8.6.09

Promenade en amoureux (edit)

(Rue St-Paul)



Après une soirée d'anniversaire (celle de Jeune Femme Moderne) sur la rue Saint-Paul (attrape-touriste et pourtant belle), mon amoureux et moi sommes allés nous recueillir devant la résidence urbaine de ses trisaïeux, rue Bonsecours : la Maison Papineau.


(Maison Papineau rue Bonsecours)



Les Papineau, cette famille aux ramifications déroutantes, ont littéralement transformé, outre le Québec en entier, tout l'actuel Quartier Latin et le Plateau Mont-Royal, là où leurs terres s'étendaient à perte de vue, agricoles ou non. La famille Cherrier leur est liée par mariage, les Viger aussi. Et les Bourassa (ceux d'Henri, pas de Robert).



En remontant Saint-Denis, nous avons contemplé la tête à Louis-Joseph, sculptée au-dessus de la porte du désormais dégueux Franco-Américain, cette maison de chambre qui fut jadis la résidence de la fille et du gendre du tribun patriote : leurs initiales entrelacées surmontent les fenêtres sales, décrépites. Une longue file de hipsters s'étire devant l'édifice adjacent, avant d'entrer dans un club (un after?).



(Maison Papineau-Bourassa rue St-Denis)

De l'autre côté de la rue Saint-Denis, le pavillon Hubert-Aquin a soudainement disparu pour laisser place à l'Université Laval à Montréal, devenue l'Université de Montréal (avant son déménagement rocambolesque sur la Montagne, versant Outremont, dans les années 20).


Intersection Sainte-Catherine et Saint-Denis, nous voyons les édifices tels qu'ils étaient en 1890 : la maison des Mercier (une autre grande famille, d'Honoré à Paul Gouin -- son faible petit-fils bouffé tout rond par le jeune loup Duplessis), et l'ancien presbytère de la cathédrale Saint-Jacques contruite par monseigneur Lartigue (cousin de Louis-Joseph Papineau)... avant que cette cathédrale ne brûle, puis soit reconstruite deux autres fois, et avant qu'elle ne devienne partie intégrante d'un pavillon de l'UQàM. En face, l'ancienne École Polytechnique (elle aussi avant son déménagement sur la Montagne).



(Université Laval à Montréal rue St-Denis coin Ste-Catherine)


Le Quartier Latin fut jadis un autre Quartier Latin, où les étudiants en génie et en médecine se saluaient en fredonnant les airs à la mode d'Emma Albany. Les haut-de-forme et les gibus remplacent sous mes yeux les fringues griffés des happy fews qui chahutent sur le trottoir.


Un omnibus manque de nous écraser, mon amour et moi : des bonnes soeurs à cornettes et des familles bruyantes en descendent pour aller magasiner chez Dupuis Frères, coin Saint-André. C'est l'équivalent francophone du Eaton (où on ne sert que les clients qui speakent white).


(La Place Dupuis avant l'hideuse Place Dupuis)



(Je suis toujours étonné d'être le seul à voir les choses telles qu'elles étaient plutôt que telles qu'elles sont devenues quand je me promène à Montréal. Tout cela est réel. Tout cela n'a pas disparu complètement, balayé par les vicissitudes de l'Histoire. Il s'agit de ne pas se laisser aveugler par les illusions habituelles, celles que l'on voudrait nous faire accepter comme "actuelles". Ce qui nous entoure a plus que trois dimensions.)



Avant de retourner dans mon humble logis du Plateau, toujours à la même intersection mais de façon plus floue, plus troublante, j'ai vu passer Réjean Ducharme, qui allait boire un verre dans un snack bar chromé, désormais enfoui sous l'édifice de l'École de Gestion. Il balayait nonchalamment la neige de sa parka.


(Son petit sourire énigmatique flotta un temps devant moi, entre les flocons spectraux.)


(Réjean Ducharme sur Ste-Catherine en hiver)


1.6.09

Le temps s'égare



Au parc Lafontaine
Pierre Petel, 1947, 6 min 9 s
ONF




En rôdant dans l'parc Lafontaine
Jean Narrache


À soir, j'suis v'nu tirer un' touche
dans l'parc Lafontain', pour prendr' l'air
à l'heure ousque l'soleil se couche
derrièr' la ch'minée d'chez Joubert.

Ici, on peut rêver tranquille
d'vant l'étang, les fleurs pis l'gazon.
C'est si beau qu'on s'croit loin d'la ville
ousqu'on étouff' dans nos maisons.

Les soirs d'été, c'est l'coin d'ombrage
pour v'nir prendr' la fraîch' pis s'promener,
après qu'on a sué su' l'ouvrage,
qu'l'eau nous pissait au bout du nez.

Faut voir les gens d'la class' moyenne,
c'-t'à dir' d'la class' qu'à pas l'moyen,
tous les soirs que l'bon Yieu amène,
arriver icit' à pleins ch'mins.

Les v'là qui vienn'nt, les pèr's, les mères,
les amoureux pis les enfants
dans l'z'allées d'érabl's-à-giguère
qui tournaill'nt tout autour d'l'étang.

Ça vient chercher un peu d'verdure,
un peu d'air frais, un peu d'été,
un peu d'oubli qu' la vie est dure,
un peu d'musique, un peu d'gaîté !

Les jeun's, les vieux, les pauvr's, les riches,
chacun promèn' son cœur, à soir.
Y'en a mêm', tout seuls, qui pleurnichent
su'l'banc ousqu'i' sont v'nus s'asseoir...

Par là-bas, au pied des gros saules,
v'là un couple assis au ras l'eau ;
la fill' frôl' sa têt' su' l'épaule
d'son cavalier qu'est aux oiseaux.

À l'ombre des tall's d'aubépines,
d'autr's amoureux vienn'nt s'fair' l'amour.
Vous savez ben d'quoi qu'i' jaspinent :
Y s'promett'nt de s'aimer toujours.

Y sav'nt pas c'te chos' surprenante,
qu'l'amour éternel, c'est, des fois,
comm' l'ondulation permanente :
c'est rar' quand ça dur' plus qu'un mois.

Pour le moment, leur vie est belle ;
y jas'nt en mangeant tous les deux
des patat's frit's dans d'la chandelle,
en se r'gardant dans l'blanc des yeux.

Deux mots d'amour, des patat's frites !
Y sont heureux, c'est l'paradis !
Ah ! la jeuness', ça pass' si vite,
pis c'est pas gai quand c'est parti !

...D'autr's pass'nt en poussant su' l'carosse ;
c'est des mariés d'l'été dernier.
Ça porte encor leu ling' de noces,
qu'ça déjà un p'tit à soigner...

Par là-bas, y'en a qui défilent
devant le monument d'Dollard
qu'est mort en s'battant pour la ville.
...D'nos jours, on s'bat pour des dollars...

Tandis que j'pass' su' l'pont rustique
fait avec des arbr's en ciment,
l'orchestr' dans l'kiosque à musique
s'lanc' dans : « Poète et Paysan ».

Oh ! la musiqu', c'est un mystère !
On dirait qu'ça sait nous parler...
on s'sent comme heureux d'nos misères ;
ça parl' si doux qu'on veut pleurer...

D'autr's s'en vont voir les bêt's sauvages,
(deux poul's, un coq pis trois faisans.) —
Y s'arrêt'nt surtout d'vant les cages
des sing's qui s'berc'nt en grimaçant.

Y paraîtrait qu'des savants prouvent
qu'l'homme est un sing' perfectionné.
Mais, p't'êtr' ben qu'les sing's, eux autr's, trouvent
qu'l'homme est un sing' qu'a mal tourné.

...Les yeux grands comm' des piastr's françaises,
la bouche ouverte et l'nez au vent,
Y'a un lot d'gens qui r'garde à l'aise
la fontain' lumineus' d'l'étang.

C'est comme un grand arbr' de lumière,
ça monte en l'air en dorant l'soir.
C'est couleur d'or, d'rose et d'chimère :
ça r'tomb' d'un coup, comm' nos espoirs.

Ah ! c'est ben comm' les espérances
qu'la vie nous fourr' toujours dans l'cœur !
Ça mont', ça r'tomb' pis ça r'commence :
dans l'fond, ça chang' rien qu'de couleur.



(NARRACHE, Jean, Quand j'parl'tout seul, Montréal, 1932.)

30.5.09

Mon amour

Quid de mon amour?

L'amour étant mystique, je ferai comme maître Eckhart et donc, une "théologie négative" de mon amour.


Mon amour n'est pas octogonal.

Mon amour n'est pas silencieux.

Mon amour n'est pas bardé de diplômes, mais n'est pas sans culture ni sans philosophie.

Mon amour n'est pas trine et un.

Mon amour n'est ni raciste, ni misogyne, ni antisémite.

Mon amour n'est pas une droite dans un plan euclidien.

Mon amour ne chante pas.

Mon amour n'est pas un fan de Berlusconi.

Mon amour n'est pas vieux.

Mon amour ne ressemble ni à Xavier Dolan, ni à moi.

Mon amour n'est pas inconnaissable, n'est pas indescriptible, n'est pas omniscient.

Mon amour n'est pas loin.

Mon amour n'est pas sérieux.

Mon amour n'est pas un condottiere, ni un mandarin, ni un conquistador, ni un hilote, ni un trafiquant d'armes en Abyssinie, ni un agent secret de Sa Majesté, ni un moine bouddhiste, ni un cueilleur de safran en Perse, ni un troglodite anthropophage, ni un homme sans qualité.

Mon amour n'est pas K.

Mon amour n'est pas diabétique.

Mon amour n'est pas un noyau de cerise.

Mon amour n'est pas gros.

Mon amour n'est pas lourd.

Mon amour ne cherche pas les Cités d'Or.

Mon amour n'est pas circumnavigable.

Mon amour n'est pas roux (malheureusement).


C'est mon amour. Et mon amour est tout pour moi.

Miscellaneous hanté





Depuis que je suis allé au Musée d'art contemporain mercredi dernier, je pense sans cesse à l'oeuvre de Christine Davis. Cliquez sur son nom pour accéder à la présentation de celle-ci sur le site du musée.

Je relis avec délectation le poème de mon cher Mallarmé, L'Après-midi d'un Faune, depuis. Davis a trouvé une façon inspirante de revisiter les espoirs et les certitudes fanées de l'époque qui a donné naissance à notre monde, la Belle Époque, en juxtaposant les mots du poème sur les pages peintes à la main d'une vieille édition (1845) des Éléments d'Euclide. Le contraste est épistémologique, esthétique et métaphysique. Car notre réalité humaine, depuis toujours, est "euclidienne", tandis qu'à l'époque de progrès scientifique et industriel illimité, voire hystérique, de Mallarmé, on prend soudainement conscience que d'autres mondes non-euclidiens sont possibles, sont réels, sont contraires au sens commun.




Mon amoureux est le premier individu que je rencontre en cette vie qui s'intéresse autant que moi, pour certaines des mêmes raisons que moi, aux origines du christianisme, au monachisme et à différents phénomènes religieux sur lesquels j'ai passé beaucoup trop de temps à réfléchir. Mon excitation est grande. Nous ne sommes pas chrétiens, ni l'un ni l'autre. Mais nous sommes fascinés par les mêmes choses, les mêmes livres, les mêmes images. Je suis tellement heureux! Ça fait bizarre, du coup, de discuter des règles complètement absurdes et sectaires des anachorètes égyptiens, de l'influence du manichéisme et de l'isisme sur les représentations chrétiennes primitives, et sans transition, manger des hot-dog en écoutant des épisodes de Family Guy (dont nous sommes friands), faire l'amour, etc.

Nous nous sommes trouvés.



Le cousin d'une bonne amie à moi s'est fait attaqué au Gabon par des trafiquants d'organes (ils vendent le coeur, la langue et les parties génitales de leurs victimes à des sorciers, paraît-il) à coups de machettes. De machettes. L'image me hante.

(Il a réussi à se sauver, à sauver sa vie, mais un de ses bras est lacéré en de multiples endroits.)




Je suis amoureux de Xavier Dolan. J'imagine que nous sommes des milliers. Mais moi, je sais qu'il m'aime, qu'il me veut. (Érotomanie : L'érotomanie est une maladie du groupe des psychoses, construite autour de la conviction délirante que l'on est aimé par une personne.)


(Rêve d'un trip à plusieurs, avec Xavier Dolan, le prince Harry, mon copain et moi... entre autres.)




Extrait de l'Après-midi d'un Faune, de Mallarmé. Que je dédie à l'Achigan pour des raisons évidentes.

"Autre que ce doux rien par leur lèvre ébruité,
Le baiser, qui tout bas des perfides assure,
Mon sein, vierge de preuve, atteste une morsure
Mystérieuse, due à quelque auguste dent ;
Mais, bast! arcane tel élut pour confident
Le jonc vaste et jumeau dont sous l'azur on joue :
Qui, détournant à soi le trouble de la joue,
Rêve, dans un solo long, que nous amusions
La beauté d'alentour par des confusions
Fausses entre elle-même et notre chant crédule ;
Et de faire aussi haut que l'amour se module
Évanouir du songe ordinaire de dos
Ou de flanc pur suivis avec mes regards clos,
Une sonore, vaine et monotone ligne.

Tâche donc, instrument des fuites, ô maligne
Syrinx, de refleurir aux lacs où tu m'attends !
Moi, de ma rumeur fier, je vais parler longtemps
Des déesses; et par d'idolâtres peintures
À leur ombre enlever encore des ceintures :
Ainsi, quand des raisins j'ai sucé la clarté,
Pour bannir un regret par ma feinte écarté,
Rieur, j'élève au ciel d'été la grappe vide
Et, soufflant dans ses peaux lumineuses, avide
D'ivresse, jusqu'au soir je regarde au travers.

O nymphes, regonflons des SOUVENIRS divers."


Maphto, Maphto... me pardonneras-tu un jour mon silence indigne à ton égard? (Changez le nom, et sentez-vous visé(e)s, lecteurs/lectrices, par mon cri du coeur, mon aveu de faiblesse, ma culpabilité d'homme de peu de mots.)



Où les marais?
Où les orchidées?
Que sont devenues
rivières et forêts
et lentes cérémonies
à l'aube

hélas
mon Île n'est plus que
vile





Je me suis réveillé cette nuit en croyant qu'il y a avait une émeute sur Mont-Royal. C'était la sortie des bars. Je déteste les voix avinées des jeunes femmes vulgaires qui beuglent deux octaves trop haut. Puissent les femmes contrôler mieux leur débit, leur ton, leur façon de s'exprimer en public, surtout à 3h30 du matin. Vivement des voix de Catherine Deneuve ou de Fanny Ardant partout autour de chez moi, autour de moi. La grâce, l'élégance et l'exquise beauté des femmes de jadis. Étudiées, raffinées, sexuellement explosives et surtout, magnifiques. À mille milles de nos vulgaires catins actuelles qui brisent leur voix et leurs charmes à force de ne se contrôler jamais (surtout devant leurs proies masculines, les pauvres).

Quant aux garçons...




Pour ne pas terminer : René Char. Suite à ma réflexion sur le bonheur de se lever à 4h du matin.

"152.

Le silence du matin. L'appréhension des couleurs. La chance de l'épervier." (Feuillets d'Hypnos)



28.5.09

Irresponsable (comme un flo)

Yep.



That's it.


MACM


Au musée d'art contemporain, hier, révélation : Christine Davis, artiste de Toronto à la sensibilité semblable à la mienne. Trois oeuvres qui m'ont exalté : Euclid/Orchid (une projection de théorêmes d'Euclide le Mathématicien sur un pot blanc d'orchidées blanches), Euclid/Mallarmé (huit planches encadrées d'une édition ancienne des Éléments d'Euclide dont tous les mots ont été changé pour des extraits d'Un Après-midi d'un faune, de Stéphane Mallarmé) et Satellite Ballet (for Loïe Fuller) (une salle toute noire, sur les murs de laquelle des iPod touch présentant une succession à vitesse variée d'images, toujours les mêmes, dont un vieux film d'une chorégraphie de la danseuse Loïe Fuller datant de la fin 19e ou du début 20e s.).




Émois devant les photos de l'artiste Polidori. Lumière, visions post-apocalyptiques paisibles, déjections et destructions, jeux de miroir à Versailles et enfilades de pièces. Troublant.

Hommage à Betty Goodwin, la grande artiste montréalaise décédée en 2008.

Angoisse et malaise dans la salle présentant Le Jardin du sommeil de Spring Hurlbut : des dizaines de berceaux anciens, rouillées, en fer, rangés comme des tombes dans un cimetière.



27.5.09

4:25

J'aime décidément me réveiller à l'aube. Je me sens plus en forme, plus efficace, plus allumé, et quelque peu privilégié. L'aube c'est l'heure des Dieux. Et quand j'ai de la difficulté à m'extirper de mon lit, c'est Ganesh qui me vient en aide (dieu des portes et des commencements).

Je traverse à pied le Parc Lafontaine pour aller travailler. J'entends la voix de René Homier-Roy. Je fume une cigarette et je pense à : des bouts de souvenirs effilochés; des gens que j'aime; des livres que je n'ai pas encore lus; des créatures surnaturelles, anciennes; des muscles et des tendons inconnus, dans mon corps, qui se dégourdissent lentement; des chansons ou des poèmes un peu tristes; des fantasmes sexuels.

Lors, il fait bon vivre à Montréal malgré tout. Je sens le temps (l'histoire?) se contracter et se dilater, palpiter et se juxtaposer comme des plans (des perspectives) dans un tableau. Je sais. Je sais ce qui était là avant que ma grand-mère ne vienne au monde en 1920. Je vois le parc en 2009, mais je le vois aussi en 1950, en 1910, en 1880, en 1760. Je sens la ferme Logan, le manège militaire et les marais épicés aux orchidées sauvages prendre formes sous la surface délicatement froissée du réel. Il y a longtemps que j'habite ici. Il y a quelques milliers d'années.

Avant moi, après moi. Illusions. Et sur ma peau, le souffle glacé de l'aube printanier. Il y avait déjà un hôpital avant l'hôpital, avant les maisons à trois étages et les rues asphaltées, avant les trottoirs et les automobiles. Le matin, à l'aube, il n'y a beaucoup de voitures. J'ai vu des tramways et des chevaux tirer des glacières.

Le temps me manque. Il est trop rapide, le matin. Il me pousse vers la sortie, vers le boulot, vers les devoirs et les responsabilités silencieuses. Mon silence prend un sens particulier que personne d'autre ne peut comprendre. Mon silence répond aux fantômes du passé qui m'accompagnent sur ma route. Nous nous regardons en silence. Il pleuvra aujourd'hui, et les prochains jours.

J'avance en souriant.

24.5.09

Windigo, café et sodomie

Ma vie n'est pas si moche, me répété-je. Non, pas si moche. Ça sent le café, le cul et l'été. Je reviens de la Windigo, de ces chutes étranges où j'aurais aimé me balader entre les ruines d'une civilisation disparue (celtique ou romaine, whatever), couvertes de mousse, délavées par les intempéries, sur les rives de la Lièvre ou sur les pentes de la montagne du Diable. Mais basta, nos Amérindiens étaient des nomades qui ne laissaient pas de ruines derrière eux, seulement leur sang dans la glèbe collante, seulement leurs chants dans le vent qui fait dévirer les feuilles, seulement leurs malédictions au fond des eaux profanées. Je les ai entendus soupirer, à quelques siècles près, dans mon oreille sur le bord de la rivière, mais le méchant Windigo ne menace plus rien ni personne, quand sa beauté nous plonge toujours malgré tout dans une méditation byronienne.

Il était une fois moi, et les Hautes Laurentides, et le souvenir fané des colons perdus au nord du Nord. Charmante contrée de pâturages vallonneux, giboyeux, aux verts plus verts que ceux des montagnes méridionales (Mont Tremblant, Mont Saint Sauveur, Morin Heights), où les immenses roches du Bouclier canadien affleurent un peu partout, terres de Caïn - terres de beautés angoissantes, parce qu'il n'y a rien à y faire, rien de rien, ô pauvre jeunesse sans stimulation, sans travail et sans avenir. Terres de beauté neuve, mais que le futur a déserté, que les perspectives d'avenir ont abandonné aux mains des vieux et des vacanciers.


Mais j'ai déjà hâte d'y retourner.

11.5.09

Entre deux coups de serpillère

... je pense à ma vie, et je me rends compte que j'ai changé de cycle, de karma. Symptômes extérieurs : j'ai rasé ma barbe, je laisse allonger mes cheveux (qui étaient ras), j'ai perdu du poids, je parle moins qu'avant. Symptômes moins superficiels : j'ai trouvé un amour pour espérer encore, j'ai croqué le soleil ce matin en riant fort, j'ai assimilé deux ou trois défaites, j'ai perdu des amis et m'en suis fait de nouveaux, j'ai failli perdre (mais qui sait, demain...) ma sorte de cigarettes préférée, et j'ai envie de me purifier dans le fleuve St-Laurent comme si c'était le Gange. Changer d'humeur, d'humour, d'expressions verbales, de mal de place : si c'est pas une nouvelle ère qui commence ainsi, je ne sais pas ce que c'est.

On se reparle après-demain...

6.5.09

Moi j'essuie les verres...




... au fond du café. J'ai bien trop à faire pour pouvoir rêver...



Littéralement.



(Je cherche autre chose, mais pour l'instant, je suis revenu à la maison... je bosse dans un café. J'ai presque honte, mais je suis tellement bohême, tellement pauvre et tellement... moi... Bref, je fais ce que je peux pour survivre, en attendant.)

Et vous, ça va? Les amours, la santé, les études?

4.5.09

J'exagère à dessein







Ô saisons, ô châteaux
Quelle âme est sans défauts?




...............................................................je je me sens mal dans ma peau, dans mon corps, dans ma tête, ça gronde et ça vibre très fort, très fort et je



se succèdent satisfaction profonde et profond désespoir, sagesse folle et imbécilité folle, se succèdent et s'annulent sur les ruines de mon être, cette petite chose qui geint, qui jouit, qui gît, qui gêne.

À l'extrême du spectre si je peux m'exprimer ainsi sans tomber dans le lyrisme ["Quand on se refuse au lyrisme, noircir une page devient une épreuve : à quoi bon écrire ce que l'on avait exactement à dire?" (Cioran)] : extases sexuelles, extases mystiques, simplicité exemplaire de ma philosophie aux yeux des autres, candeur et joie, ô saisons, ô châteaux, et des gestes qui me grandissent, comme d'avoir sacrifié une amitié sur l'autel sanglant, préhistorique, de mes valeurs les plus sublimes







Ne pas déchoir, c'est accepter la déchéance avec philosophie (mais pas n'importe laquelle, évidemment) et c'est gagner (quand tout est perdu). Pour se respecter soi-même, même plongé dans la déjection d'une vie calamiteuse et pathétique comme la mienne.


................................................................ quelle âme est sans défauts?...



"Il est impossible d'accepter d'être jugé par quelqu'un qui a moins souffert que nous. Et comme chacun se croit un Job méconnu..." (Cioran)






............................................................... la colère gronde sourdement en moi comme une musique de terreur, comme une musique de film de Lynch



La colère : contre un Dieu qui AURAIT DÛ exister. [On ne peut se consoler de l'inexistence évidente de son pire ennemi.]


La colère : contre le corps, cette pourriture si douce, si douce...



Ô saisons, raisons de la colère




" Moissonner sur les cils l'épine et briser du poing le rocher;
broyer sous ses dents les cailloux; rompre de ses mains la montagne;
jouer de la queue du scorpion; baiser sur les dents le serpent;
saisir la griffe du dragon; se précipiter dans la gueule du requin;
pressant ses mamelles, traire la lionne en courroux;
du serpent le plus venimeux humer le poison de ses crocs;
durant la journée se jeter au cou d'un démon, sans raison;
de nuit, étreindre dans ses bras, très étroitement, une vieille;
le gosier desséché, nu-pieds, en juillet et sur la pierraille,
cheminer, s'aidant d'un bâton, boitant d'un pied, et sur des lieues;
en rage, tirer de la gueule du lion affamé sa proie,
ou des griffes du léopard furieux arracher le gibier;
tracer sur l'onde impétueuse, au moyen d'un poil, beaux dessins;
graver dessins sur le rocher, au moyen d'une épine verte;
lançant le lasso, le passer au cou du temps qui s'en allait;
mettre les entraves aux pieds des derniers jours de l'existence,
cela m'est cent fois plus aisé qu'à table d'un être ignoble
boire le vin le plus vermeil, vêtu des habits les plus riches;
sinon, le ciel pulvérisant ma vie, dites-lui donc : "Fort bien!"
Loin de l'habit de mon renom soit la poudre du déshonneur! "

(Seyyed Ahmad Hâtef, 18e siècle)











FAITES SILENCE, MES ORGANES! J'ai quelque chose d'autre à ajouter. Environné des démons de la souffrance comme saint Antoine en son désert, je te salue, frère le soleil, je te salue, soeur la mort, je vous demande à tous, mes organes aux noms comme des démons de l'ancien monde, de vous taire, vous qui n'employâtes jamais que le langage de la douleur et de la peur, de la maladie et de la mort ; car j'ai autre chose à ajouter. Il a été dit : "En ce moment même, j'ai mal. Cet événement, crucial pour moi, est inexistant, voire inconcevable pour le reste des êtres, pour tous les êtres. Sauf pour Dieu, si ce mot peut avoir un sens." Amen. C'est de Cioran. C'est lui qui a écrit ça. J'écris pour écrire ce que Cioran a écrit (lui-même écrivant ce que ... a écrit, etc.). Mes organes, je vous demande un peu de RESPECT, non pour ce que j'ai à dire, mais ce qu'à travers moi les autres peuvent continuer de dire avec VÉRITÉ. In tepsum redi, in interiore homine habitat veritas. ô




châteaux ad matutinum Christus


venit venit
venit



.......................................................................... gronde colère, grande colère des faits : je ne suis plus tout jeune, hélas, et, je le jure

"le ciel n'est pas plus pur que le fond de mon coeur" [aparté : basta! trop classique.]




qu'est-ce à dire, au fond? hypocrite lecteur, mon semblable, mon frère :
je suis fou de rage. Ça brûle en moi par millions de tonnes d'uranium enrichi.




Lis ça : Si tu n'as pas lu Diderot, je fais peu de cas de ta connaissance de l'âme. Crève, astheure.





................................................venit je me désespère parce que ça a un sens de le faire en mon état, c'est de n'avoir que des mots souillés, des mots de prostitués pas propres à mettre dans ma bouche, à toucher de mes doigts, à caresser dans ma tête : pas mêlant si je suis toujours malade : les mots sont sales comme des vieilles putes le cul plein de sperme et la bouche à moitié arrachée par les maladies vénériennes, par le tabac et par la divination de Balbuc. Tabarnac. - Qu'est-ce à dire? - Très peu, vraiment. Quelque chose comme une phrase à l'imparfait du subjonctif volée à quelqu'un d'autre, baisée des millions de fois, jamais lavée, jamais guérie.



[Je salive, donc je salis.]




"Le non-savoir est le fondement de tout, il crée le tout par un acte qu'il répète à chaque instant, il produit ce monde et n'importe quel monde, puisqu'il ne cesse de prendre pour réel ce qui ne l'est pas. Le non-savoir est la gigantesque méprise qui sert de base à toutes nos vérités, le non-savoir est plus ancien et plus puissant que tous les dieux réunis." Cioran, De l'inconvénient d'être né





Si je connaissais des malédictions assez puissantes, c'en serait fini : de moi, de votre monde, et de la philosophie.



2.5.09

Foucault parle (3)






« Je voudrais être un agitateur pour les réguliers, et parvenir à ce qu'on laissât s'exprimer les irréguliers. »








« Être respectueux quand une singularité se soulève, intransigeant dès que le pouvoir enfreint l'universel. »



M.F.