21.8.09

Émois (et moi, et moi...)

Émois devant les très beaux billets de Mistral, en particulier : le poème de Pavese qu'il nous offre malgré ses réserves sur le bonhomme; et la voix du grand Apollinaire enregistrée en 1913...

(Fan, depuis longtemps, et j'assume, quin!)






Émois devant les cadeaux que m'a rapportés Pomme de son voyage au UK : un Stonehenge en miniature!!! et des cartes postales cochonnes de beaux Écossais en kilt... et The Legend of Sigurd and Gudrun, de J.R.R. Tolkien. De petites pensées toutes chouettes, toutes belles et pleines d'humour, d'intelligence, d'amour, juste POUR MOI!!!! Je n'ai pas pleuré, mais je lui ai fait plein de câlins. Qu'elle soit encore et toujours remerciée.








Émois de me retrouver à nouveau en état de célibat plus ou moins relatif et statué (question à régler, négociations en cours...). Je ne cherche pas à fonder une famille, à trouver mon Ganymède, et à retomber dans la dynamique létale de la conjugalité. Une chose à la fois. La liberté est douce au coeur de l'Indien. Et la beauté des hommes, cet été, m'est délectable. De toute façon, je suis un bastamoureux : à tous les jours, une nouvelle flamme me dévore.







Émois : et moi? Bah. Basta moi. Et vous?

16.8.09

ANDY MURRAY M'AIME (Chronique tennis - kinda...)



Comme un fou, je vous dis. Troisième tête de série, il vient d'abattre l'argentin del Potro à la Coupe Rogers, et on dit qu'il est le joueur de tennis le plus en forme au monde.

Je ne sais plus quoi faire pour repousser ses avances... Et il est trop jaloux pour me partager avec le Prince Harry et Xavier Dolan.


;)






(Je suis en train de terminer la trilogie de travaux de mythologie comparée Mythes et Épopées, de Georges Dumézil, et je vous prépare une série de billets trop top. En attendant, je vous conseille de vous rincer l'oeil ou de prendre des conseils beauté masculine sur ce site où Murray nous apparaît dans toute sa splendeur. Allez mes chéris, je vous aime minces et roux, ne lâchez pas l'entraînement!)

12.8.09

Dans tes dents, Tori Amos!

La légende veut que lorsque les missionnaires chrétiens voulurent convertir les barbares de Grande-Bretagne, ils firent comme partout ailleurs et tentèrent de convaincre les petits monarques, les autorités civiles, politiques, d'embrasser la religion du ressuscité au nom de leurs sujets. Or, contrairement à ce qui se vit ailleurs, c'est le chef religieux du cru, le grand druide lui-même qui se convertit en premier, persuadant ses congénères de la mort de leurs anciens dieux : pour preuve, il alla lui-même abattre les idoles de bois et de pierre que son peuple avait toujours vénérées, et ne s'en trouva pas plus mal.



Malade comme un chien, je n'ai pas grand chose à faire d'autres aujourd'hui que de gémir et d'écouter de la musique, de lire Saramago ou Dumézil, et de me masturber sur les images mentales de la jeunesse dorée qui ne connaît pas sa chance de s'envoyer en l'air en jeans hyper slims vert lime, en converse vintage et en lunettes de soleil de plastique orange ou blanc. Bref, je suis malade alors je me suis derechef réfugié dans mon antre, bien à l'abri de mes amis et de ma parentèle. Et tant qu'à ne pas feeler, autant en profiter pour commettre des sacrilèges.

Et d'abattre mes idoles. Ça calme, à défaut de dormir par une canicule pareille.



Mes amies Pomme et JFM passent déjà leur dernière nuit dans le pays de notre souveraine bien-aimée. Dans un précédent message je les saluais au son de quelques tounes qui me plaisent, made in England. Or, aujourd'hui, je suis tombé à la fois sur un message de Pomme, et sur la chanson "Welcome in England" de Tori Amos.

Et j'ai tenté de retrouver mes émois adolescents devant la divine interprète de Caught a lite sneeze. Celle qui faisait vibrer Trent Reznor et tous les bums de ma génération. En vain.

Succès souvenir de 1996.


Détruisons donc l'idole.


Mais avant, deux ou trois informations importantes à savoir. L'Achigan a sensiblement fait le même exercice que je m'apprête à faire, et son résultat est magistral, magnifique. C'est pourquoi je vais le citer impunément, et je vous conseille vraiment d'aller le lire au lieu de perdre votre temps à m'écouter chiâler. Ensuite, je tiens à dire que ma passion juvénile pour Tori Amos frisait la dévotion hystérique. Je suis allée la voir en spectacle à deux reprises (où j'ai pleuré comme un veau), j'avais des centaines d'images d'elle, des reliques, des affiches, une biographie autorisée, ses disques, et je lui ai même déjà écrit (personnellement). Je n'écoutais pratiquement que ses opus pendant des lunaisons entières; j'ai appris mes premiers rudiments d'anglais à la traduire; j'écrivais des cochonneries et des horreurs littéraires inspirées par elle, par ses textes gnostiques, par ses folies scéniques. Bref. Vous voyez le genre. L'amour fou.

C'est presque humiliant de se rendre compte à quel point on peut devenir groupie d'une artiste pop. Fanatique. Déraisonnablement ébloui.

J'en garde, à part quelques beaux souvenirs et deux ou trois chansons d'elle qui resteront éternellement des petits chefs-d'oeuvre, une délectation malsaine pour tout ce qui est victorien et/ou roux.


Mais là, la madame, elle a 45 ans, et moi l'âge de Kurt Cobain quand il est mort. Je n'ai pas la même vision des choses qu'avant, ce qui ne semble pas être le cas de Tori. Pauvre Tori.

"Qu'as-tu à dire mortel ? Où est ton feu ? Voilà tout ce qui importe."


Tout le potentiel est encore présent. Mais le résultat est bidon. Vide. De mauvais goût, même.

Voyez plutôt :



QUOSSÉ ÇA???

Paroles et musique : du n'importe quoi érigé en spectacle désolant de grandiloquence. Froide, vide, muette, évanescente, inutile comme une poupée Barbie sur une étagère de vieille fille frigide.

"Welcome to England,"he said, "Welcome to my world. You better bring your own sun."

Oh. Jeez. Sooooooooo clever. Rainy England. Bring your own sun.

COME ON!!!!



Le clip ressemble à un mauvais vidéo de vacances, du genre que ne ramèneront pas mes amies Pomme et JFM parce que. Et ça pue le touriste américain pétri de préjugés et de raccourcis culturels. Le Big Ben, les casques de poil des soldats à tunique rouge, les autobus à impériale, la mélancolie ambiante.

Et se trouvait-elle exceptionnellement belle, raffinée et originale en allant se balader déguisée en drapeau américain, comme si elle incarnait la subtilité légendaire des USA, comme si son patriotisme violent n'avait pas une petite gêne même au royaume de Sa Majesté?

Dégoûté, je suis.



Sa voix de chanteuse pop vieillit mal : son accent diphtongué qui ne ressemble à rien me tape sur les nerfs. Elle est nasillarde. Elle étire les notes comme de la gomme à mâchée cheap.

Elle ne sait plus comment chanter
, voilà.

"Maintenant, Tori Amos est une dryade saoule, absente, heureuse et pervertie."


Une risée.

Où est passée la fougue, la magie, la mythologie, le rythme endiablé du pianoforte, du clavecin, de l'orgue? Où est passée la Ugly Betty de la chanson pop-grunge? Quelle espèce de vieille matante ratatinée essaie-t-on de nous vendre comme un t-shirt du Che ou comme un slogan de Mai 68 sur des bijoux griffés?

L'idole est bel et bien vide, sa divinité, envolée. Il ne reste rien. Que des images insipides, que du bruit, que de la paillette fanée, que des rides trop maquillées. Pity.




Y aura-t-il quelqu'un pour la défendre? Ou est-ce que l'été, mon insipidité bloguesque, la vacuité du web 2.0 auront eu raison de tout esprit critique, de tout esprit de chapelle, de toute quérulence?

Whatever.

Je préfère encore me branler en m'imaginant décoiffer Xavier Dolan de plaisir.


Et soigner ma grippe, seul et malheureux, au coeur de mon bien-aimé Plateau bruyant, sale et déchu comme mes idoles d'adolescence.

9.8.09

Last call Lascaux



(Musique d'accompagnement : Portishead)


Dimanche pm, j'écoute en boucle de la musique sur mon portable, je regarde mon frigo décongeler, je pense à ma vie, c'est fou comme je me sens préhistorique.

Et de fait, René Char me vient en tête, ça coule et ça colle dans mon occiput, de la dèche poétique pour féconder le futur sans savoir si ça donnera quelque chose, à la fin.



LASCAUX

René Char





I

HOMME-OISEAU MORT ET BISON MOURANT


Long corps qui eut l'enthousiasme exigeant,
À présent perpendiculaire à la Brute blessée.

Ô tué sans entrailles!
Tué par celle qui fut tout et, réconciliée, se meurt;
Lui, danseur d'abîme, esprit, toujours à naître,
Oiseau et fruit pervers des magies cruellement sauvé.




("Le langage en qui parle l'origine, est essentiellement prophétique. Cela ne signifie pas qu'il dicte les événements futurs, cela veut dire qu'il ne prend pas appui sur quelque chose qui soit déjà, ni sur une vérité en cours, ni sur le seul langage déjà dit ou vérifié. Il annonce, parce qu'il commence. Il indique l'avenir, parce qu'il ne parle pas encore, langage du futur, en cela qu'il est lui-même comme un langage futur, qui toujours se devance, n'ayant son sens et sa légitimité qu'en avant de soi [...]" - Maurice Blanchot, La Bête de Lascaux)




II

LES CERFS NOIRS


Les eaux parlaient à l'oreille du ciel.
Cerfs, vous avez franchi l,espace millénaire,
Des ténèbres du roc aux caresses de l'air.
Le chasseur qui vous pousse, le génie qui vous voit,
Que j'aime leur passion, de mon large rivage!
Et si j'avais leurs yeux, dans l'instant où j'espère?




("Dans chacune des oeuvres de René Char, nous entendons la poésie prononcer le serment qui, dans l'anxiété et l'incertitude, l'unit à l'avenir d'elle-même, l'oblige à ne parler qu'à partir de cet avenir, pour donner, par avance, à cette venue, la fermeté et la promesse de sa parole." - Maurice Blanchot, La Bête de Lascaux)





III

LA BÊTE INNOMMABLE


La Bête innommable ferme la marche du gracieux troupeau, comme un cyclope bouffe.
Huit quolibets font sa parure, divisent sa folie.
La Bête rote dévotement dans l'air rustique.
Ses flancs bourrés et tombants sont douloureux, vont se vider de leur grossesse.
De son sabot à ses vaines défenses, elle est enveloppée de fétidité.

Ainsi m'apparaît dans la frise de Lascaux, mère fantastiquement déguisée,
La Sagesse aux yeux pleins de larmes.



("Toute parole commençante, bien qu'elle soit le mouvement le plus doux et le plus secret, est, parce qu'elle nous devance infiniment, celle qui ébranle et qui exige le plus : tel le plus tendre lever du jour en qui se déclare toute la violence d'une première clarté, et telle la parole oraculaire qui ne dicte rien, qui n'oblige en rien, qui ne parle même pas, mais fait de ce silence le doigt impérieusement fixé vers l'inconnu." - Maurice Blanchot, La Bête de Lascaux)




IV

JEUNE CHEVAL À LA CRINIÈRE VAPOREUSE


Que tu es beau, printemps, cheval,
Criblant le ciel de ta crinière,
Couvrant d'écume les roseaux!
Tout l'amour tient dans ton poitrail :
De la Dame blanche d'Afrique
À la Madeleine au miroir,
L'idole qui combat, la grâce qui médite.



("La nature est puissante sur cette oeuvre, et la nature, ce n'est pas seulement les solides choses terriennes, le soleil, les eaux, la sagesse des hommes durables, ce n'est pas même toutes choses, ni la plénitude universelle, ni l'infini du cosmos, mais ce qui est déjà avant tout, l'immédiat et le très lointain, ce qui est plus réel que toutes choses réelles et qui s'oublie en chaque chose, le lien qu'on ne peut lier et par qui tout, le tout, se lie. La nature est, dans l'oeuvre de René Char, cette épreuve de l'origine, et c'est dans cette épreuve où elle est exposée au jaillissement d'une liberté sans mesure et à la profondeur de l'absence de temps que la poésie connaît l'éveil et, devenant parole commençante, devient la parole du commencement, celle qui est le serment de l'avenir." - Maurice Blanchot, La Bête de Lascaux)





Mon congélateur coule de partout sur le plancher taché, usé, où je me traîne comme un chasseur aux aguets, sagaie à la main et les idées en pagailles ; qu'elles eussent voulu seulement m'apparaître et j'aurais fait long feu de mes oeuvres futures ; joute en émoi, en moi je me terre, et la prescience des débuts fonde la promesse de grands écobuages sur les peaux pariétales où je dessinerai l'espoir de mes seuls instruments, doigts, paumes, langue, sexe.

Prendre la mesure du présent, c'est le cadeau de l'éternité aux mortels qui se projettent sur les rivages du rêve ou les parois à venir de l'art.


(En d'autres mots. Mon désir orne la promesse de l'aube renouvelée sur les sexes exposés du cyberespace ; d'autres fièvres à venir.)

2.8.09

Songs from the UK

Je pense à mes amies Pomme et Jeune Femme Moderne qui sont présentement quelque part au UK (à Edinburgh ou en route vers une autre ville) et je leur dédie avec toute mon affection ces quelques chansons (ô femmes que j'aime, ô chanteuses que je vénère : Beth Gibbons, Roisin Murphy, La Roux...) qui font ma joie de fidèle sujet de Sa Majesté. Rapportez-moi le Prince Harry en souvenir, et un tibia de Tolkien, mes toutes-belles, voulez-vous?








1.8.09

L'Homme est un poulet comme les autres

(Si vous cliquez sur le titre du présent billet, vous devriez tomber sur la b.o. d'un délicieux film français pas très récent qui avait fait ma joie, puisqu'il traite de deux sujets qui me passionnent et m'émoustillent, les Juifs et les homosexuels : L'Homme est une femme comme les autres.)




Oui, ça crève les yeux. Un bipède sans plumes, voilà ce que nous sommes!



N'en déplaise à Platon, c'est Diogène le Chien qui avait raison : l'Homme est une poule comme les autres. C'est fou comment ça glousse et que ça piaille les humains, quand ça veut... surtout l'été. Je me promenais dans le Village gay, hier soir, après le sémillant spectacle de Infected Mushrooms (groupe israélien de psy-trance). De vraies petites poulettes! Ça se dandinait adorablement sur les deux pattes arrières, la crête bien en l'air, déplumés comme pour sauter illico dans la rôtissoire ou pour se faire "farcir", et ça jacassait ferme!

Et que dire des femmes, qu'on surnomme affectueusement "chicks" et "ma poule", qui se dandinent non moins indécemment ces temps-ci que les petits coqs de Village ou de Laval, et qui perdent la tête pour des petits riens (surtout ceux griffés des célèbres LV et DG)...



Et l'Oeuf n'est-il pas une représentation mythique du monde depuis des millénaires? Une chose toute simple et si belle, qui inspirèrent les poètes et les prophètes, et que l'on nous vend désormais à grands coups de pubs (mauvaises) comme si c'était la panacée universelle...


Bref, je voulais vous partager mes réflexions anthropologiques sur le sujet. Cot cot.






En fait, j'aime les auteurs, les penseurs, les petits comiques qui savent user de phrases lapidaires (et parfois remplies de mauvaise foi) pour décrire l'être humain.





Dans le même ordre d'idée, je vous confie ces pages qui me firent sourire et réfléchir ces derniers temps, tirées de l'anthologie Al-Andalus dont je vous ai parlé ici. C'est un court extrait d'une oeuvre monumentale intitulée Le Collier unique, de l'auteur 'Iqd al-Farîd :


DE LA CLASSIFICATION DES HOMMES


Khâlid b. Safwân a dit : "Les hommes se répartissent en trois catégories : les savants, les orateurs et les hommes de lettres. Hors de celles-ci, il n'y a que la plèbe, responsable de la flambée des prix, de la pression exercée sur les marchés, et de la souillure des eaux."

Al-Hasan a dit : "Il y a trois sortes d'hommes : il y a d'abord les hommes dont on ne saurait se passer, à l'instar de la nourriture; il y a ensuite ceux que l'on peut comparer à des remèdes, dont le besoin se fait sentir occasionnellement. Les derniers, enfin, ressemblent aux maladies : de ceux-ci, nous n'avons nul besoin!"

Muttarif b. 'Abd Allâh b. al-Shikhkhîr a dit : "Il y a trois sortes de gens : les hommes, les êtres hybrides à figures humaine, nommés nâsnâs [note de la traductrice : "Ce dernier terme désigne soit un singe de petite taille, soit un être humain fabuleux n'ayant qu'un seul pied et ne se déplaçant que par sauts et par bonds comme certains oiseaux."], et les créatures qui ont été trempées dans le même bain que celui des humains."

Al-Khâlil b. Ahmad a dit : "Il y a quatre sortes d'hommes : il y a celui qui sait, et qui sait qu'il sait; c'est un savant, allez l'interroger! Il y a celui qui sait mais qui l'ignore; celui-là est un homme oublieux, il convient de lui rafraîchir la mémoire. Il y a celui qui ne sait pas et sait qu'il ne sait pas; celui-là est un ignorant : instruisez-le! Enfin, il y a celui qui ne sait rien mais qui l'ignore; celui-là est un sot : fuyez-le!"

[...]

Un autre poète a dit : "Il n'y a pas de plus grand malheur que celui d'enseigner à un ignorant, et de l'entendre prétendre, par ignorance, qu'il est plus savant que toi."

'Alî b. Abî Tâlib [quatrième calife de l'Islam] a dit : "Il y a trois sortes de gens : le Savant, docteur de la loi et de la religion, l'Homme engagé dans la quête de la science et qui se trouve sur la voie du salut, et, enfin, la populace, ballottée au gré du vent."

[...]

Le Prophète a dit : "Sois ou bien un savant, ou bien un élève engagé sur la voie du salut, car, en dehors de ces deux catégories, il n'y a guère de salut."




Aristote a dit : "Il y a trois sortes d'homme : les Vivants, les Morts, et ceux qui vont sur la Mer."

Bastalicious a dit : "Il y a trois catégories de gens : les poulets (de sexe masculin ou féminin), ceux-là sont comme des repas, ils sont beaux et appétissants; mangez-les! Les coqs sont comme les desserts, ils dominent de loin toute la table, mais ils doivent être consommés avec parcimonie et tout en sachant pleinement qu'ils n'apporteront jamais que des plaisirs fugaces, violents. Enfin, il y a les poussins, poètes et philosophes, sages et artistes, qui sont comme des amuse-gueules : tout simplement à croquer, mais fragiles et extravagants."




À votre tour maintenant de me décrire l'être humain...

26.7.09

INVERSION (Quatre poèmes de Constantin Cavafy en négatif)


Cocteau?



LA VILLE


Ce poème de Cavafy (il fait référence à Alexandrie d'Égypte, où il vécut et où il mourut, lui le fils de la diaspora grecque) me rappelle ma propre espérance lorsque je me voyais aller habiter sur le Plateau Mont-Royal : adolescent, je m'y projetais, je m'y voyais déjà, et je ne pouvais que m'y imaginer dominer une scène culturelle de laquelle je ne connaissais que les livres de Michel Tremblay et les articles de Jean Barbe - c'est-à-dire pas grand-chose. Mon nomadisme urbain m'y a mené, mais m'en a aussi fait partir pour d'autres mondes, d'autres continents (réels ou imaginaires). Or, toujours, je garde l'impression létale que je n'ai fait qu'embrasser passionnément les lèvres glaciales d'un cadavre... (le mien?)

(La ville de tous mes espoirs sera mon tombeau, en toutes ses dimensions que je perçois au-delà du fronton défraîchi du réel. Mon doux sépulcre urbain... Terre promise et dernier repos de mes grandes espérances.)



Tarot fatal



REVIENS ET PRENDS-MOI


Troublant et touchant appel de Cavafy : "Reviens souvent et prends-moi, sensation bien-aimée"... Le vieux fonctionnaire alexandrin aux lunettes si caractéristiques avait le don de faire de ses poèmes des perles : secrètes, lentement sécrétées dans la dureté de la mémoire cruelle, façonnées et collectionnées comme autant de joyaux très-purs, et très-précieux. Perles infâmes, souvenirs nacrés, que ces corps jeunes et virils.... et que la main parcheminée du vieillard ne fait plus que miroiter très doucement dans un crépuscule enflammé de tous les ors du ciel.



Mishima?



UNE NUIT


Voilà ma chambre très sobrement meublée de livres, de quelques milliers de livres, d'un tapis faussement persan, d'un fauteuil style Régence, d'armoires et de commodes de bois sombre, d'un lit très très grand, aux draps habituellement blancs. Elle est pauvre, mais est-elle vulgaire? plébéienne? Pourtant, en lisant le poème de Cavafy, je me sens interpelé jusqu'au fond de mes tripes.

Assis à ma table ce midi, lisant Le Devoir sur mon portable, la radio syntonisée sur ma sempiternelle Première Chaîne, le bol de café au lait à peine édulcoré d'un peu de sirop d'orgeat, les cigarettes s'empilant les unes sur les autres (comme nos amants rapidement consommés) dans le cendrier ancien, je me sens soudainement chargé d'ans. Je me lève et marche vers la fenêtre : dehors, on voit la ruelle étroite et sale...






LEUR ORIGINE


Certains parmi nous avons encore, parfois, la nostalgie de cette époque héroïque (pour nous ; pour les autres, les normaux, c'était l'époque où nous n'étions que des ombres perverses dans les ruelles et les bosquets, méprisables au possible, les invertis) où, à défaut d'espoir, nous avions des excitations sexuelles que les autres, les normaux, ne pouvaient ni atteindre, ni comprendre. Et des oeuvres à écrire pour effrayer et ridiculiser la bourgeoisie à gibus.

(Que sont les Wilde, les Gide, les Mann, les Genet devenus?La libéralisation des lois, des moeurs, des sociétés, des médias les ont relégués dans le même passé épique, mais oublié, que ce bon vieux Cavafy lui-même.)







L'ÉPIPHANIE


Julien l'Apostat fut un empereur romain éduqué dans le christianisme flambant neuf de la non moins neuve capitale orientale, Constantinople. Il apostasia pour rétablir, ultime flambée païenne dans un monde en pleine transformation, les anciens rites traditionnels polythéistes. Sa tentative fut un échec. Il n'avait pas compris que la religion nouvelle avait déjà pris la place qui allait être la sienne jusqu'à ce qu'un autre monothéisme vienne lui faire concurrence sur le front de l'Est, jusqu'à la fin des temps, peut-être.

Par ces digressions historiques, Cavafy ne fait que vivre littéralement dans la durée totale de l'hellénisme. Du glorieux port d'Alexandrie où accosta Marc Antoine jusqu'à la vieille ville égyptienne où Cavafy faisait ses délices de fugaces moments d'intimité sexuelle avec des garçons de passage (combien de marins? combien de descendants, ignorant tout de ces époques lointaines que n'ignoraient pas le poète, des savants hellénistiques qui se brûlaient les yeux à la célèbre Bibliothèque, sur de vieux parchemins comme je me brûle les yeux sur les sites porno?) , il n'y a que des brouillards qui se peuvent dissiper, fantomatiques, à qui sait voir en poète.





Note à moi-même : j'ai décidément gâché ma vie à plus d'un titre. J'aurais dû, j'aurais voulu être ou bien un grand mystique, ou bien un acteur porno. Idéalement, les deux.

25.7.09

Quatre poèmes de Constantin Cavafy

Constantin Cavafy (1863-1933)


LA VILLE


Tu dis : "J'irai vers d'autres pays, vers d'autres rivages. Je finirai bien par trouver une autre ville, meilleure que celle-ci, où chacune de mes tentatives est condamnée d'avance, où mon coeur est enseveli comme un mort. Jusqu'à quand mon esprit restera-t-il dans ce marasme? Où que je me tourne, où que je regarde, je vois ici les ruines de ma vie, cette vie que j'ai gâchée et gaspillée pendant tant d'années."

Tu ne trouveras pas de nouveaux pays, tu ne découvriras pas de nouveaux rivages. La ville te suivra. Tu traîneras dans les mêmes rues, tu vieilliras dans les mêmes quartiers, et tes cheveux blanchiront dans les mêmes maisons. Où que tu ailles, tu débarqueras dans cette même ville. Il n'existe pour toi ni bateau ni route qui puissent te conduire ailleurs. N'espère rien. Tu as gâché ta vie dans le monde entier, tout comme tu l'as gâchée dans ce petit coin de terre.






REVIENS ET PRENDS-MOI


Reviens souvent et prends-moi, sensation bien-aimée, reviens et prends-moi quand la mémoire du corps se réveille, quand un ancien désir passe à travers le sang, quand les lèvres et la peau se souviennent, et que les mains croient toucher de nouveau...

Reviens souvent et prends-moi la nuit, à l'heure où les lèvres et la peau se souviennent.



Constantin Cavafy



UNE NUIT


La chambre était pauvre et vulgaire, cachée au-dessus de la taverne louche. De la fenêtre, on voyait la ruelle étroite et sale. D'en bas montaient les voix de quelques ouvriers qui jouaient aux cartes et se divertissaient.

Et là, sur l'humble lit plébéien, j'ai possédé le corps de l'amour, j'ai possédé les lèvres empourprées et voluptueuses de l'ivresse. Si empourprées, et d'une telle ivresse, que même en ce moment où j'écris, après tant d'années, dans ma maison solitaire, j'en suis de nouveau grisé.





LEUR ORIGINE


Leur plaisir défendu s'est accompli. Ils se sont levé du lit et s'habillent hâtivement sans parler. Ils sortent furtivement de la maison, et, comme ils marchent un peu inquiets dans la rue, ils semblent craindre que quelque chose sur eux ne trahisse à quel genre d'amour ils viennent de se livrer.

Mais combien l'artiste y gagne! Demain, après-demain, ou dans des années, il écrira de puissants poèmes dont l'origine est ici.







L'ÉPIPHANIE


Dans l'air lourd du port (dont la décadence réelle rappelle celle qui déjà était la sienne il y a un siècle, et il y a dix siècles), rien ne bouge à peine, sauf, par moment, la mèche un peu trop voluptueuse d'un garçon attablé devant deux cafés noirs. Il semble attendre quelque chose de cet air distant, sans hâte, des jeunes de vingt-trois ou vingt-quatre ans. Sa peau est trop douce pour ne pas apprécier seules les caresses les plus infâmes.

Dans l'air lourd du port, deux cafés tiédissent sans raison apparente sur la table branlante. Le poète seul se souvient quelle épiphanie s'est produite à un certain moment, dans la ville qui connut et ne connut jamais les délires de Julien l'Apostat (ce dernier, est-il écrit ailleurs, n'a pas compris), lorsque des yeux de vingt-quatre étés ont subitement brillé de désir.



22.7.09

Le goût des autres

Comparons, si vous le permettez, les deux formes que peut prendre le goût : bon ou mauvais.


Bon goût :







Mauvais goût :





Attention : l'écoute répétée de cette chose peut vous faire saigner par les coins d'yeux et des oreilles




PS : Commentaire pas du tout sarcastique (je suis sarcastique, ici) lu sur Youtube à la suite de cette vidéo :

"lohervine (il y a 6 jours)
Super! Ultra bon côté musical (3mn avec 3 notes, c'est hot), les textes déchirent d'intelligence, t'es super beau et tu bouge bien, t'es fun au bout, t'as un rythme d'enfer, et tes bimbos sont canon.
Bref, c'est sûr, tu vas faire un malheur! Lâches pas!"



Lu sur le site La Clique du Plateau :

" isa
Lundi 13 juil 2009 - 12.54

Jésus. C’est un vrai mime ce gars-là… Les «libraires intellos»…

Finalement, Philip, c’est comme l’enfant bâtard de Marcel Marceau pis de Britney Spears…?"



Si vous ne constatez aucune différence esthétique entre les deux sujets musicaux traités ci-haut, c'est que vous êtes probablement un(e) ami(e) à Philip, un(e) béotien(ne) ou un résident du 450, du 819 ou du 418 frustré, et j'en suis désolé pour vous.

21.7.09

Mon stade anal : j'y suis, j'y reste!


Jour de pure joie consumériste! Je me suis payé des OBJETS, des beaux objets, des objets fonctionnels, des objets culturels, des objets voués à disparaître, des objets immuables! Des trucs, des petits trucs, des trucs à boire et des trucs à lire, des trucs sexy et des trucs inutiles!

Je me suis acheté :

- Un iPod nano orange et son bracelet sportif pour que je sois irrésistible au gym;

- Une bouilloire bleue;

- Des petites boîtes à épices aimantées toutes mignonnes;

- Un "shaker" pour faire des "drinks" et des cafés glacés fancy à mon ami l'Achigan (et à quelques autres);

- Pulp de Bukowski parce qu'on aime Bukowski;

- De sang-froid de Truman Capote parce que je ne l'ai pas encore lu;

- Le recueil Stèles de Victor Segalen parce que c'est très chinois;

- Lettres à ses amis de Saint-Denys Garneau parce que je veux tout savoir;

- Heur et malheur du guerrier de Georges Dumézil parce que je suis dumézilien (au grand dam de mon ami Phil le Philologue);

- Entretiens avec Didier Éribon de Georges Dumézil (voir raison précédente);

- Le Livre blanc de Cocteau parce que c'est Cocteau, parce que c'est le Prince des Poètes; parce que c'est le livre fétiche de mon ex, et parce que c'est un des récits les plus érotiques qui fût jamais écrit;

- Pourquoi des philosophes de Jean-François Revel parce que je me pose la question après toutes ces années à étudier la philosophie;

- Du sirop de menthe pour me faire des menthe à l'eau comme au pays de René Char;

- Du sirop d'orgeat parce que c'est bon;

- Des chips parce que;

- Des Camel pour penser à mon amie Gaelle.


N'en déplaise à tous les hippies (que j'aime) de ce bas et vain monde, flamber des dollars c'est un antidépresseur for-mi-da-ble. Ça remonte le moral et ça alimente mes névroses...


Mais vous vous demandez quel fuckin lien entre le titre du présent billet et cette sortie scandaleusement matérialiste? Freud. Always. Freud. Le capitalisme comme névrose, et que Freud identifie à la rétention fécale, au sadisme et à la pulsion de mort.



Relisez vos classiques, viarge.



20.7.09

Gésir encore




- Gémir de désir. Encore

- Encore. S'il le faut, et il le faut.

- Je me lacèrerai le corps pour offrir de plus vivantes surfaces, de plus vives ouvertures aux jouissances qui tardent à retrouver leur chemin vers moi, vers toi. Tout moi s'ouvrira comme une fleur si -

- Partage et connaissance intime, violée.

- La lourdeur des membres confirme la nomenclature décisive ; il tombe des pierres fendues de partout sur mon sépulcre mol. La ruine menace

- Quid?

- Ce qui était carrossable n'est plus que la voie médiane des fantasmes qui se multiplient, qui se dénoncent, qui se languissent immodérément.

- Mes hurlements s'envolent, ankylosés de proie prude et de prurit pétrole


***

Les corps beaux planent, noirs rapaces, adamantins, au-dessus des victimes exsangues de nos sabbats. Les corps beaux croassent. Présage : une goutte de sperme seule pourra raviver les dons cachés.



Et ces écobuages de tentations horizontalement -

Gésir sans toi fait mal aux pierres mêmes.





"Fureur et mystère tour à tour le séduisirent et le consumèrent. Puis vint l'année qui acheva son agonie de saxifrage." (René Char)

18.7.09

Le Gisant




La première fois que j'ai vu des gisants, je fus totalement bouleversé. C'était à New-York, dans le mystérieux musée affilié au MET, The Cloisters (situé sur une hauteur, entouré d'arbres, passé Harlem, on se serait cru en Europe, pas dans le Nouveau-Monde...), et mon coeur battit la chamade, je crois même être tombé amoureux à ce moment-là des étranges dormeurs qui s'étalaient devant moi dans la lumière merveilleuse des vitraux. J'avais 19 ans et je découvrais, dans cette reconstitution biscornue de cloître médiéval où chaque pierre, chaque relique, chaque tympan, chaque chapiteau surmontant les arcatures est authentique mais arraché à son continent d'origine, les gisants espagnols de la Reconquista, ces rois castillans, aragonais, galiciens que les musulmans d'Al-Andalus nommaient "les Goths".





Depuis, je garde une profonde fascination pour cette terre d'Espagne que je n'ai jamais foulée du pied mais que j'ai parcourue en long et en large, à toutes les époques, depuis celle des Celtibères hellénisés qui donnèrent des philosophes et des empereurs à l'Empire romain, jusqu'à celle des anarchistes glorieux mais fatalement et impitoyablement écrasés par les fascistes de Franco, en passant par celle des chevaliers gothiques comme Le Cid, des califes omeyyades en exil, des poètes et traducteurs judéo-arabes de Toledo, des milliers de pèlerins en route pour Saint-Jacques-de-Compostelle, des montagnards farouches qui détruisirent l'arrière-garde de Charlemagne, des Conquistadors barbares revenants d'Amérique sur des caravelles chargées d'or et de maladies vénériennes...






Plus tard, j'ai découvert chez mon auteur préféré, J. L. Borges, un poème sur ce musée hallucinant qui m'avait meublé l'esprit de tant de revenants, de tant de morts et de gisants oubliés :


"THE CLOISTERS

De quelques lieux du royaume de France
on fit venir la pierre et les vitraux
pour que surgissent dans l'île de Manhattan
ces cloîtres concaves.
Apocryphes, non,
fidèle monument d'une nostalgie.
Une voix d'Amérique nous invite
à donner ce que nous voudrons,
puisque toute cette bâtisse est illusoire
et que l'argent que laisse notre main
se changera en sequins ou en fumée.
Ce monastère est plus terrible
que la pyramide de Gizeh
ou que le labyrinthe de Cnossos,
car il est, aussi bien, un rêve.
Nous entendons le bruit de la fontaine,
mais l'eau s'écoule dans la Cour des Orangers
ou dans le chant Der Asra.
Nous entendons de claires voix latines,
mais ces voix résonnèrent en Aquitaine
quand l'Islam était proche.
Nous voyons aux tapisseries
la résurrection et la mort
de la blanche licorne condamnée,
puisque le temps de ce lieu-ci
n'obéit pas à un ordre.
Les lauriers que je touche fleuriront
lorsque Leif Ericsson apercevra les sables d'Amérique.
Je sens comme un vertige.
Je n'ai pas l'habitude de l'éternité."

(Ce poème se trouve dans le recueil Le Chiffre, page 794 du deuxième tome de la Pléiade Borges.)




Je me souviens de mon émoi mérovingien devant les visages pétrifiés et pacifiés de ducs et de comtes espagnols à jamais gravés sur leur sépulcre. Je me souviens de mon émoi philosophique en lisant les magnifiques pages de Alain de Libera, ce grand médiéviste contemporain, à propos d'Averroès (le Ibn Rushd de l'époque califale d'Al-Andalus, l'Espagne musulmane). Je me souviens de mon émoi esthétique lorsque j'ai déchiffré les Étymologies d'Isidore de Séville (VIIe siècle).





Sur les bords du Guadalquivir (le fleuve Bétique des Anciens), j'ai croqué dans une orange et j'ai goûté l'éternité.





Tout ça pour dire que les gens se demandent où je suis depuis un mois, si j'ai cessé de bloguer comme tant d'autres. Non pas. Je suis à m'efforcer d'être un gisant.





Je gis sur une couche pure, les yeux clos, les mains jointes, comme pour marmonner une prière païenne, et je pense à des choses que les vivants ne peuvent penser sans se placer dans une position horizontale, propice aux songes et aux réflexions intemporelles. Gisant et pétrifié, je peux enfin toucher de ma pensée les bords arrondis du cosmos, et faire fi des époques, des limites risibles de la réalité, des lois de la physique. N'oubliez jamais que je suis d'ailleurs, que je suis de jadis et naguère au moins autant que du main-tenant que vous tentez de maîtriser, de manipuler, sur lequel vous tentez de faire main basse.

Mon blogue étant né d'une crise existentielle, je ne pouvais que continuer de m'y dissoudre, de m'y réinventer, et de vous faire part de ces petites destructions intérieures que j'accomplis comme un sculpteur sur le matériau tendre et rigide de ma vie. Le temps n'est rien. Le temps passe mais ma parole reste, car elle est l'écrin d'une parole plus ancienne.






Soit dit en passant, je ne saurais vous conseiller plus chaleureusement le magnifique ouvrage sur lequel je suis tombé la semaine dernière en bouquinant : l'Anthologie Al-Andalus, des auteures Brigitte Foulon et Emmanuelle Tixier du Mesnil, propose des traductions (certaines pour la première fois de l'histoire) et une plongée esthétiquement éblouissante dans les siècles de domination musulmane en Espagne.



Aussi, je vous conseille, si vous ne l'avez pas encore vu, de voir le film Le Labyrinthe de Pan du cinéaste espagnol Guillermo del Toro. C'est une cruelle allégorie, un conte pour adulte, qui nous questionne sur la notion de résistance et sur l'évasion dans les pays féériques de l'imaginaire. Ce qui est merveilleux dans ce film, c'est son caractère historique et ses références très subtiles aux différentes époques de l'Espagne.