Malade comme un chien, je n'ai pas grand chose à faire d'autres aujourd'hui que de gémir et d'écouter de la musique, de lire Saramago ou Dumézil, et de me masturber sur les images mentales de la jeunesse dorée qui ne connaît pas sa chance de s'envoyer en l'air en jeans hyper slims vert lime, en converse vintage et en lunettes de soleil de plastique orange ou blanc. Bref, je suis malade alors je me suis derechef réfugié dans mon antre, bien à l'abri de mes amis et de ma parentèle. Et tant qu'à ne pas feeler, autant en profiter pour commettre des sacrilèges.
Et d'abattre mes idoles. Ça calme, à défaut de dormir par une canicule pareille.
Mes amies Pomme et JFM passent déjà leur dernière nuit dans le pays de notre souveraine bien-aimée. Dans un précédent message je les saluais au son de quelques tounes qui me plaisent, made in England. Or, aujourd'hui, je suis tombé à la fois sur un message de Pomme, et sur la chanson "Welcome in England" de Tori Amos.
Et j'ai tenté de retrouver mes émois adolescents devant la divine interprète de Caught a lite sneeze. Celle qui faisait vibrer Trent Reznor et tous les bums de ma génération. En vain.
Succès souvenir de 1996.
Détruisons donc l'idole.
Mais avant, deux ou trois informations importantes à savoir. L'Achigan a sensiblement fait le même exercice que je m'apprête à faire, et son résultat est magistral, magnifique. C'est pourquoi je vais le citer impunément, et je vous conseille vraiment d'aller le lire au lieu de perdre votre temps à m'écouter chiâler. Ensuite, je tiens à dire que ma passion juvénile pour Tori Amos frisait la dévotion hystérique. Je suis allée la voir en spectacle à deux reprises (où j'ai pleuré comme un veau), j'avais des centaines d'images d'elle, des reliques, des affiches, une biographie autorisée, ses disques, et je lui ai même déjà écrit (personnellement). Je n'écoutais pratiquement que ses opus pendant des lunaisons entières; j'ai appris mes premiers rudiments d'anglais à la traduire; j'écrivais des cochonneries et des horreurs littéraires inspirées par elle, par ses textes gnostiques, par ses folies scéniques. Bref. Vous voyez le genre. L'amour fou.
C'est presque humiliant de se rendre compte à quel point on peut devenir groupie d'une artiste pop. Fanatique. Déraisonnablement ébloui.
J'en garde, à part quelques beaux souvenirs et deux ou trois chansons d'elle qui resteront éternellement des petits chefs-d'oeuvre, une délectation malsaine pour tout ce qui est victorien et/ou roux.
Mais là, la madame, elle a 45 ans, et moi l'âge de Kurt Cobain quand il est mort. Je n'ai pas la même vision des choses qu'avant, ce qui ne semble pas être le cas de Tori. Pauvre Tori.
"Qu'as-tu à dire mortel ? Où est ton feu ? Voilà tout ce qui importe."
Tout le potentiel est encore présent. Mais le résultat est bidon. Vide. De mauvais goût, même.
Voyez plutôt :
QUOSSÉ ÇA???
Paroles et musique : du n'importe quoi érigé en spectacle désolant de grandiloquence. Froide, vide, muette, évanescente, inutile comme une poupée Barbie sur une étagère de vieille fille frigide.
"Welcome to England,"he said, "Welcome to my world. You better bring your own sun."
Oh. Jeez. Sooooooooo clever. Rainy England. Bring your own sun.
COME ON!!!!
Le clip ressemble à un mauvais vidéo de vacances, du genre que ne ramèneront pas mes amies Pomme et JFM parce que. Et ça pue le touriste américain pétri de préjugés et de raccourcis culturels. Le Big Ben, les casques de poil des soldats à tunique rouge, les autobus à impériale, la mélancolie ambiante.
Et se trouvait-elle exceptionnellement belle, raffinée et originale en allant se balader déguisée en drapeau américain, comme si elle incarnait la subtilité légendaire des USA, comme si son patriotisme violent n'avait pas une petite gêne même au royaume de Sa Majesté?
Dégoûté, je suis.
Sa voix de chanteuse pop vieillit mal : son accent diphtongué qui ne ressemble à rien me tape sur les nerfs. Elle est nasillarde. Elle étire les notes comme de la gomme à mâchée cheap.
Elle ne sait plus comment chanter, voilà.
"Maintenant, Tori Amos est une dryade saoule, absente, heureuse et pervertie."
Une risée.
Où est passée la fougue, la magie, la mythologie, le rythme endiablé du pianoforte, du clavecin, de l'orgue? Où est passée la Ugly Betty de la chanson pop-grunge? Quelle espèce de vieille matante ratatinée essaie-t-on de nous vendre comme un t-shirt du Che ou comme un slogan de Mai 68 sur des bijoux griffés?
L'idole est bel et bien vide, sa divinité, envolée. Il ne reste rien. Que des images insipides, que du bruit, que de la paillette fanée, que des rides trop maquillées. Pity.

Y aura-t-il quelqu'un pour la défendre? Ou est-ce que l'été, mon insipidité bloguesque, la vacuité du web 2.0 auront eu raison de tout esprit critique, de tout esprit de chapelle, de toute quérulence?
Whatever.
Je préfère encore me branler en m'imaginant décoiffer Xavier Dolan de plaisir.
Et soigner ma grippe, seul et malheureux, au coeur de mon bien-aimé Plateau bruyant, sale et déchu comme mes idoles d'adolescence.

























