14.3.09

Une histoire d'amour et de guerre

Durant quelques semaines, un amour est né et est mort entre deux feux, entre deux chutes de neiges, entre deux destructions, entre deux trêves inconséquentes, entre deux garçons trop sensibles que tout séparait.



Il était beau et il m'appelait : "habibi". Il avait pris toute la souffrance de son peuple dans son coeur. Il avait pris toute la douleur des veuves, toute la déréliction des quartiers bombardés, toute la terreur des enfants dans son âme. Son âme. Qui HURLAIT. Son âme hurlante avait soif d'un amour interdit, malgré elle, malgré tout.

Je lui avais dit :
"Je sais qui tu es. Je ne sais pas qui tu es.

Comment saurais-je jamais qui tu es? Comment saurais-tu jamais qui je suis?

Nos mots s'entrelacent sur l'écran mais nos yeux restent aveugles. Nos mots restent distants sur l'écran mais nos yeux sont grands ouverts.
Je ne sais pas qui tu es. Je sais qui tu es.

Mon espoir sans espoir va vers Gaza pour la paix. Et mon espoir sans espoir va vers toi pour te dire l'indicible de mon coeur. "

Il m'avait répondu :
"Et qui t'a dit que je ne te connais pas... Je te connais à travers tes écrits, tes lignes, tes émotions, parce que tes lettres respirent et parlent d'elles mêmes...

Je te connais à partir de tes mains qui écrivent... Et je te vois à travers tout!Nos yeux se sont retrouvés depuis longtemps...Même si les distances les séparent.

Je te connais. Et Ghaza te connais. Et mon Beyrouth te connais.

Le temps va nous réunir..."

Je lui ai dit :
"Depuis quelques temps déjà, je suis un lecteur assidu de Omar Khayyâm. Saches que c'est maintenant avec un oeil différent que je lis ses Robaïyat :

« Que l’homme est faible ! Que le Destin est inéluctable ! Nous faisons des serments que nous ne tenons pas, et notre honte nous est indifférente. Moi-même, j’agis souvent comme un insensé. Mais, j’ai l’excuse d’être ivre d’amour. »

J'ai en moi des douleurs dont le silence réponds aux tiennes très-doucement, avec des signes de reconnaissance. Je ne cherche rien. Je cherche ce qui ne se trouve peut-être pas en ce monde.

Emmène-moi. Emmène-moi là où j'oublierai le temps qui nous tue.

« Quand tu chancelles sous le poids de la douleur, quand tu n’as plus de larmes, pense à la verdure qui miroite après la pluie. Quand la splendeur du jour t’exaspère, quand tu souhaites qu’une nuit définitive s’abatte sur le monde, pense au réveil d’un enfant. » (Khayyâm)"

De tout son coeur, il m'avait répondu :
"Il est déjà 1h3o du matin et je ne dors toujours pas... Je ne veux pas dormir.

Je te lis et je rêve... Je ne sais pourquoi, ni comment. Et j'aurais aimé que ton message soit à l'infini, écrits par milles et une lettres... Dont chaque lettre sera pour moi une nuit...

Je n'ai jamais été aussi vivant... Je me noie et je ne veux pas être sauvé de cette mer tellement profonde... Je suis carrément ivre.

Je suis ivre, même si je n'ai jamais goûté à l'alcool...

Fait des beaux rêves et juste rêve..."

Et ses mots continuaient, inlassablement, à chanter l'amour sur fond de guerre :
"A Beirut, on se réveille toujours sur le bruit de la ville... Des voitures... Le cri des gens... Et les sirènes... Mais aussi de Fairuz, qu'on appelle le soleil du matin...

On se réveille sur l'effluve du café arabe, foncé comme la couleur de mes yeux... Là, juste à ce moment, déguste la vie, chaque instant, alors que je suis avec toi... Prend la tasse, et prends le café de mes yeux... Et toute le charme de Beirut..."

Et j'ai succombé à ses mots. Et nous nous sommes rencontrés, avons bu du café, avons fait l'amour interdit entre tous. Et c'était bon. Je lui ai dit : "Gaza". Il m'a répondu : "Oui, habibi".
Déstabilisé, complètement annihilé sous ses mots, j'ai écrit :
"Je me réveille avec tes yeux dans les miens...

Et je regarde le Mont-Royal par la porte-fenêtre de mon bureau-boudoir, et je pense aux montagnes du Liban que je n'ai jamais vues, et qui donnent son nom au pays lorsqu'elles sont couvertes de neige... Je cherche un pays intérieur, une terre à moi, moi qui suis suspendu entre la terre et le ciel, et je pense à TOI, le lion de sa nation...

Je me réveille en pensant à toi et à ce poème-fleuve de Miron :

« dans les giboulées d'étoiles de mon ciel
l’éclair s’épanouit dans ma chair
je passe les poings durs au vent
j’ai un cœur de mille chevaux-vapeur
j’ai un cœur comme la flamme d’une chandelle
toi tu as la tête d’abîme douce n’est-ce pas
la nuit de saule de tes cheveux
un visage enneigé de hasard et de fruits
un regard entretenu de sources cachées
et mille chants d’insectes dans tes veines
et mille pluies de pétales dans tes caresses »

J’attendrai que le monde nous soit propice, ce monde à feu, à sang, à feux saisissants, car mes jours ne sont rien, et mes nuits sont fusion métaphysique avec l’humanité inconsciente, jusqu’à la formation des constellations de l’espoir neuf...

« Chaque matin, mon cœur est plus lourd dans ma poitrine, mais ton regard le délivre de sa tristesse. » (Omar Khayyâm)

Parle-moi de toi, parle-moi de tout et de n’importe quoi, fait déborder la coupe de ta juste indignation jusqu’à moi, car je suis la glèbe anonyme où tu peux t’épancher. Je n’ai rien à t’offrir sinon cette petite chose en forme de cœur qui se débat dans le coffre en cèdre de ma poitrine... Mon corps est à mes yeux une frontière entre nous deux… Brise-la. Tu trouveras dans les ruines de mon identité des paroles venues d’ailleurs, tu trouveras dans les décombres de cette illusion que je porte, un simple souple souffle de chaleur pour te vêtir comme une nuée scintillante, où ta beauté sera voilée-dévoilée dans la transparence de nos paroles.

Parle-moi de toi, parle-moi de Beirouth et de Gaza, parle-moi de tes rêves et de tes fantasmes... Car ce qui est toi me grandit et me raffermit.

À la coupe de tes lèvres, laisse-moi épancher ma soif de connaissance...

Je t’attendrai comme les neiges sur le Mont-Royal attendent le printemps pour se sublimer enfin.

« Et le soleil n’est point nommé, mais sa puissance est parmi nous. » (Saint-John Perse)"

Notre amour n'était point nommé, mais sa puissance était parmi nous. Sur ma chair j'avais connu la chaleur de sa chair. Et dans ma tête, ses mots tourbillonnaient comme des simouns dans le désert...

Il a dit :
"Ta langue est toujours dans ma bouche, tout comme ton café, tes yeux.
Ta sueur me noie toujours.
Ton parfum s’est éteint sur mes vêtements… Sur mon cou. Il est toujours présent.
Ton regard. Et ton regard profond me fixe toujours.
Tes livres, tes rideaux, ta musique m’habitent toujours et pour toujours ils seront ma mémoire. Mon histoire. Je suis tout simplement né aujourd’hui.

Je t’ai aimé… Tellement aimé que…. Les mots se sont épuisés et ont perdu leur valeur. Trois points de suspension…"


Nos échanges infinis parlaient de nous, de la guerre à Gaza, de nos moments d'incompréhension l'un face à l'autre, de nos rêves, de nos peurs... Nous étions fragiles comme des roses... Nous étions forts comme des lions... Et la lune changeait de forme, et la lune nous a abandonné... Je l'ai abandonné. Lâchement. Mes amis me disaient : "Laisse-le.". Mon coeur me disait : "Non".

La trêve entre Israël et le Hamas a sonné le glas de nos échanges... Il habitait mes nuits mais notre amour était condamné par les rites, par les frontières, par la médiocrité du monde. Nous étions trahis par les Hommes, par sa famille, par mes amis : par tous ceux qui n'avaient jamais connu de l'amour que des frottements musqués, vulgaires...

Je lui ai dit :
"C'est terminé. Je n'ai pas été capable de t'aimer, de t'accepter, de te comprendre.

Plus le temps passe et plus je suis PÉTRIFIÉ à l'idée de t'écrire.

Je préférais nos échanges épistolaires... Te rencontrer a tout fait rater. A tout gâché. La beauté. La ferveur. Que je ressentais. Tes yeux m'ont effrayé. Et je me suis senti repoussant.

J'ai peur de toi.

Tu me détestes mais j'aimerais qu'un jour tu me comprennes. Et me pardonnes.

Je n'oublierai jamais Gaza, Beyrouth, et tes mots."

(Ce qu'il m'a répondu à ce moment-là, nul ne le saura jamais sauf lui et moi.)


Et le temps a passé. J'ai cherché l'amour dans d'autres yeux, dans des contrées moins minées. J'ai cherché à l'oublier. J'ai perdu pied quelques fois, mais c'était toujours le désert qui m'entourait. Je me suis amouraché. J'ai succombé aux douceurs de miel des chairs entrelacées. Et j'ai oublié.




Ce matin, il m'avait écrit...

Mon coeur, ce matin, est une petite chose qui pleure dans ma main en palpitant comme un noyé qui cherche son air, qui lutte pour retrouver la vie... Je me suis souvenu. De tout. Et je meurs un peu à cause de toi, ô mon lion...

Parce que tu as osé m'écrire à nouveau :

"pour toujours...


je ne peux pas oublier
je me souviendrai pour toujours
de tes yeux oubliés
noyés en moi
oh qu'ils sont noyés

et dans tes nuits
je suis l'oublié
le rejeté
penses-tu que tu m'as acheté
(drame)
dramatique que tu es
de tes yeux carrément ivres
dans ton coeur terriblement brûlé
et me dis-tu
qui que tu sois
habibi ne te laisse plus aller
qui que je sois

et ces termes
laisse mes lettres respirer
écoutes-les
absorbes-les
ne m'as-tu pas fait perdre mon ciel
et ma terre
aide-moi à t’oublier
partir pour ne plus te retrouver
ni sur mon chemin
ni dans mes rêves
ni entre mes mains
ni sur mes lèvres

tu as laissé le temps partir
et les secondes ne reviennent jamais
part à jamais
je n'ai plus de coeur pour aimer
pourquoi de mes yeux fuir
alors qu'ils t'ont parcouru
corps et âme

et tu me demandes à quand t'aimer
chaque seconde t'était allouée
n'as-tu pas laissé les jours
de notre amour témoigner
et de tes lettres
de ta salive arrosées

et toi qui est fait
de lettre de café et de beauté
dans mon coeur éternellement
je veux pour toujours t'aimer
sans plus jamais te retrouver...

pour toujours..."

PARDONNE-MOI!!!! MON DIEU, QU'AI-JE FAIT. MON DIEU, J'AI SACRIFIÉ MON COEUR ET L'ANGE DU SEIGNEUR N'A PAS RETENU MA MAIN SACRILÈGE.

C'était la guerre à Gaza et j'étais prêt à tout sauf à ça. J'ai agi comme un insensé. Mais avais-je l'excuse d'être ivre d'amour?

12.3.09


Une montagne et une rivière : 山水
Un art qui, du fin fond de la Chine médiévale, parle de moi et peint mon paysage familier : un petit mont bien peu royal, un fleuve qui coule comme un ruisseau.

Et je m'apaise |


Montée au pavillon de l'étang

Le dragon cornu des abîmes rayonne de beauté secrète;
L'oie sauvage, en son vol, emplit l'espace de ses cris.
Pour vivre au firmament, j'ai honte de n'avoir l'aisance des nuages;
Pour gîter sous les eaux, je rougis de n'avoir la profondeur des gouffres.

Cultiver la vertu? Je connais ma sottise...
Retourner à la terre? Je manque de vigueur...
Au fil de ma carrière, je touche aux mers du bout du monde,
Pour me coucher, malade, auprès des bois déserts.

Entre les draps et l'oreiller, j'embrouille les saisons;
Ouvrons donc le rideau, et jetons un coup d'oeil.

Je prête l'oreille et perçois les vagues de la mer;
Je lève les yeux et discerne une chaîne escarpée.
Un nouveau paysage succède au souffle de l'hiver;
Le Yang en sa fraîcheur relève le Yin épuisé.

La berge de l'étang se couvre d'herbes printanières;
Les saules du jardin suscitent les oiseaux chanteurs.
Foisonnante foison, poignante comme un chant de Pin!
Opulente opulence, touchante comme un air de Zhou!

Vivre tout seul, c'est couler à jamais des jours faciles;
Mais, loin du monde, il est ardu de bien asseoir son âme.
Pourquoi réserver aux Anciens la maîtrise de soi?
L'apaisement, j'en ai la preuve, est possible aujourd'hui.

Xie Lingyun 謝靈運
(385-433 è.c.)


Yin et Yang s'unifient en moi quand je te baise. Ma concentration atteint son paroxysme. Le dormeur du val s'évanouit à l'horizon. Je m'oublie |



Je suis le Dragon insatiable, dansant dans ses nuées et dans ses vapeurs s'enroulant, se déployant, puissant et jouissant. Nos caresses dessinent des paysages étranges, montagnes et rivières. Nos baisers calligraphient sur nos peaux vibrantes un poème qui chante les âges héroïques des Dynasties du Nord et du Sud ; qui se lamente sur le temps inexorable, ce phénix ; qui s'indigne des moralistes et des censeurs ; qui exalte beauté, sensualité, crispation extrême avant l'extase ; qui compose savamment des tercets spontanés, mélodieux.

Les Trois Gorges
三峽 s'emplissent de brumes ; le sage traverse le barrage sans s'en soucier, en sautillant, ses sandales mouillées, le regard tourné vers la montagne escarpée. Des dieux serpentiformes s'émeuvent dans leurs temples en ruine ; le Dao recueille les dernières gouttes de rosée. Il n'y a plus de frontière entre campagne et ville. La conscience s'abolit |



Et je retourne ensuite dans mon orient très distant, insensible aux tourments des hommes, aux changeantes couleurs des Dix mille êtres, des Cent familles et des Sept royaumes : "Entre les draps et l'oreiller, j'embrouille les saisons."


Ce qui s'est passé : trois coups de pinceaux sur le papier de riz. De l'encre il n'y a plus trace et pourtant, tout s'est dit.





9.3.09

Suite à Éloge des minorités

Je n'aime pas l'idée de LA femme, éternelle et essentielle. Ça n'existe pas dans notre réalité. "On ne naît pas femme, on le devient." N'est-ce pas?

***

Car il faut distinguer le niveau de réalité (l'expression est de Boris Cyrulnik) sur lequel on se place. Degré zéro : biologique, à étudier comme on étudie les papillons ou les roches. Vrai : il y a deux sexes biologiques, mais c'est peu dire. Très peu.

Niveau culturel : être "femme" n'a pas la même signification à chaque âge de la vie, dans chaque partie du monde, dans chaque culture et dans chaque classe sociale.

Point de vue universel, juridique : tout individu est une personne morale née égale en droits et en libertés aux autres personnes.

Etc.

Il n'y a pas de point de vue privilégié, de niveau "meilleur" que l'autre : ça dépend de ce que l'on étudie, de ce dont on parle. Si je parle de la situation des prostituées mineures dans un pays du Tiers monde ou de l'excision du clitoris en Afrique animiste, il serait injuste que je ne tienne compte que de la "féminité" occidentale comme barème des féminitudes en général. Il serait étroit et peu intéressant de dire : il faut que toute les femmes au monde soient comme les femmes que je connais au Québec en 2009. Ça sonne bizarre, disons...

Et quand on se place au niveau démographique, ce n'est pas la même problématique en Chine et en Suède. Et si on prend le point de vue de la présence politique des femmes dans le parlementarisme canadien, je n'ai pas besoin de remonter aux origines de l'humanité (point de vue paléoanthropologique) pour parler de "plafond de verre".

Si je milite pour l'équité salariale dans la fonction publique ou dans les universités ou dans les médias, je fais acte de féminisme. Mais ça n'implique pas un système dogmatique de valeurs partagé par l'ensemble des militantes et militants féministes à propos de l'équité salariale ET à propos du port du voile islamique dans les lieux publics au Québec, par exemple. Ça implique seulement que la situation inique (les salaires plus bas pour les femmes, à compétence égale) a été critiquée en fonction d'une rationalité féministe et combattue en conséquence. Si je décide de suivre aveuglément certain(e)s leaders féministes sur une multitude de questions différentes, libre à moi. Mais ce n'est pas du tout ce que je privilégie, personnellement, car je n'aime pas beaucoup l'esprit de chapelle, les partis politiques et les idéologies qui bâillonnent toute forme de critique interne.

***

Le patriarcat est un système idéologique qui bénéficie à des hommes. Lesquels? Quand? Selon quelles modalités?

Le patriarcat est un terme très vaste, trop vaste pour être scientifiquement efficace : il faut le remplir, il faut débusquer son incarnation réelle, il faut démasquer ses critères et ses visages, ses stratégies et ses limites. Quand on critique le patriarcat sans donner de références réelles, on risque de parler dans le vide... de tomber dans l'amalgame et la généralisation hâtive. Il n'existe pas, d'un point de vue ontologique, quelque chose comme le Patriarcat éternel (tout à fait comme il n'existe pas de Femme éternelle ni d'Homme éternel). Ça prend de la viande sur les mots pour qu'on puisse s'en sustenter.

Cette "viande" ontologique, c'est dans les différences réelles qu'il faut la chercher : d'où mon hypothèse des minorités qui permet d'identifier des individus réels, des problèmes réels, des combats réels. Sinon, on tombe dans le discours bien-pensant, dans les voeux pieux, dans les abstractions universalistes.

Et je crois qu'il faut respecter les différences. Respecter les différences, ce n'est pas de marginaliser, ni de ghettoïser. Respecter les différences, c'est dire : okay, il y a tant de femmes qui ont des enfants, tant de femmes noires, tant de femmes homosexuelles, tant de femmes ingénieurs, tant de femmes qui souffrent de maladie mentale, etc., et toutes ces différences sont ÉGALES (en droit), mais n'impliquent pas les mêmes réalités, les mêmes asservissements causés par le patriarcat québécois, etc.

Partant de cette hypothèse, prendre conscience de cet éclatement nous rend plus sensible au fait qu'il n'y a pas NOUS (une majorité homogène) et les AUTRES (les marginaux traditionnels) : on abolit une norme. Car cette norme est un obstacle à l'égalité.

Cette norme est transmise par les instances traditionnelles, par atavisme ou par mimétisme. Comme une évidence.

Cette norme de LA femme (une certaine femme, la superwomen ou la victimiste ou la blanche hétérosexuelle), qui permet par exemple aux féministes états-uniennes de condamner les prostituées (ces victimes sans défense qui n'ont jamais droit de dire qu'elles se prostituent volontairement), les actrices porno (ces victimes sans défense et aliénées), les mères de famille qui restent à la maison pour élever leurs enfants (ces victimes sans défense d'un mari nécessairement dominateur), les femmes qui aiment la sodomie (okay, j'exagère) et tutti quanti (cf. A. Dworkin). Quand on maintient la norme instituée d'une majorité de femmes face aux autres, on perd le véritable grain de la photo, du portrait de groupe. On juge sans savoir, sans écouter, sans respecter. Par a priori.

Je ne fais que critiquer, comme Élisabeth Badinter, une certaine dérive du féminisme. Il y en a d'autres. Et l'ennemi n'en demeure pas moins le patriarcat tel qu'il peut s'étudier dans différentes situations, en tant qu'il promeut la domination d'une minorité d'hommes sur le reste de la population, en particulier leurs "femelles".

***

Or, dans mon texte, je mettais en parallèle cette idée de "minorités" (visibles ou invisibles, démographiques ou culturelles, biologiques ou économiques, etc.) avec celle de majorité. La majorité non pas comme norme du plus grand nombre, mais comme idéal individuel, philosophique. La majorité au sens des Lumières, celle qui a permis, selon Kant, à une minorité éclairée de faire la Révolution française pour le bénéfice de la société au complet (malgré toutes les critiques de la Révolution, ou plutôt de la Terreur, qu'émet Kant).

Le féminisme aujourd'hui, ce n'est plus de dire des fadaises comme : "Brûlons tous les soutiens-gorges", comme si c'était là le symbole, la pire horreur commise par le patriarcat. C'est affirmer : les différents enjeux qui touchent les femmes (ou plus précisément toutes les féminitudes) nécessitent de se pencher sur des problèmes réels, concrets, particuliers, multiples, divers, fonctionnels, institutionnels, quotidiens, interrelationnels, etc. Et de le faire de manière éclairée, c'est-à-dire : rationnelle, en "adulte" (au sens philosophique).

L'enjeu de la libération des femmes est de pouvoir revendiquer toutes ces différences, d'être aidé, soutenu et respecté dans ces différences. Face à une norme universaliste qui cache en fait une tentative d'asservissement à un modèle unique.

***

La discussion continue...

7.3.09

Éloge des minorités - Essai sur le féminisme


Le problème avec le féminisme, c'est que tout le monde a hâte que ce soit enfin terminé. Ainsi, lorsque les gens se plaignent des féministes (et les plaintes sont tellement nombreuses que nous n'en ferons pas mention ici), ils se plaignent de la PAROLE des féministes. Car je répète : tout le monde désire que ce soit réglé! Ce qui est réglé, logiquement, on n'en parle plus. Et c'est là où le bât blesse : à partir du moment où des femmes et des hommes féministes prennent la parole, il faut les écouter ou les faire taire. Parfois, on a réussi à les faire taire. À d'autres moments, et il faut s'en réjouir à plus d'un titre, la parole féministe fut intarissable. Incontournable. Assez puissante pour s'imposer et changer les choses. Or, tout ce qui est doté d'une puissance, et qui l'incarne en actions, finit nécessairement par être satisfait des résultats obtenus, et par se taire. On passe alors à autre chose.

Peut-on se sentir satisfait des changements sociétaux, culturels, politiques et économiques (ajoutez "etc." à chaque fois que j'énumère ce genre de listes) qui concernent les femmes et les rapports homme-femme? Satisfait au point de reléguer cette prise de parole militante au silence des choses rassurantes, acquises, accomplies? Car ce n'est pas le silence qui est un danger mortel, une mort en soi : c'est la parole. Le silence est peuplé de discours archivés, de livres, de souvenirs, de tout un fatras de langages enfin remisés dans le musée de notre civilisation (et pourquoi va-t-on encore au musée sinon pour y aller entendre le ronron des paroles dites, et donc désormais silencieuses?), où les y attends l'immortalité.

Le problème, en cette Journée de la Femme 2009, c'est justement l'absence de silence. On voudrait bien que le problème soit résolu, mais voilà, la parole ne s'est pas tue... Jusqu'où iront les féministes? Pourquoi, le droit de vote accordé, les Droits et les Lois modifiées en conséquence, l'égalité acquise officiellement (mais seulement officiellement), l'avortement légalisé, la contraception généralisée, les conditions économiques nouvelles, est-ce qu'il se trouve encore des hommes et des femmes pour être féministes? Ne serait-ce pas le tour aux hommes de se plaindre un peu, de se soucier du juste équilibre, de leurs Droits, et des Lois qui parfois peuvent leur paraître biaisées en favorisant indûment les femmes?

Non. Ce n'est pas leur tour, car ce ne le sera jamais. À moins que les choses se détériorent tellement (et on est encore loin du compte) que les injustices à leur égard deviennent une question de défense d'une minorité opprimée. -- À ce sujet, et pour clarifier quelque chose d'emblée, disons qu'il n'y a pas une égalité démographique absolue entre la gent masculine et la gent féminine : non seulement les femmes sont souvent un peu plus nombreuses statistiquement, mais n'oublions pas que des catégories à l'intérieur de ces deux genres sexuels viennent encore en diminuer les effectifs ou en atténuer l'homogénéité : environ 5 à 10% d'homosexuels souvent très réprimés (qu'on pense à Cuba ou à l'Iran), mais aussi des catégories d'âge aux problématiques différentes, des disparités profondes entre communautés culturelles, politiques ou économiques... Ce ne sont pas TOUS les hommes, soit un peu moins de 50% de l'humanité, qui ont asservi et dominé les femmes en tant que femmes. On parle d'une minorité d'hommes, ceux qui ont, par contingence historique, monopolisé un temps le pouvoir politique.

Le féminisme n'est donc pas (contrairement à ce que l'on entend d'un côté ou de l'autre) une lutte contre les hommes en tant qu'hommes, mais bien contre un système où les hommes eux-mêmes sont des victimes! Le féminisme est une myriade de combats, de discours, d'affrontements, de situations complexes, d'espaces de réflexion. Et c'est parce que, historiquement, ce sont les femmes qui ont subi (et subissent encore) les dérives de sociétés patriarcales, de religions misogynes, de comportements sexistes, d'iniquités diverses, d'asservissements directement causés par le fait d'être femmes plutôt qu'hommes, que nous pouvons, hors de tout doute, affirmer que le dialogue et les réformes vers davantage d'égalité doit nécessairement se faire dans le cadre du féminisme, et pas ailleurs.

Je ne dis pas qu'il n'y a pas des problématiques sociales actuelles à propos des hommes. Je dis seulement que nous sommes en plein processus, très récent, de prise de conscience, de réformes, de discussions, de mise en place d'un certain nombre de valeurs qui ne sont pas de vains mots. Je dis que les ruines du patriarcat sont encore fumantes ici, malgré ce que certaines et certains voudraient nous faire croire, - alors qu'elles commencent à peine à brûler ailleurs et ne sont même pas encore des ruines dans un grand nombre de pays. Je dis que ce n'est pas encore le temps de se taire. Et tant pis pour celles et ceux que ça choque.

On a donc une minorité qui fut longtemps opprimée et dévalorisée pour son identité sexuelle : les femmes. Et cette minorité est elle-même un ensemble de minorités qui se doublent et se recoupent, se juxtaposent et se répondent : celles qui sont homosexuelles (disons : membres de la catégorie LGBT), celles qui sont mères, celles qui sont encore d'âge mineur, celles qui sont amérindiennes, celles qui sont riches, celles qui sont cultivées, celles qui travaillent, celles qui sont à la maison, celles qui se sont déjà faites avorter, celles que non, celles qui sont artistes, celles qui sont pratiquantes d'une religion, celles qui sont immigrantes, celles qui sont monoparentales, celles qui sont encore chez leurs parents, celles qui souffrent de maladies, celles qui sont retraitées, celles qui excellent dans les sports, celles qui ne veulent pas d'enfant, celles qui font parties de communautés religieuses cloîtrées, celles qui sont gauchères, celles qui sont droitières, et les ambidextres, et celles qui ont des handicaps de toute sorte, etc. Des minorités qui n'ont pas les mêmes critères d'appartenance, et qui soulèvent des questions différentes pour chacune. Qui sont en relation entre elles, et avec les autres minorités composant la minorité masculine.

Cette idée de minorité telle que je l'expose n'est pas une forme de communautarisme. Car elle ne correspond en rien à un repli sur soi. Au contraire. C'est en affinant l'analyse des différentes minorités dans la société qu'on peut mieux faire apparaître les déséquilibres, les iniquités et les subtiles formes d'injustice, parfois invisibles quand on se place à un niveau trop global. Et le fait de se rendre compte que nous sommes TOUS membres de différents groupes minoritaires n'est pas innocent dans ce que je veux dire ici. À chaque fois qu'un groupe se prétend majoritaire dans la société, c'est non seulement faux et dangereux, mais ça sert surtout à asservir ou persécuter une minorité perçue comme étrangère ou barbare ou irresponsable (les femmes, les métèques, les Juifs, les Roms, les homosexuels, les fous, les autochtones, etc.).

Revendiquer son appartenance à des groupes minoritaires, c'est refuser l'appel de la majorité. C'est se sentir concerné par le combat pour l'égalité de toutes les autres minorités! A contrario, il n'existe peut-être que quatre majorités possibles : la majorité légale, la majorité démocratique, la majorité fallacieuse, et la majorité philosophique; leur ordre de présentation n'est pas fortuit et il vaut la peine de les étudier de plus près. Ces quatre types de majorité concernent l'ensemble des êtres humains, mais selon des modalités différentes.

La première est banale mais nécessaire : arrivé à un certain âge, un être humain devient majeur (ce qui lui accorde un certain nombre de devoirs, de droits, de libertés et de responsabilités qu'il n'avait pas ou seulement en partie avant cette date).

La seconde est un principe abstrait, qui n'est pas toujours admis comme la meilleure façon de faire de la politique, mais qui est tellement fondamental qu'il fait office de véritable mécanisme de légitimation de la démocratie : 50% + 1 des votants (majorité absolue) obtiennent ce pour qui ou pour quoi ils ont voté dans un système binaire, ou par le plus grand nombre de votes (majorité relative) dans un système pluraliste.

La majorité fallacieuse est plus complexe... Elle concerne toutes les occurrences d'un appel au plus grand nombre, - afin de tromper, de convaincre à tout prix, d'étayer des propos mensongers, etc. On parle de "majorité fallacieuse" quand, par exemple, un sophisme fait appel au plus grand nombre (argumentum ad populum) pour convaincre : "Tout le monde le dit, tout le monde le fait... donc je le dis ou le fais aussi." Ou : "La majorité des Québécois regardent telle émission de télé, alors ça doit être bon." Ou encore : "La majorité des femmes sont maintenant égales aux hommes, alors, est-ce qu'on pourrait changer de sujet?" Bien sûr, il faut éviter ce type d'argument fallacieux devant un philosophe, un sociologue compétent ou une féministe qui se respecte...

La quatrième majorité possible est la plus difficile à atteindre. Elle ne concerne que l'individu lui-même, qui existe dans un monde toujours-déjà constitué d'interdits, de lois, de sciences, de religions, d'autorités, de procédures, de traditions, de tabous, de confort, de hiérarchies, de susceptibilités, de problèmes, de guerres, de droit de vote et de dentistes. C'est une majorité philosophique en ce qu'elle est de l'ordre de la prise de conscience de notre propre liberté, cette petite chose fragile qui gît au fond de l'ensemble des déterminismes de notre monde. Le philosophe Kant la définit ainsi, en latin : "Sapere aude!" Aie le courage de penser par toi-même! Aie le courage de faire usage de ta raison! Oui, les choses sont ainsi faites qu'elles sont loin d'être parfaites, d'être modifiables en tout temps, de nous laisser toujours cette possibilité de devenir "majeur" au sens philosophique. Kant, d'ailleurs, ne dit pas : fuck les autorités, fuck les structures, fuck l'école, fuck la pensée unique et fuck les gens qui ne sont pas d'accord avec moi! Il dit : si vous êtes soldats, obéissez ; si vous êtes catholiques, obéissez au Pape ; si vous êtes employés, obéissez à votre patron ; si vous êtes enfants, obéissez à vos parents! Mais.

Mais. "Sapere aude", ça veut dire : okay, si c'est comme ça, je vais obéir parce que je n'ai pas le choix PRÉSENTEMENT. Mais je vais tout faire (tout lire, tout apprendre, tout réfléchir, tout méditer, tout discuter avec mes congénères, tout interroger, tout critiquer) pour remettre en question ce qu'on m'impose dans des situations où je n'ai pas le choix. Je vais obéir pour l'instant, mais watch out : je vais tout faire pour devenir majeur au sens philosophique, et je vais tout faire pour que les autres deviennent majeurs eux aussi, en militant pour la transformation de la société. Parce qu'à chaque fois que je laisse quelqu'un penser à ma place, je suis comme un enfant à qui on dit : "Laisse faire, tu ne peux pas comprendre, et tu ne peux rien faire pour changer les choses, tu es trop petit."

En conclusion, le féminisme est cet espace mouvant, vivant, puissant, à l'intérieur duquel je peux faire usage librement de ma raison et agir en conséquence dans la société. Prendre conscience qu'on appartient tous à de multiples minorités (qui ne sont pas toujours visibles), c'est se retenir de s'identifier à une quelconque "majorité silencieuse". Plutôt que majoritaire au sens quantitatif : devenir majeur au sens qualitatif. Plutôt que silencieux : être actif, loquace, interrogatif, critique. Afin que par le libre usage de ma raison, je puisse participer à une des plus formidables révolutions que l'humanité ait connue (à l'image des révolutions pas très tranquilles qui furent celle des différentes libérations : des Afro-Américains, des homosexuels, des États coloniaux, des consciences). La révolution qui débuta par le courage de quelques femmes (comme les Clara Zetkin et Rosa Luxemburg qui figurent ci-haut, ou comme Simone de Beauvoir, ou comme Angela Yvonne Davis), et qui se transforma bien vite en mouvement éclaté, divers, puissant, égalitariste, cacophonique et menaçant pour le "désordre établi" (c'est-à-dire pour les bénéficiaires traditionnels de la domination, quelle qu'elle soit).

Devenir philosophiquement majeurs : c'est ce à quoi le féminisme nous convie aujourd'hui.

L'homosexualité reste à inventer


(Dialogue sur fond de musique un peu triste et de toiles surréalistes avec mon maître, Michel Foucault.)




Bast : Michel, aidez-moi... Je ne me comprends plus... Suis-je homosexuel? Quel est le sens à donner à cette partie de ma vie que je n'ai pas choisie? Suis-je condamné à souffrir? Pour le bouddhisme, c'est le désir qui est source de souffrance...

Foucault : Une chose dont il faut se défier, c'est la tendance à ramener la question de l'homosexualité au problème du "Qui suis-je? Quel est le secret de mon désir?" Peut-être vaudrait-il mieux se demander : "Quelles relations peuvent être, à travers l'homosexualité, établies, inventées, multipliées, modulées?" Le problème n'est pas de découvrir en soi la vérité de son sexe, mais c'est plutôt d'user désormais de sa sexualité pour arriver à des multiplicités de relations. Et c'est sans doute là la vraie raison pour laquelle l'homosexualité n'est pas une forme de désir mais quelque chose de désirable. Nous avons à nous acharner à devenir homosexuels et non pas à nous obstiner à reconnaître que nous le sommes. Ce vers quoi vont les développements du problème de l'homosexualité, c'est le problème de l'amitié.

Bast : Des amis j'en ai, et je les aime aussi! Mais ce n'est pas pareil... Je veux dire, oui Rumi et Shams, oui Montaigne et la Boétie, oui c'est possible que l'amitié touche à l'amour. Et la tension sexuelle entre amis existe aussi. Mais... Mais! J'aimerais comprendre... Suis-je aliéné par les stratégies d'un système conservateur qui m'empêche de penser autrement que selon des schèmes préétablis, rassurants pour le biopouvoir? Et vous, Michel, avec Daniel Defert, ce n'était qu'une "amitié particulière"? Qu'une "modulation" relationnelle?

Foucault : Aussi loin que je me souvienne, avoir envie de garçons, c'était avoir envie de relations avec des garçons. Ça a été pour moi toujours quelque chose d'important. Non pas forcément sous la forme du couple, mais comme une question d'existence : comment est-il possible pour des hommes d'être ensemble? de vivre ensemble, de partager leur temps, leur repas, leur chambre, leurs loisirs, leurs chagrins, leur savoir, leurs confidences? Qu'est-ce que c'est que ça, être entre hommes, "à nu" hors de relations institutionnelles, de famille, de profession, de camaraderie obligée? C'est un désir, une inquiétude, un désir-inquiétude qui existe chez beaucoup de gens.

Bast : Mais moi, c'est PRÉCISÉMENT de ça dont j'ai envie! Et pour moi, c'est ça l'amour! Je désire partager cette inquiétude, ce désir-inquiétude avec une personne en particulier, alors c'est l'amour, non? Vous serez, maître, d'accord avec moi que c'est bien joli d'avoir du sexe plus "facilement" que disons au Moyen Âge, entre garçons, mais comment est-ce que je peux vouloir partager la vie de quelqu'un sans que les émotions m'emportent et me noient? Deux individus adultes de même sexe, qui ressentent ce désir-inquiétude (ou sollicitude), peuvent-ils espérer composer une relation satisfaisante malgré la pression sociale?

Foucault : Ils ont à inventer de A à Z une relation encore sans forme, et qui est l'amitié : c'est-à-dire la somme de toutes les choses à travers lesquelles, l'un à l'autre, on peut se faire plaisir.

Bast : L'amour serait seulement un besoin que je ressens par analogie, par un espèce de conditionnement social, culturel?

Foucault : C'est l'une des concessions que l'on fait aux autres que de ne présenter l'homosexualité que sous la forme d'un plaisir immédiat, de deux jeunes garçons se rencontrant dans la rue, se séduisant d'un regard, se mettant la main aux fesses et s'envoyant en l'air dans le quart d'heure. On a là une espèce d'image proprette de l'homosexualité, qui perd toute virtualité d'inquiétude pour deux raisons : elle répond à un canon rassurant de la beauté, et elle annule tout ce qu'il peut y avoir d'inquiétant dans l'affection, la tendresse, l'amitié, la fidélité, la camaraderie, le compagnonnage, auxquels une société un peu ratissée ne peut pas donner de place sans craindre que ne se forment des alliances, que se nouent des lignes de force imprévues. Je pense que c'est cela qui rend "troublante" l'homosexualité : le mode de vie homosexuel beaucoup plus que l'acte sexuel lui-même. Imaginer un acte sexuel qui n'est pas conforme à la loi ou à la nature, ce n'est pas ça qui inquiète les gens. Mais que des individus commencent à s'aimer, voilà le problème.

Bast : Le problème? S'aimer serait ce qui dérange et m'oblige à correspondre toujours davantage à un idéal hétérocentriste?

Foucault : L'institution est prise à contre-pied ; des intensités affectives la traversent, à la fois elles la font tenir et la perturbent : regardez l'armée, l'amour entre hommes y est sans cesse appelé et honni. Les codes institutionnels ne peuvent valider ces relations aux intensités multiples, aux couleurs variables, aux mouvements imperceptibles, aux formes qui changent. Ces relations qui font court-circuit et qui introduisent l'amour là où il devrait y avoir la loi, la règle ou l'habitude.

Bast : Je comprends. Dans un sens, la libération des homosexuels (hommes et femmes, et autres) n'a fait que déplacer le problème. Amener l'institution à légaliser de telles possibilités affectives est une manière de désamorcer le danger... Une façon de ramener à quelque chose de "propret", à une image de pur hédonisme, ou a contrario, à quelque chose de bien étiquetté, de bien visible et de rassurant, les intensités qui échappaient au contrôle de certaines structures normatives. Mais que faire, alors?

Foucault : À nous d'avancer dans une "ascèse" homosexuelle qui nous ferait travailler sur nous-mêmes et inventer, je ne dis pas découvrir, une manière d'être encore improbable.
Ce à quoi nous devons travailler, me semble-t-il, ce n'est pas tellement de libérer nos désirs, mais de nous rendre nous-mêmes infiniment plus susceptibles de plaisirs. Il faut échapper aux deux formules toutes faites de la pure rencontre sexuelle et de la fusion amoureuses des identités.

Bast : Ce n'est pas un peu utopiste? On ne peut pas, tout simplement, évacuer la promiscuité sexuelle, ni le concept d'amour, qui est, dans mon cas, le but même de mon homosexualité en tant que désir des garçons, désir d'être avec un garçon.

Foucault : Comment arriver, à travers les pratiques sexuelles, à un système relationnel? Est-ce qu'il est possible de créer un mode de vie homosexuel? Cette notion de mode de vie me paraît importante. Est-ce qu'il n'y aurait pas à introduire une diversication autre que celle qui est due aux classes sociales, aux différences de profession, aux niveaux culturels, une diversication qui serait aussi une forme de relation, et qui serait le "mode de vie"? Un mode de vie peut se partager entre des individus d'âge, de statut, d'activité sociale différents. Il peut donner lieu à des relations intenses qui ne ressemblent à aucune de celles qui sont institutionnalisées et il me semble qu'un mode de vie peut donner lieu à une culture, et à une éthique. Être gay, c'est, je crois, non pas s'identifier aux traits psychologiques et aux masques visibles de l'homosexuel, mais chercher à définir et à développer un mode de vie.

Bast : Mais pourquoi est-ce que ce serait le lot des gays de faire ces expérimentations éthiques et culturels? Pourquoi est-ce que ce n'est pas l'ensemble de la société humaine qui ne pourrait du coup faire un travail de réflexion sur le sens à donner à la famille, à la sexualité, à la conjugalité, aux relations amicales aux intensités variables?

Foucault : L'homosexualité est une occasion historique de rouvrir les virtualités relationnelles et affectives, non pas tellement par les qualités intrinsèques de l'homosexuel, mais parce que la position de celui-ci "en biais", en quelque sorte, les lignes diagonales qu'il peut tracer dans le tissu social permettent de faire apparaître ces virtualités.

Bast : Donc, maître, vous ne me direz pas comment faire, quoi faire pour sortir de mon sentiment de détresse actuel? Il n'y a pas de recette, de "programme foucaldien", c'est ça?

Foucault : Mais l'idée d'un programme et de propositions est dangereuse! Dès qu'un programme se présente, il fait loi, c'est une interdiction d'inventer. Il devrait y avoir une inventivité propre à une situation comme la nôtre et à cette envie que les Américains appellent coming out, c'est-à-dire se manifester. Le programme doit être vide. Il faut creuser pour montrer comment les choses ont été historiquement contingentes, pour telle ou telle raison intelligible mais non nécessaire. Il faut faire apparaître l'intelligible sur le fond de vacuité et nier une nécessité, et penser que ce qui existe est loin de remplir tous les espaces possibles. Faire un vrai défi incontournable de la question : à quoi peut-on jouer, et comment inventer le jeu?





(Toutes les paroles ici attribuées à Michel Foucault figurent telles quelles dans l'édition Quarto des Dits et écrits II, "De l'amitié comme mode de vie", pages 982 à 986)

6.3.09

Toc [sic]




La courbe de tes yeux fait le tour de mon coeur,
Un rond de danse et de douceur,
Auréole du temps, berceau nocturne et sûr,
Et si je ne sais plus tout ce que j'ai vécu
C'est que tes yeux ne m'ont pas toujours vu.

Feuilles de jour et mousse de rosée,
Roseaux du vent, sourires parfumés,
Ailes couvrant le monde de lumière,
Bateaux chargés du ciel et de la mer,
Chasseurs des bruits et sources des couleurs

Parfums éclos d'une couvée d'aurores
Qui gît toujours sur la paille des astres,
Comme le jour dépend de l'innocence
Le monde entier dépend de tes yeux purs
Et tout mon sang coule dans leurs regards.

(Paul Éluard, Capitale de la douleur)



4.3.09

Mes amis, mes insectes


Oeuvres du Bestiaire (exposés à l'Espace Pellan)


"Rivière au coeur jamais détruit dans ce monde fou de prison, Garde-nous violent et ami des abeilles de l'horizon."
(René Char, La Sorgue)


Nous sommes une secte sans gourou, sans dogme, sans divinité titulaire (à part peut-être Athéna ou Artémis, en tout cas une déesse, et une déesse qui torche des culs, une déesse de la nature et de l'amitié et de la guerre), sans obligations, sans Parousie, sans exclusivité et sans cotisation. Nous sommes insectes! Et j'aime ma sauterelle, et j'aime ma coccinelle, et j'aimerais que tout le monde que je connais soit insecte parmi mes insectes.

Je chante (encore) du René Char pour vous, et pour toutes les bébittes de ma vie :

COMPLAINTE DU LÉZARD AMOUREUX

N'égraine pas le tournesol,
Tes cyprès auraient de la peine,
Chardonneret, reprends ton vol
Et reviens à ton nid de laine.

Tu n'es pas un caillou du ciel
Pour que le vent te tienne quitte,
Oiseau rural ; l'arc-en-ciel
S'unifie dans la marguerite.

L'homme fusille, cache-toi ;
Le tournesol est son complice.
Seules les herbes sont pour toi,
Les herbes des champs qui se plissent.

Le serpent ne te connaît pas,
Et la sauterelle est bougonne ;
La taupe, elle, n'y voit pas ;
Le papillon ne hait personne.

Il est midi, chardonneret.
Le séneçon est là qui brille.
Attarde-toi, va, sans danger :
L'homme est rentré dans sa famille!

L'écho de ce pays est sûr.
J'observe, je suis bon prophète ;
Je vois tout de mon petit mur,
Même tituber la chouette.

Qui, mieux qu'un lézard amoureux,
Peut dire les secrets terrestres?
Ô léger gentil roi des cieux,
Que n'as-tu ton nid dans ma pierre!

(Orgon, août 1947)

Porte-voix


"If we shadow have offended,
Think but this, and all is mended,
That you have but slumb'red here
While these visions did appear.
And this weak and idle theme,
No more yielding but a dream,
Gentles, do not reprehend.
If you pardon, we will mend." (Puck)



J'ai décidé de m'épouser. Au mois d'avril. Le voyage de noce est prévu pour la fin avril, direction Paris. Ce sera très-romantique et très-beau. Je vais continuer mon blogue d'ici le grand jour, alors je pourrai faire comme Dieu, et me reposer ensuite.

Merci de m'envoyer vos félicitations et autres voeux de bonheur! :)

3.3.09

Rémission, évocation


(Nicolas de Staël - Figures au bord de mer)




quelle est cette grande distorsion qui exécute les étincelles?
quelle la beauté du point du jour qui me fait sourire par toute la surface de mon corps?

il était une fois et une fois encore et à chaque fois davantage d'amour
il aurait fallu un art idoine, une image plus tendre, plus immanente
sur les rides irisées du réel

et cette petite victoire du coeur, comme une fascination solaire


je salue les amis, et je les embrasse avec admiration,
je révoque mes doutes, j'évoque l'équivoque et les diadoques aux fronts purs
qui savent lire les étoiles dans les yeux qui brillent au ciel comme la première fois
qu'on fait l'amour - à chaque fois davantage d'amour

merci les transgressions, merci les hétairies, merci les secondes chances.
et ces petites victoires ducales, comme un adoubement du réel


il était cent fois mes émois et il était beau le trajet jusqu'à moi
je me prends dans mes bras. je me salue
et m'évanouis lentement...



MISSION ET RÉVOCATION

Devant les précaires perspectives d'alchimie du dieu détruit - inaccompli dans l'expérience - je vous regarde, choses dotées de vie, choses inouïes, choses quelconques, et j'interroge : "Commandement interne? Sommation du dehors?" La terre s'éjecte de ses parenthèses illettrées. Soleil et nuit dans un or identique parcourent et négocient l'espace-esprit, la chair-muraille. Le coeur s'évanouit... Ta réponse, connaissance, ce n'est plus la mort, université suspensive.

René Char

Foucault parle encore

Je relis ce matin ce précédent billet, et je me questionne : "Commandement interne? Sommation du dehors?" (René Char, Mission et révocation) Mon rapport à l'écriture se situe à la limite de l'idiosyncrasie et du cliché. Ma transgression est un leurre, bien sûr. Je ne transgresse rien, sinon la possibilité pour les autres de me connaître tel que je suis quand je ne suis pas en train de me dire (même et surtout dans la négativité de mon personnage). Le silence n'est pas la mort, malgré la facilité de l'analogie ; bien au contraire, car c'est le langage qui fait mourir, désormais. Il n'en était pas ainsi quand les poètes racontaient la vie des Héros, car : "[...] parler comme les orateurs sacrés pour annoncer la mort, pour menacer les hommes de cette fin qui passe toute gloire, c'était encore la conjurer et lui promettre une immortalité. C'est, autrement, dire que toute oeuvre était faite pour s'achever, pour se taire dans un silence où la Parole infinie allait reprendre sa souveraineté. Dans l'oeuvre, le langage se protégeait de la mort par cette parole invisible, cette parole d'avant et d'après tous les temps dont elle se faisait seulement le reflet tôt fermé sur lui-même." (Michel Foucault, Le langage à l'infini)

Qu'est-ce qui a changé? - J'ai bradé la possibilité d'une oeuvre achevée, d'une oeuvre qui se lève résolument contre la mort, je l'ai effacée dans l'infini bavassage du web 2.0, du blogue. Mon dandysme est tel que je ne me suis pas aperçu de la superficialité inhérente au processus. Et porté par un langage pétri de ruines, solipsiste par nature, sexy par dérision, poétique par erreur de définition, je me suis voulu autodestructeur alors que les plans se succèdaient infiniment dans l'espace baroque, surchargé, en trompe-l'oeil, pléthorique de la cybernétique actuelle. Depuis quelques semaines, Bast l'auteur, cette illusion qui me dédouble et me menace à dessein, a retrouvé l'unité de mon être par nécessité : rencontrer Bast, c'est rencontrer l'autre. Et être nécessairement déçu. Car le masque, la persona Bast, est une promesse trahie. Il n'y a pas de Bast. Il n'y a que moi. Cet auteur est voué à l'échec par essence. Et c'est moi, alpha et oméga du masque, qui le met en échec. Je ne me crois plus. J'ai vu mon personnage intime, mon double, s'annuler dans le regard de ceux qui, le désirant réel, n'ont rencontré que moi : l'autre, l'indésirable moi.

Depuis quelques semaines, je suis davantage moi que je ne le fus jamais sur ce blogue. Je ne fais plus la différence. Je suis déplié. Alors que je me voulais médium, simple passage pour qu'un autre en moi s'exprime et me menace, j'ai repris le dessus que je ne pouvais pas ne pas reprendre. Mis en échec, le blogue perd son sens et manque d'intérêt, pour les autres comme pour moi-même. L'erreur est originelle. Seulement, la vérité m'a rattrapée. Je ne veux pas cesser d'écrire. Mais il faut, pour ce faire, que je réintègre mon identité exécrée, celle précisément à qui je criais : BASTA! Dans le silence qui va suivre, seule la parole de Foucault prend le relai, pour l'instant.

"Écrire, de nos jours, s'est infiniment rapproché de sa source. C'est-à-dire de ce bruit inquiétant qui, au fond du langage, annonce, dès qu'on tend un peu l'oreille, contre quoi on s'abrite et à quoi en même temps on s'adresse. [...] Et pour s'en défendre il faut bien qu'il en suive les mouvements, qu'il se constitue son fidèle ennemi, qu'il ne laisse plus entre eux que la minceur contradictoire d'une cloison transparente et infracassable. Il faut parler sans cesse, aussi longtemps et aussi fort que ce bruit indéfini et assourdissant - plus longtemps et plus fort pour qu'en mêlant sa voix à lui on parvienne sinon à le faire taire, sinon à le maîtriser, du moins à moduler son inutilité en ce murmure sans terme qu'on appelle littérature. Depuis ce moment, une oeuvre n'est plus possible dont le sens serait de se refermer sur elle-même pour que seule parle sa gloire." (Michel Foucault, Le langage à l'infini)




Elsie Russell, The Anatomy Lesson (1993, oil on canvas, 16" x 20")

2.3.09

Dans une autre vie, j'étais un hippie...

... j'avais les cheveux longs et je ressemblais à Devendra Banhart. C'est pourquoi je l'aime et c'est aussi la raison pour laquelle j'ai immédiatement fait le rapprochement entre sa chanson Little Yellow Spider et le Cantique des Créatures (Laudes Creaturarum) de saint François d'Assise, patron des écologistes, et un des seuls chrétiens qui me plaise absolument. Pour connaître la profondeur de la bonté et de la douceur de François, il faut lire Le Très Bas, de Christian Bobin. Ça donne envie de parler aux oiseaux. Et peut-être aussi de chanter ça :





Le Cantique des Créatures est un poème qui rend hommage à l'univers entier, selon des catégories médiévales (ça date quand même du début du 13e siècle), dans une perspective chrétienne (ce qui peut taper sur les nerfs... en tout cas moi), que François a composé sur son lit de mort. Il faut avoir un peu l'âme hippie pour apprécier. Il faut au moins avoir déjà parlé aux éléments, au soleil et aux animaux dans un moment de pure joie, quelque part dans la nature, après s'être baigné nu dans un lac avec des amis. Il faut avoir comme moi vécu une expérience mystique de fusion avec le cosmos après avoir ingéré une substance hallucinogène avec les mêmes amis, près du même lac, et avoir vu le Dragon protéger les montagnes et le Ciel et les pagodes dorées. Il faut surtout ne pas avoir peur du ridicule, je crois.

En version originale ombrienne (dialecte italien), c'est . La version française officielle :
1 Très haut, tout puissant et bon Seigneur,
à toi louange, gloire, honneur,
et toute bénédiction ;
2 à toi seul ils conviennent, O Très-Haut,
et nul homme n'est digne de te nommer.

3 Loué sois-tu, mon Seigneur, avec toutes tes créatures,
spécialement messire frère Soleil,
par qui tu nous donnes le jour, la lumière ;
4 il est beau, rayonnant d'une grande splendeur,
et de toi, le Très-Haut, il nous offre le symbole.

5 Loué sois-tu, mon Seigneur, pour soeur Lune et les étoiles :
dans le ciel tu les as formées,
claires, précieuses et belles.

6 Loué sois-tu, mon Seigneur, pour frère Vent,
et pour l'air et pour les nuages,
pour l'azur calme et tous les temps :
grâce à eux tu maintiens en vie toutes les créatures.

7 Loué sois-tu, mon Seigneur, pour notre soeur Eau,
qui est très utile et très humble,
précieuse et chaste.

8 Loué sois-tu, mon Seigneur, pour frère Feu,
par qui tu éclaires la nuit :
il est beau et joyeux,
indomptable et fort.

9 Loué sois-tu, mon Seigneur, pour soeur notre mère la Terre,
qui nous porte et nous nourrit,
qui produit la diversité des fruits,
avec les fleurs diaprées et les herbes.

10 Loué sois-tu, mon Seigneur, pour ceux
qui pardonnent par amour pour toi ;
qui supportent épreuves et maladies :
11 heureux s'ils conservent la paix,
car par toi, le Très-Haut, ils seront couronnés.

12 Loué sois-tu, mon Seigneur,
pour notre soeur la Mort,
à qui nul homme vivant ne peut échapper.
[...]


Et pour la mise en musique par Liszt, c'est ici.

1.3.09

Pas sage : avide

Pas d'ordre, pas de mystère, car oui, je sais, lecteur coquin et lectrice coquine aux lobes d'oreille que j'aimerais croquer parce que j'aime les lobes d'oreille et que j'aime mon lectorat, tu veux tout savoir, alors je te dis tout, et davantage encore, voilà, tu l'auras cherché :


Je suis d'un tempérament excessif, et comme on me l'a fait remarquer dernièrement, j'ai l'air d'une "drama queen" en rémission. J'ai abusé de tout, avec plaisir, surtout des substances qui jouent sur les humeurs, et des livres. Avide, vous dis-je.


Martine St.Clair est peut-être une femme très-belle qui a bien vieilli... Mais. (Ajoutez ici la chanson de votre choix qu'elle a eu le malheur de populariser...)


Dandyism's not dead : j'en suis la preuve vivante. Merci, Beau Brummell!


J'ai déjà frenché avec le meilleur ami de mon (ex-) chum... devant sa blonde. Et ce n'est pas moi qui ai commencé.


Être ami sur facebook (sous ma véritable identité, pas celle de Basta Bast) avec Anne-France Goldwater, la célèbre avocate de Lola, est un privilège que je partage avec seulement quarante-sept personnes. VIP, vous dites? Mon futur mari plein aux as n'a qu'à bien se tenir!


Un jour, mon amie G (comme le point, là) et moi, nous aurons : un manoir de style britannique à Frelighsburg, un âne pour aller faire les courses au marché du village, et des chaises à porteur pour que nos étudiants les plus virils nous apportent en classe lorsque nous serons professeur ou conférencier.


On me souffle à l'oreille que j'aurais jadis terminé ma carrière de chanteur à voix dans un karaoké de la rue Beaubien de très-gênante façon : en chantant "Ce soir l'amour est dans tes yeux" de Martine St.Clair en duo avec MAGIC. Goddam. Invitez-moi à Vie privée vie publique que je vous te fasse brââââiller un auditoire sur "ma descente dans l'enfer de la drogue"


Mon rêve le plus difficile à avouer en public est celui-ci : posséder une garde-robe "walk-in" comme celui de Carrie Bradshaw dans le film "Sex and the City" et n'y ranger que des articles de vêtement noirs. Avec peut-être quelques chemises blanches ou d'une couleur qui me donne un beau teint. Et y faire l'amour, bien sûr...


Je crois qu'il n'y a pas de raison de ne pas s'offrir du foie gras, même quand nos revenus frôlent le zéro et que nos dettes atteignent un point de non-retour. C'est une simple question de... délicatesse de tempérament. Et, mutatis mutandi, ce n'est pas parce qu'on est atrocement riche qu'on ne peut pas apprécier un cheeseburger avec bacon à 1,39$ après une brosse très généreusement arrosée de champagne (la Veuve, bien sûr - à la rigueur Paul Goerg parce qu'il est millésimé).


Conversation avec mon frère en fin de semaine : y a-t-il encore des gens pour penser que la coupe "mohawk" urbaine est à la mode? Semblerait que oui et, dixit mon frère : "pas juste à Laval". Rassurant?


Je n'ai pas de tatouage car je ne sais pas combien de temps je vais garder la même peau.


Quiconque a en sa possession des photos de Patrick Masbourian nu doit IMMÉDIATEMENT me les faire parvenir. Sinon, je vais continuer d'aimer mon lecteur et ma lectrice quand même... peut-être.


Je suis monarchiste pour des raisons démocratiques. Et parce que j'aime l'idée d'avoir une Reine qui soit aussi un chef religieux, le seul qui soit bien habillé.


On reconnait un nouveau riche et un pauvre au fait qu'ils n'ont pas de classe. Avoir de la classe, c'est profiter sans scrupule des largesses du premier, tout en appréciant davantage l'amitié du second.


Boire du mauvais café en bonne compagnie le rend meilleur. Boire de l'excellent café en compagnie de l'humoriste Dieudonné est très dommage, car on gaspille le café en le lui lançant violemment au visage.


J'ai déjà eu une aventure sentimentale et sexuelle avec un militant connu de la communauté musulmane au Québec (du genre qui se retrouve devant les tribunaux et dans les médias assez souvent), mais je l'ai quitté parce qu'il voulait rester dans le placard toute sa vie pour sauver l'honneur de sa famille. Mais j'ai appris à son contact des tas de trucs, dont un mot arabe : habibi, qui veut dire "mon chéri". Cute, non?


À mon ancien travail, dans le centre-ville où règnent le costard gris et le tailleur beige, je faisais jouer en boucle la chanson de Placebo suivante. Ça faisait rire mon amie Josée et ça rendait fous les autres employés...