Plateau).

Si je fais une analyse de ma vie, je m'effondre dans les bancs de neige boueux de mon passé. Si je tente d'en faire abstraction, de mettre mes raquettes ou de sortir la souffleuse, c'est ma propre force d'inertie qui me replonge dans la gadoue du présent intolérable. Bravo champion. Va essayer de faire la morale aux autres, de draguer quelqu'un ou de promettre quoi que ce soit, après... Ma culpabilité me nargue.
J'attendais quelque chose de ce blogue. Un sens à donner à ma vie. Une façon d'exploiter à mon rythme, de manière éclectique, l'écriture, mes connaissances, de partager des moments "youtube", de m'inscrire sur le web et d'exister, quelque part. Clairement, je ne suis ni assez geek, ni assez créatif pour ressentir de satisfaction à ça. Je voudrais maîtriser des moyens d'expression différents. Nouveaux. Participer à quelque chose de collectif. Mais voilà. J'ai l'impression d'apprendre à conduire dans le stationnement d'une aire de repos sur le bord de la 40. En regardant les chars des autres prendre de la vitesse, me dépasser, disparaître à l'horizon.

Avec mon ex nous allions souvent à Québec. Je connais bien les autoroutes. Je déteste conduire, je conduis mal et je ne sais pas comment gérer la peur qui me consume, la peur des vroom-vroom, des accidents, des carambolages, des dépassements par la droite, des sorties de route. Mon ex a été patient, puis indifférent, et finalement, lui-même n'avait plus de voiture. C'est une métaphore de notre couple : j'essayais de le suivre, je voulais faire l'amour, il ne voulait pas souvent, j'essayais de conduire, il a fini par revendre sa picouille, et dans le vide intersidéral de ma vie actuelle, je me rends compte que même ça, ce que nous vivions, ce n'était pas ÇA. Ce n'était pas ce que je voulais.

J'ai laissé mon ex en voulant rester ami avec lui : c'est la seule chose que nous ayons vraiment réussi. Il a maintenant un nouveau copain. Moi je suis revenu dans son ancien appartement de quand je l'ai connu. Retour à la case départ. Ou plutôt : hors jeu. Hors jeu sous mes amoncellements de livres. Hors jeu sous mes couvertures à manger du McDo en écoutant Tout sur moi un vendredi soir. Hors jeu sans savoir ce que sera le prochain jeu. La prochaine vie qui me sera accordée. Quand un instrument est accordé, il joue juste. Mais moi, je joue faux en attendant de me trouver un ensemble avec lequel mon instrument entrera enfin en harmonie.

Subrepticement, la dernière métaphore rejoint ce que je disais précédemment sur la philosophie chinoise antique. Par exemple, Confucius ( ) affirmait :
"Un homme s'éveille à la lecture des Odes [recueil poétique classique], s'affirme par la pratique du rituel, et s'accomplit dans l'harmonie de la musique."

Il voulait que l'harmonisation apportée à toute la société se fasse par la pratique des rites et de la musique, que vise l'accomplissement de l'homme de bien, le junzi ( ):
"Les rites, les rites! Ne tiennent-ils qu'au brillant de la jade et de la soie? La musique, la musique! Ne tient-elle qu'au bruit des cloches et des tambours?"
C'est pourquoi, selon Kongzi, la première chose à faire est de rectifier les "noms" (les mots). Dernière citation, promis (pour ceux que ça ennuie) :

"Si les noms sont incorrects, on ne peut tenir de discours cohérent. Si le langage est incohérent, les affaires ne peuvent se régler. Si les affaires sont laissées en plan, les rites et la musique ne peuvent s'épanouir."


Ce soir, je tente de rectifier les noms. Je tente de faire BASTA! des discours incohérents, des faux-semblants, des lieux communs, des légèretés cent fois réitérées pour me donner bonne conscience. Je tente de redresser les mots pour qu'ils disent quelque chose : d'un pet à Confucius, c'est toute ma vie qui cherche son sens, son épanouissement.

C'est cela qui se passe. C'est cela et c'est tout. La Chine impériale est un amas de ruines. Ma vie est un amas vivant d'organes plus ou moins en bonne santé. Le Ciel au-dessus de nos têtes est le même que celui de Kongzi, le même que le mien. Il n'a pas changé en deux mille cinq cents ans. Et parmi les Dix mille êtres, les Cent familles, à l'intérieur des Quatre mers et des cinq Orients, je reste immobile, immobile depuis déjà quelques temps, pour encore quelques temps, en pleine inaction, en réfléchissant à ma voie... à mon Dao que je ne trouve pas. Pas encore.



25.1.09

Lent vert

& l.an droit | je penche | je planche

contre Les angles de partage & de dissension | coupées & découpées de traverse

Pangée ~
on reprend des buts Les origines indisséminées

j.augure bien de mes non_lieux -


arpentage | strates | failles | série monoclinale | érosion | cuvette inondée


sols humides ô bonne terre ~ plan dynamique Sur lequel mes pensers opèrent d.inclinables sélections | extraterritoriales°°°


flou - 東西


reprendre du début ~ faire les sans pas pour mesurer l.espace que ça prend pour Précipiter les couleurs introuvables[impoétisables]


verlan neuf ! Ceci dit je n.ai que du bien à en mesurer ~ pensées giratoires


Droit du sol ~ mon oeil s.ouvre à l.an vers


j.ai aimé nomade Des padawans jurassiens jusqu.Aux limites extrêmes du monde connu | par des béringies glacées d.illusions tordues comme un hêtre humant ~ j.incline mes plans ~ progression Ab originem | ce qui reste des empires du levant & du Kouchan 貴霜 | des pétales de désir froissés°°°


steppes après steppes ~ étapes Du voyage de retour du monde| émondé


sans pas d.avant sans padawan [屁股] -

& il faut être des brouillards | quand on est eaux à bois

& vaporisé


Peur plane ~ c.était l.été & c.était l.invention d.un continent | d.un fleuve amour | en neuf -

toute étendue nous étang interdite Cité hors convexe ~ habiter son espace sans sacrifier les senteurs de jasmins solaires ~ vois_tu ce que je veux d.ire?

[oui colère & oui tristesse] | mais quel voyage | quelle voix | quel âge°°° C.était l.origine de la géodésie -


同性恋 lové contre lui

l.an droit commence | au diable l.an vert | au diable vauvert |

6.1.09

Le vide... part tout ("part two")

Commentaire de mon amie Magic à propos de mon dernier message : "Le vide, c'est ben in, c'est la saveur du jour, il est comme Dieu... omniprésent!!!"


Tellement vrai!


Et du coup, ça me fait penser à un concept très important de la philosophie chinoise antique, le WU. C'est le vide qui est nécessaire pour que quelque chose apparaisse. C'est le vide qui permet à ce qui est en germe de venir à l'être, d'exister. Et c'est aussi ce que l'on attend de l'Empereur, c'est-à-dire du bon Empereur : le WU WEI, le "vide agir". Le bon Empereur chinois de l'Antiquité se tient au centre de l'empire du Milieu, et ne fait strictement rien (un peu comme la reine Élisabeth II, d'ailleurs). Car s'il est vertueux, il n'a pas besoin d'agir, il laisse les choses suivre leur cours, suivre la Voie par excellence, la voie du Tao (ou dao).


Un autre concept de vide fondateur est le Tsimtsoum. Pour les Juifs qui pratiquent la Kabbale, c'est ainsi que Dieu a créé le Monde à partir de rien : étant donné qu'il était Tout, et qu'il voulait créer un monde matériel indépendant de sa transcendance divine, Dieu s'est contracté sur lui-même. C'est le Tsimtsoum. Un vide qui n'existait pas, que Dieu a opéré en lui-même et qui est à l'origine de la Création.


Tout ça pour dire que je suis dans le vide total. Je lis, j'écoute les nouvelles, je parle à des amis et je perds du temps sur Youtube. Mais c'est vide de sens. Vide. Vertigineux.

Mais c'est probablement nécessaire pour que quelque chose finisse par se passer. Autant en profiter...

Bon vide!!!

19.12.08

Tibet mental


L'empire de la normalité étend ses champs d'assimilation jusqu'aux trognons les plus pourris. J'aimerais dire : basta! de la normalité et de ses institutions régulatrices, mais c'est sinon impossible, c'est en fait peu souhaitable. Qu'aurait écrit Lautréamont, qu'aurait écrit Sade, qu'aurait écrit Apollinaire sans les transgressions que nos Chines morales nous forcent à faire?


"Elle se coucha sur une table couverte d'un drap noir. Un pope entra vêtu d'habits sacerdotaux, il disposa les vases sacrés et commença à dire la messe sur le ventre de Natacha. Mony se trouvait près de Natacha, elle lui saisit le vit et commença à le sucer pendant que la messe se déroulait. Cornabœux s'était jeté sur André Bar et l'enculait tandis que celui-ci disait lyriquement:

- Je le jure par cet énorme vit qui me réjouit jusqu'au fond de l'âme, la dynastie des Obrenovitch doit s'éteindre avant peu. Pousse, Cornabœux, ton enculade me fait bander.

Se plaçant derrière Mony, il l'encula tandis que celui-ci déchargeait son foutre dans la bouche de la belle Natacha. A cet aspect, tous les conjurés s'enculèrent frénétiquement. Ce n'était, dans la salle, que culs nerveux d'hommes emmanchés de vits formidables.

Le pope se fit branler deux fois par Natacha et son foutre ecclésiastique s'étalait sur le corps de la belle colonelle."

(Onze mille verges d'Apollinaire)


La raison n'a rien à voir là-dedans. J'ai la même soif de beauté que de profanations. Nous sommes nombreux à aimer autant les comptines de Tricot Machine que les vidéos gore...


Nous sommes nombreux à ne pas savoir comment séparer le réel du fantasme. À se faire des cas de conscience. À se sentir assaillis par la culpabilité, par le vide des conventions morales, par les estafilades de quelque surmoi surfait et superfétatoire. Basta les peurs! Basta les marginalités outrancières! Je parle de faire entrer la folie au coeur même de la normalité! De jouir au coeur même de la normalité! De devenir Jésuite! D'évaluer casuistiquement! De ne pas vomir sur ceux qui sont tendres! De ne pas juger ceux qui sont pervers! De ne pas s'associer outre mesure dans des ghettos conformistes! De respecter les rêves comme autant de petites bulles de Tibet dans la réalité et ses chinoiseries!


Ce monde baroque mérite ses chaînes et ses révoltes spartakistes! Pour profaner, ça prend du sacré, sacrament!


Et pour que les fantasmes les plus horribles gardent leur spécificité, ça prend aussi des chansons tristes, des films d'amour et des Noëls d'antant.


Sinon, à quoi bon? La vie mérite sa diversité exponentielle. Sa flamboyance de grands Soleils écartelés.



"Va! nous nous étonnons de toi, Soleil! Tu nous as dit de tels mensonges!... Fauteur de troubles, de discordes! nourri d'insultes et d'esclandres, ô Frondeur! fais éclater l'amande de mon oeil! Mon coeur a pépié de joie sous les magnificences de la chaux, l'oiseau chante : "ô vieillesse!...", les fleuves sont sur leurs lits comme des cris de femmes et ce monde est plus beau

qu'une peau de bélier peinte en rouge!"


(Anabase, III, de Saint-John Perse)