5.9.09

Miscellaneous éperdu (AJOUTS)

Samedi matin, je me réveille avec du Mara Tremblay sur la peau. Plus exactement, Le Teint de Linda, la première chanson aux sonorités country qui, malgré ça, m'a fait tripper. Et très précisément, je la ressens passer comme un frisson de vulnérabilité sur ma nuque, sur mes bras, sur mon ventre, dans mes jambes, souffle glacial de malaise et de questionnements éperdus.




(Pour visionner le clip, il faut aller sur maratremblay.com ou cliquer sur l'imâââge ci-dessus.)





Pas envie de faire quoi que ce soit, je suis enfin en congé, et je me suis pris dix livres et un docu à la Grande Bibliothèque : je vais enfin lire De Amore de Marsile Ficin, tel que recommandé par Maphto, et des contes soufis de Al Rûmi (dont je vous avais parlé en février dernier), et deux grosses briques sur René Char (dont je vous parle tout le temps - voir le bastsujet), et plusieurs livres de Dumézil (dont je ne désespère pas encore de vous parler dans un avenir rapproché, malgré tout), et quelques autres bouquins fascinants.

Je me fais des bols de café au lait, je me fais toaster des muffins anglais, je me fais des reproches et je ne comprends pas tout à fait pourquoi. Je me sens fourbu, claqué, mentalement, et physiquement. Sur ma peau, je lis les vicissitudes de ma vie.





Je ne connais pas personnellement Guy Laliberté. L'eussé-je connu que ça aurait peut-être changé mon opinion sur le sujet, mais ce n'est pas le cas, alors je n'ai aucune sympathie pour son voyage dans l'espace. Je ne suis pas de la génération "Guerre froide", je n'ai aucune mythologie personnelle de cosmonaute, de Gagarine et de la chienne Laïka. Et pour moi, en tant que créateur, en tant qu'esthète, la poésie, dont se gargarise le gourou du Cirque du Soleil, se retrouve bien plutôt dans La face cachée de la Lune, de Robert Lepage, et aucunement dans ce non-événement signé "One drop".

La journaliste Rima Elkouri a signé un très bon papier sur le sujet, qui exprime le malaise de plusieurs, dont je suis, face à cette "mission poétique" de marde. Extrait de son papier intitulé "Mission poétique ou narcissique?" :

"Pendant une bonne heure, le fondateur du Cirque du Soleil, un logo de son entreprise bien en vue au-dessus de sa tête, a ainsi expliqué aux internautes en quoi consisterait son «odyssée» humanitaire à 35 millions. Si M. Laliberté veut aller dans l'espace, n'allez surtout pas croire, mesdames et messieurs, que c'est simplement pour son plaisir personnel ou pour se pavaner. Pas question pour lui de se contenter d'être un vulgaire touriste de l'espace. Non. De là-haut, durant cette expérience qui se veut avant tout «spirituelle», le grand prêtre du Cirque du Soleil a un rêve. Il veut sensibiliser la pauvre population terrestre aux enjeux de l'eau et à l'avenir de notre planète, avec un événement «mondial, international» et même «universel». [...] Durant la conférence de presse, les mots «poème», «poésie», «poétique» ont dû être prononcés plus d'une vingtaine de fois. Paradoxalement, plus on parlait de poésie, plus on avait l'impression de s'en éloigner. La poésie, la vraie, peut-elle vraiment survivre à toute cette enflure narcissique drapée de bons sentiments? N'est-elle pas justement aux antipodes de ce boursouflage mégalomane interplanétaire?"


Et sur le site de Christian Mistral, j'ai réagi à la nouvelle, plus précisément à propos de l'écrivain Claude Péloquin, qui était supposé écrire l'oeuvre que lirait Guy Laliberté dans l'espace. Je suis le 47e commentaire...





Pourquoi ai-je mal, pourquoi mon coeur se serre-t-il d'angoisse et de tristesse, ce matin? Pourquoi le sentiment d'être atrocement SEUL? -- J'essaie de garder mon calme, de prendre à bras le corps ce faisceau d'émotions, cette nébuleuse de sens insensée, flou, tout est flou à loisir, et je me dis, peut-être à tort, que de m'analyser, que de m'ouvrir le coeur et les pensées en public, devant l'écran de mon portable, sur mon blogue, va me faire du bien.






Hier soir la magie, hier soir la beauté, hier soir les amis -- ô glorieux, ô magnifiques, ô mes amis, et pourtant (pour-tant : à ce prix, à ce coût-là; expression analysable et compréhensible, qui introduit l'inanalysable, l'incompréhensible, un marché faustien, une affaire à jamais, toujours-déjà bouclée à mon désavantage, à perte, à perte d'âme), je suis reparti chez moi le coeur infecté d'une gangrène interrogative, et j'ai marché en fuyant les regards qui eussent pu se poser sur mon corps vulnérabilisé, écartelé, martyrisé d'autodénigrement et de fragilité spirituelle. -- Où se trouve donc le centre, l'origine de cette tristesse du corps, de cette fatigue des sens, de cette trahison de l'image mentale que je me fais de moi-même? Il y a une faille dans le cycle karmique de ma vie, et cette faille est ouverture vers la vérité voilée-dévoilée du coeur-corps, ce complexe arrangement moléculaire et spirituel qui me compose comme individu.





Hier les amis et surtout peut-être les représentations les plus émouvantes de tout ce que je chéris, de ce que j'affectionne et vénère : jeunesse pleine de géniale vanité, beauté des lieux, beauté des formes, délice de tous les sens, conversations d'équilibristes ou de librettistes du 18e (l'époque où, comme le dit Blanchot, tout le monde écrivait avec brio, tout le monde faisait profession d'intelligence vive dans les paroles, les oeuvres, les réparties caustiques), jeunesse pleine, grosse d'avenir, et beauté atrocement sexuée, affamée de sexe et de plaisir, affamée de vie et de plénitude de soi-même ; on n'est pas sérieux quand on a vingt-sept ans ; je lis sur les silhouettes -- poses, postures, cambrures, danses et langueurs ultra -- les origines magiques des idéogrammes, des hiéroglyphes, des abstractions signifiantes encore engoncées dans des formes mouvantes, terribles, de quotidienneté et d'immédiateté, de désir et d'étrangeté divine. Mes amis, mes amours : j'ai aimé ces corps, je les ai lus, je les désire encore, comme un fou, comme un flou tendre, comme un tendre fouillis. La dangerosité. La menace du vêtement. Les artifices de l'urbanité mises en abîme dans le contact sans contact, dans les caresses bloquées par le textile, et je me surprends à penser que la surface est d'autant plus vaste qu'elle est nue ; nus, nous serions infinis les uns avec les autres ; infinis, d'où : le secret du sexe, du corps, dévoilé, perdrait sa dangerosité de bête tapie dans le tissu foisonnant, luxurieux, et par là même, les inhibitions dont mon corps cache en son sein les poisons autodestructeurs, seraient neutralisés dans l'ex-hibition.





Avant-hier, c'était la continuation de la mise en place d'une relation amicale saine avec mon ex ; mon tit-ex comme dit l'Achigan, par opposition avec mon grand-ex, ce dernier ayant partagé un peu plus qu'une demi-douzaine d'années de ma vie, l'autre, le dernier en date, le tit-ex, que quelques mois intenses. Mais dans nos paroles vraies, vrillantes et déridantes de spontanéité et de candeur, une fissure, encore une faille, et violente : le non-désir qui fut jadis désir, désir du désir et puissance actualisée du désir, libido centrée sur son obscur objet de désir qu'est le sexe jumeau, miroir du désir du même (homoïoï, en grec), échec du désir et échec de la communication des corps, destruction nécessaire à la mise en place d'une relation amicale saine, et pourtant, pour-tant, ce pouvant signifier le mensonge du désir encore vivant qui doit se terrer encore plus profondément pour survivre, pour ne jamais mourir tout à fait, et pour peu je m'eusse bouché les oreilles pour ne plus entendre battre dans sa voix la libido étincelante de jeunesse déjà tournée vers tant d'autres corps que le mien ; faiblesse de celui qui naguère posséda, et qui doit accepter de n'avoir plus que les mains vides parce que le coeur, lui, l'est déjà. Écouter sans écouter les aventures post-rupture, lire sans lire les fantasmes qui m'éloignent de moi, de ce que je vois dans le miroir tous les criss de matin, sur ma peau, ma vie se lit...





Rencontres qui me désertifient, qui me dévastent : amis qui me veulent du bien, et pour-tant, qui me ramènent sans le vouloir, sans le prévoir, à la dévastation normale, aux sinistres et aux catastrophes réguliers de mon être-là (heideggerrien Dasein; à moins que ce ne soit mon être-au-monde, mon Inderweltsein?) -- besoin de fuir mes amis, besoin irrépressible de les trahir, de les tenir à distance pour préserver mon esprit des naufrages les pires, quand par exemple des amis font la noce ou se marient, s'expriment envers et contre mes préjugés érigés en valeurs, ou cherchent en moi une oreille attentive... qui se révèle sourde, assourdie, assourdissante du silence du "je t'aime, je te désire". Ambiguïté de l'amitié qui m'exalte et me tue, qui me dirige vers moi-même tout en m'éloignant indéfiniment du moi qui n'est pas "le même". Je les trahis d'autant plus facilement que je peux, sans peine de mentir, prétexter ma fatigue, ma vie pleine de travail éreintant, de faiblesse mentale ou physique (comme il est jouissif d'annuler un rendez-vous en prétextant la maladie quand elle n'est pas la cause! comme il est vrai que je souffre les affres des symptômes quand je n'en ai aucun! comme il est doux de mentir pour une aussi bonne cause que celle de ma ruine intérieure!)






Éperdu d'amour je suis et pourtant, c'est de peaux que j'ai le plus besoin. Mon sexe inemployé quelques temps, et c'est mon moral qui se raccornit. Les caresses intimes me manquent, me causent des manques de drogué. Et qu'est-ce que la parole cultivée, intellectuelle, qu'est la mienne, sinon une monnaie d'échange (devise comme une autre, peut-être moins valable ou plus rare ou plus glorieusement civilisée qu'une autre) contre la bestialité du sexe? un pour-tant, vraiment, un coût à l'échange, un prix à payer pour être désiré-désirant ; il y a cinq grands axes qui mènent à l'échange d'orgasmes à deux ou à plusieurs, dans l'ordre croissant de puissance érotisante : la gentillesse/humour (degré zéro de l'attirance), ensuite la parole intellectuellement puissante, ensuite l'argent et ses preuves matérielles, ensuite le Pouvoir, et finalement, plus haut échelon (qui souvent annule ou apporte les précédents à son possesseur), et paroxysme de l'arbitraire du désir : la perfection génétique du charisme sexuel. Graal du cul.





Je m'observe dans ma nudité et je me tâte, je me palpe, je me jauge et me juge. Ce que j'ai à offrir est pauvre trésor. Mes armes sont ébréchées, mais qu'y puis-je? Je dois d'abord panser mes failles, mes fissures, mes plaies symboliques -- les pires de toutes. Et ma frustration grandit comme un léviathan fou dans les abysses glaciales de mon coeur. Les souvenirs s'allient aux fantasmes pour composer les mirages, les spectres du désir, labourant mon corps de sillons stériles, de terre en jachère éternelle, mortelle.





J'ai mal au coeur et j'ai la nausée. Il faut que j'arrête d'écrire pour l'instant. Mais je n'ai pas exprimé le millième de ce que je désirais écrire (tout à fait comme je n'ai pas encore vécu le millième de ce que je désire baiser, aimer, expérimenter sexuellement, sensuellement, affectivement).

Grand bien me fasse.





Ça fait cinquante ans aujourd'hui que Duplessis est mort.

Grand bien nous fasse.

3.9.09

Pandémie ludique/lubrique : vous êtes des bastamours

Jeune vierge autosodomisée par les cornes de sa propre chasteté, Salvador Dali



L'Achigan, tu as créé un bel engouement autour de mon billet "Fragments fous de désir(s)" et j'en suis très honoré. Merci à toutes celles et à tous ceux qui se sont prêté au jeu.

Cependant, je n'ai pas eu le temps encore de tout lire, ni de publier ce que j'avais envie de vous partager ici cette semaine, et j'en suis fort marri.

Mais en fin de semaine, quatre jours de congé, bénédiction!, vont me permettre de remédier à la situation et de partir sur une "shire" (ou "chire"?) cybernétique.

À couilles rabattues, vous dis-je.

J'ai que trop hâte à demain pour ça, et pour vous bombarder gaillardement de commentaires, de billets disjonctés et autres insignifiances bloguesques.

D'ici là, il me reste encore 12 petites heures de travail à abattre aujourd'hui.

Basthommages et salutations distinguées, etc.





(Je préfère la version originale, mais je trouvais cocasse ce duo avec Coeur de Pirate...)

29.8.09

Fragments fous de désir(s) (AJOUT)

Note à moi-même : ne pas publier ce billet sur mon bogue. Je suis déjà assez troublé par ma sexualité, par mon univers fantasmatique, à quoi bon en faire l'étalage malsain et ostensible, au vu et au su de tout le monde...





Ce que je préfère chez les garçons :

- Les fesses. Les reins cambrés. Les hanches étroites. Un ventre plat. Les jambes...

- Des attitudes féminines, des gestes ambigus.

- Une façon de parler élégante, raffinée sans être ni affectée ni hipster; la vivacité d'esprit.

- Une minceur élancée, athlétique, et une virilité sans ostentation. Comme Andy Murray.

(Je crois que j'ai volé cette photo sur internet... shame on me)


- Une pilosité harmonieusement distribuée et bien entretenue.

- Les avant-bras poilus, torturés par des veines apparentes; les aisselles humides.

- Les secrets, les mystères, les ombres de l'intimité, les perversions, les charmes ambivalents de l'amitié entre garçons.

- L'éjaculation généreuse.




Léopold est mon idole.





Marcel Proust, dans son fameux questionnaire, répondait à : "La qualité que je préfère chez un homme", ceci : "Des charmes féminins."






Et à la question "La qualité que je préfère chez une femme", Proust écrivit la réponse suivante : "Des vertus d'homme et la franchise dans la camaraderie."





Ce que je préfère chez les femmes :

- Le champagne quand elles en boivent, non pas dans des flûtes (quel mauvais goût), mais dans des coupes évasées; ou quand elles s'y baignent...

- Une voix chaude, plutôt grave et veloutée, calme et d'une conversation raffinée.

- Une chatte bien épilée, qui s'ouvre magiquement sous l'action mouillée de la langue.

- Des seins enserrés dans un corset, et qui y palpitent d'excitation.



(Je crois que j'ai volé cette photo sur facebook... shame on me)


- La douceur de la peau.

- Les dessous chics et les gants de satin noir.

- Une gestuelle très féminine, très élégante, en toute occasion.

- Une sexualité très ouverte, très assumée.






Dita Von Teese est mon égérie sexuelle absolue.






Des fragments à ajouter? Des idées de fantasmes à m'offrir gracieusement? Des invitations? Des hurlements de dégoût devant autant de rousses et de roux étalés sur mon blogue? Des photos volées sur internet ou sur facebook à m'offrir gracieusement?


AJOUT IMPORTANT : À l'instigation de ce grand pleumat à l'Achigan (son texte est déjà en ligne, ici, et comme toujours, c'est génialement bien écrit), une nouvelle tague érotique est née : la Tague Bisensuelle. Qu'est-ce que vous préférez chez les filles et chez les garçons? Je précise : pas "chez les filles OU chez les garçons". Faites oeuvre de bisensualité, bande de post-freudiens décadents! Je veux voir des imâââges, des "vidios", des toiles célèbres, des exemples concrets, du stupre et de la franchise. Renvoyez-moi la tague et je vous promets des surprises. À vos claviers, multitudes des nations de mon lectorat : vous pouvez répondre sur ma page facebook, dans les commentaires ci-dessous, ou de préférence sur votre propre belogue.

Je me joins à l'Achigan pour taguer Mélodie Nelson, Alyss, le bélître, Maphto, filigrane, Alex, mais aussi FIEL, Ed Hardcore, Pierre-Luc, mon bon Chuck, la belle Dark, Le Pornographomane, Tattoo, Angélus, Simon les Nuages, The Citizen, et toute âme de bonne volonté, qui se sentirait interpelée par ladite Tague Bisensuelle.

Reste à trouver un autre mot que "tague", car personnellement, il m'emmerde. Le mot "pandémie ludique", à la place, vous conviendrait-il?




26.8.09

Fureur et mystère

En attendant la suite de mon billet "Fantasme", je vous embrasse avec les mots de René Char :





AFIN QU'IL N'Y SOIT RIEN CHANGÉ


1. Tiens mes mains intendantes, gravis l'échelle noire, ô Dévouée; la volupté des graines fume, les villes sont fer et causerie lointaine.


2. Notre désir retirait à la mer sa robe chaude avant de nager sur son coeur.


3. Dans la luzerne de ta voix tournis d'oiseaux chassent soucis de sécheresse.


4. Quand deviendront guides les sables balafrés issus des lents charrois de la terre, le calme approchera de notre espace clos.


5. La quantité de fragments me déchire. Et debout se tient la torture.


6. Le ciel n'est plus aussi jaune, le soleil aussi bleu. L'étoile furtive de la pluie s'annonce. Frère, silex fidèle, ton joug s'est fendu. L'entente a jailli de tes épaules.


7. Beauté, je me porte à ta rencontre dans la solitude du froid. Ta lampe est rose, le vent brille. Le seuil du soir se creuse.


8. J'ai, captif, épousé le ralenti du lierre à l'assaut de la pierre de l'éternité.


9. "Je t'aime", répète le vent à tout ce qu'il fait vivre.
Je t'aime et tu vis en moi.



23.8.09

Maintenant, Nicolas et Bart!



Aujourd'hui est l'anniversaire de l'infâme exécution de Nicolas Sacco et de Bartolomeo Vanzetti, les deux anarchistes italo-américains qui soulevèrent, par la persécution qui les a poursuivis, la sympathie mondiale.





À tous les anarchistes, à tous les pelleteux de nuages qui comme moi sont encore sensibles à ce genre de symboles, à ce type d'événement, gardons-les, Nicolas et Bart, dans nos coeurs.




Aujourd'hui, c'est aussi l'anniversaire de naissance de ma grand-mère, 89 ans. Elle souffre de la maladie d'Alzheimer. Elle est belle et je l'aime. Cette grande dame de ma vie fut une féministe et une victime de la pauvreté ahurissante, de la noirceur immonde du Québec des années 30, 40 et 50. Dans mon coeur, elle a sa place avec Léa Roback et Madeleine Parent, les Gérin-Lajoie mère et fille, Françoise David et Idola Saint-Jean. Pour moi, le féminisme de ces grandes agitatrices est indissociable des anarchistes qui pleurent aujourd'hui sur un puissant symbole chanté par Moustaki et Joan Baez.






Je tiens aussi à souligner l'importance dans ma vie intellectuelle de Normand Baillargeon, professeur à l'UQàM et vulgarisateur scientifique hors pair, anarchiste et figure incontournable de la vie intellectuelle du Québec. C'est sous son influence que je me suis familiarisé avec les principaux théoriciens de l'anarchisme. Même si je ne me considère pas comme "anar" au sens strict, ma réflexion s'est nourrie de cette grande tradition politique.


22.8.09

Fantasme

Je rêve d'un milieu littéraire (pas juste les happy fews qui ne font pas les médias, mais bien un ensemble plutôt organisé, diffusé, qui tient le haut du pavé) à la fois glamour et décadent, brillant et superficiel, hypersexy et pourtant d'une qualité extrêmement solide. Pas juste des "poseurs". Des créateurs. Des vrais. Des gens qui vénèrent la beauté, l'étrangeté, la poésie de Mallarmé et les lychee Martinis. Qui écrivent des trucs qu'on n'a pas encore lus, des choses libres et classy, libertines et burlesques. Profondes, surtout. Pas de la chicklitt ou de la poppsycho à deux balles.


À la place des Nadine Bismuth et autres auteurs à crever d'ennui ; à la place des interviews calamiteux à la Lorraine Pintal ; à la place des poètes trop sérieux qui se lisent entre eux des choses ronflantes et convenues... je rêve de voir une majorité, une large majorité de jeunes auteurs prendre toute la place, sexy comme Mélodie Nelson ou Alyss, irrévérencieux comme le Bélître de Vivisection pseudopathologique, intello mais branchés comme Maphto, et lyriques comme l'Achigan, madame Blue et Filigrane. Entre autres.


Je rêve à des partys littéraires où l'alcool coule à flot sur du strass, des souliers dorés, des livres aux couvertures trashy, des maquillages baroques, des gommes ballounes qui éclatent... Je rêve de voir un univers littéraire moins inspiré par TVA, ou les shows de chaises des années 90 (genre Bouillon de culture, Sous la couverture...), que par un vidéoclip de Donzelle.



Je veux des androgynes, des gays fofolles, des drags, des stars, des scandales, du fric et des Lady Gaga... D'ailleurs, j'adore le trip, le canular, que s'est tapé une autre Lady, la belle Guy, sur Bukowski... à méditer! Pourquoi la littérature devrait-elle être soporifique, et guindée, et conventionnelle? Tellement... premier degré? Pourquoi ne pas s'inspirer des artistes qui réinventent d'autres domaines esthétiques, qui se frottent de kitsch, qui se plongent dans les nouvelles technologies, qui jouent sur plusieurs fronts, multidisciplinaires, et qui maîtrisent à la fois le marketing et les classiques?


C'est juste un fantasme de samedi plate. Peut-être que les choses sont en train de changer, mais à écouter à la Première chaîne l'émission littéraire Vous m'en lirez tant, à lire les revues littéraires montréalaises (à part quelques petites publications vraiment cool), et à vivre au Québec, entouré de bien pensants conservateurs (ceux qui écoutent TVA -- exemple facile -- ne se rendent pas compte à quel point la représentation du monde qui s'y expose est ultraléchée, ennuyante à mourir, cheap et médiocre), on désespère un peu de voir du kinky, de la subversion coquine, du plaisir décadent envahir soudainement les glauques corridors de départements littéraires de nos universités. En fait, je ne sais pas trop ce que je veux, ce que je rêve de vivre, sur quoi je fantasme. Mais il me semble que ça fait longtemps qu'il n'y a pas eu de grand bouleversement, de grande révolution des genres, d'école ou de réunion d'auteur sous une bannière manifeste, d'avant-garde jeune, dans la sacro-sainte littérature... en particulier au Québec. Alors que des arts comme la musique et le théâtre (Robert Lepage...), les arts visuels, éclatés et avant-gardistes, réussissent tant bien que mal à s'opposer aux inerties locales.


Il y a des époques dans l'histoire de l'humanité où ça a existé : Vienne au 19e siècle, Paris au début 20e, le New-York beatnik, le Londres des dandys... que sais-je encore. Des générations entières, qui pondaient des chefs-d'oeuvres en s'amusant comme des démons. Tout en s'envoyant en l'air, bien fringués, bien friqués, bien baisés.


Puis, il y a eu les années 80 et 90, les cols roulés bruns, et Denise Bombardier (et sa soeur).


Damn it.

21.8.09

Émois (et moi, et moi...)

Émois devant les très beaux billets de Mistral, en particulier : le poème de Pavese qu'il nous offre malgré ses réserves sur le bonhomme; et la voix du grand Apollinaire enregistrée en 1913...

(Fan, depuis longtemps, et j'assume, quin!)






Émois devant les cadeaux que m'a rapportés Pomme de son voyage au UK : un Stonehenge en miniature!!! et des cartes postales cochonnes de beaux Écossais en kilt... et The Legend of Sigurd and Gudrun, de J.R.R. Tolkien. De petites pensées toutes chouettes, toutes belles et pleines d'humour, d'intelligence, d'amour, juste POUR MOI!!!! Je n'ai pas pleuré, mais je lui ai fait plein de câlins. Qu'elle soit encore et toujours remerciée.








Émois de me retrouver à nouveau en état de célibat plus ou moins relatif et statué (question à régler, négociations en cours...). Je ne cherche pas à fonder une famille, à trouver mon Ganymède, et à retomber dans la dynamique létale de la conjugalité. Une chose à la fois. La liberté est douce au coeur de l'Indien. Et la beauté des hommes, cet été, m'est délectable. De toute façon, je suis un bastamoureux : à tous les jours, une nouvelle flamme me dévore.







Émois : et moi? Bah. Basta moi. Et vous?

16.8.09

ANDY MURRAY M'AIME (Chronique tennis - kinda...)



Comme un fou, je vous dis. Troisième tête de série, il vient d'abattre l'argentin del Potro à la Coupe Rogers, et on dit qu'il est le joueur de tennis le plus en forme au monde.

Je ne sais plus quoi faire pour repousser ses avances... Et il est trop jaloux pour me partager avec le Prince Harry et Xavier Dolan.


;)






(Je suis en train de terminer la trilogie de travaux de mythologie comparée Mythes et Épopées, de Georges Dumézil, et je vous prépare une série de billets trop top. En attendant, je vous conseille de vous rincer l'oeil ou de prendre des conseils beauté masculine sur ce site où Murray nous apparaît dans toute sa splendeur. Allez mes chéris, je vous aime minces et roux, ne lâchez pas l'entraînement!)

12.8.09

Dans tes dents, Tori Amos!

La légende veut que lorsque les missionnaires chrétiens voulurent convertir les barbares de Grande-Bretagne, ils firent comme partout ailleurs et tentèrent de convaincre les petits monarques, les autorités civiles, politiques, d'embrasser la religion du ressuscité au nom de leurs sujets. Or, contrairement à ce qui se vit ailleurs, c'est le chef religieux du cru, le grand druide lui-même qui se convertit en premier, persuadant ses congénères de la mort de leurs anciens dieux : pour preuve, il alla lui-même abattre les idoles de bois et de pierre que son peuple avait toujours vénérées, et ne s'en trouva pas plus mal.



Malade comme un chien, je n'ai pas grand chose à faire d'autres aujourd'hui que de gémir et d'écouter de la musique, de lire Saramago ou Dumézil, et de me masturber sur les images mentales de la jeunesse dorée qui ne connaît pas sa chance de s'envoyer en l'air en jeans hyper slims vert lime, en converse vintage et en lunettes de soleil de plastique orange ou blanc. Bref, je suis malade alors je me suis derechef réfugié dans mon antre, bien à l'abri de mes amis et de ma parentèle. Et tant qu'à ne pas feeler, autant en profiter pour commettre des sacrilèges.

Et d'abattre mes idoles. Ça calme, à défaut de dormir par une canicule pareille.



Mes amies Pomme et JFM passent déjà leur dernière nuit dans le pays de notre souveraine bien-aimée. Dans un précédent message je les saluais au son de quelques tounes qui me plaisent, made in England. Or, aujourd'hui, je suis tombé à la fois sur un message de Pomme, et sur la chanson "Welcome in England" de Tori Amos.

Et j'ai tenté de retrouver mes émois adolescents devant la divine interprète de Caught a lite sneeze. Celle qui faisait vibrer Trent Reznor et tous les bums de ma génération. En vain.

Succès souvenir de 1996.


Détruisons donc l'idole.


Mais avant, deux ou trois informations importantes à savoir. L'Achigan a sensiblement fait le même exercice que je m'apprête à faire, et son résultat est magistral, magnifique. C'est pourquoi je vais le citer impunément, et je vous conseille vraiment d'aller le lire au lieu de perdre votre temps à m'écouter chiâler. Ensuite, je tiens à dire que ma passion juvénile pour Tori Amos frisait la dévotion hystérique. Je suis allée la voir en spectacle à deux reprises (où j'ai pleuré comme un veau), j'avais des centaines d'images d'elle, des reliques, des affiches, une biographie autorisée, ses disques, et je lui ai même déjà écrit (personnellement). Je n'écoutais pratiquement que ses opus pendant des lunaisons entières; j'ai appris mes premiers rudiments d'anglais à la traduire; j'écrivais des cochonneries et des horreurs littéraires inspirées par elle, par ses textes gnostiques, par ses folies scéniques. Bref. Vous voyez le genre. L'amour fou.

C'est presque humiliant de se rendre compte à quel point on peut devenir groupie d'une artiste pop. Fanatique. Déraisonnablement ébloui.

J'en garde, à part quelques beaux souvenirs et deux ou trois chansons d'elle qui resteront éternellement des petits chefs-d'oeuvre, une délectation malsaine pour tout ce qui est victorien et/ou roux.


Mais là, la madame, elle a 45 ans, et moi l'âge de Kurt Cobain quand il est mort. Je n'ai pas la même vision des choses qu'avant, ce qui ne semble pas être le cas de Tori. Pauvre Tori.

"Qu'as-tu à dire mortel ? Où est ton feu ? Voilà tout ce qui importe."


Tout le potentiel est encore présent. Mais le résultat est bidon. Vide. De mauvais goût, même.

Voyez plutôt :



QUOSSÉ ÇA???

Paroles et musique : du n'importe quoi érigé en spectacle désolant de grandiloquence. Froide, vide, muette, évanescente, inutile comme une poupée Barbie sur une étagère de vieille fille frigide.

"Welcome to England,"he said, "Welcome to my world. You better bring your own sun."

Oh. Jeez. Sooooooooo clever. Rainy England. Bring your own sun.

COME ON!!!!



Le clip ressemble à un mauvais vidéo de vacances, du genre que ne ramèneront pas mes amies Pomme et JFM parce que. Et ça pue le touriste américain pétri de préjugés et de raccourcis culturels. Le Big Ben, les casques de poil des soldats à tunique rouge, les autobus à impériale, la mélancolie ambiante.

Et se trouvait-elle exceptionnellement belle, raffinée et originale en allant se balader déguisée en drapeau américain, comme si elle incarnait la subtilité légendaire des USA, comme si son patriotisme violent n'avait pas une petite gêne même au royaume de Sa Majesté?

Dégoûté, je suis.



Sa voix de chanteuse pop vieillit mal : son accent diphtongué qui ne ressemble à rien me tape sur les nerfs. Elle est nasillarde. Elle étire les notes comme de la gomme à mâchée cheap.

Elle ne sait plus comment chanter
, voilà.

"Maintenant, Tori Amos est une dryade saoule, absente, heureuse et pervertie."


Une risée.

Où est passée la fougue, la magie, la mythologie, le rythme endiablé du pianoforte, du clavecin, de l'orgue? Où est passée la Ugly Betty de la chanson pop-grunge? Quelle espèce de vieille matante ratatinée essaie-t-on de nous vendre comme un t-shirt du Che ou comme un slogan de Mai 68 sur des bijoux griffés?

L'idole est bel et bien vide, sa divinité, envolée. Il ne reste rien. Que des images insipides, que du bruit, que de la paillette fanée, que des rides trop maquillées. Pity.




Y aura-t-il quelqu'un pour la défendre? Ou est-ce que l'été, mon insipidité bloguesque, la vacuité du web 2.0 auront eu raison de tout esprit critique, de tout esprit de chapelle, de toute quérulence?

Whatever.

Je préfère encore me branler en m'imaginant décoiffer Xavier Dolan de plaisir.


Et soigner ma grippe, seul et malheureux, au coeur de mon bien-aimé Plateau bruyant, sale et déchu comme mes idoles d'adolescence.

9.8.09

Last call Lascaux



(Musique d'accompagnement : Portishead)


Dimanche pm, j'écoute en boucle de la musique sur mon portable, je regarde mon frigo décongeler, je pense à ma vie, c'est fou comme je me sens préhistorique.

Et de fait, René Char me vient en tête, ça coule et ça colle dans mon occiput, de la dèche poétique pour féconder le futur sans savoir si ça donnera quelque chose, à la fin.



LASCAUX

René Char





I

HOMME-OISEAU MORT ET BISON MOURANT


Long corps qui eut l'enthousiasme exigeant,
À présent perpendiculaire à la Brute blessée.

Ô tué sans entrailles!
Tué par celle qui fut tout et, réconciliée, se meurt;
Lui, danseur d'abîme, esprit, toujours à naître,
Oiseau et fruit pervers des magies cruellement sauvé.




("Le langage en qui parle l'origine, est essentiellement prophétique. Cela ne signifie pas qu'il dicte les événements futurs, cela veut dire qu'il ne prend pas appui sur quelque chose qui soit déjà, ni sur une vérité en cours, ni sur le seul langage déjà dit ou vérifié. Il annonce, parce qu'il commence. Il indique l'avenir, parce qu'il ne parle pas encore, langage du futur, en cela qu'il est lui-même comme un langage futur, qui toujours se devance, n'ayant son sens et sa légitimité qu'en avant de soi [...]" - Maurice Blanchot, La Bête de Lascaux)




II

LES CERFS NOIRS


Les eaux parlaient à l'oreille du ciel.
Cerfs, vous avez franchi l,espace millénaire,
Des ténèbres du roc aux caresses de l'air.
Le chasseur qui vous pousse, le génie qui vous voit,
Que j'aime leur passion, de mon large rivage!
Et si j'avais leurs yeux, dans l'instant où j'espère?




("Dans chacune des oeuvres de René Char, nous entendons la poésie prononcer le serment qui, dans l'anxiété et l'incertitude, l'unit à l'avenir d'elle-même, l'oblige à ne parler qu'à partir de cet avenir, pour donner, par avance, à cette venue, la fermeté et la promesse de sa parole." - Maurice Blanchot, La Bête de Lascaux)





III

LA BÊTE INNOMMABLE


La Bête innommable ferme la marche du gracieux troupeau, comme un cyclope bouffe.
Huit quolibets font sa parure, divisent sa folie.
La Bête rote dévotement dans l'air rustique.
Ses flancs bourrés et tombants sont douloureux, vont se vider de leur grossesse.
De son sabot à ses vaines défenses, elle est enveloppée de fétidité.

Ainsi m'apparaît dans la frise de Lascaux, mère fantastiquement déguisée,
La Sagesse aux yeux pleins de larmes.



("Toute parole commençante, bien qu'elle soit le mouvement le plus doux et le plus secret, est, parce qu'elle nous devance infiniment, celle qui ébranle et qui exige le plus : tel le plus tendre lever du jour en qui se déclare toute la violence d'une première clarté, et telle la parole oraculaire qui ne dicte rien, qui n'oblige en rien, qui ne parle même pas, mais fait de ce silence le doigt impérieusement fixé vers l'inconnu." - Maurice Blanchot, La Bête de Lascaux)




IV

JEUNE CHEVAL À LA CRINIÈRE VAPOREUSE


Que tu es beau, printemps, cheval,
Criblant le ciel de ta crinière,
Couvrant d'écume les roseaux!
Tout l'amour tient dans ton poitrail :
De la Dame blanche d'Afrique
À la Madeleine au miroir,
L'idole qui combat, la grâce qui médite.



("La nature est puissante sur cette oeuvre, et la nature, ce n'est pas seulement les solides choses terriennes, le soleil, les eaux, la sagesse des hommes durables, ce n'est pas même toutes choses, ni la plénitude universelle, ni l'infini du cosmos, mais ce qui est déjà avant tout, l'immédiat et le très lointain, ce qui est plus réel que toutes choses réelles et qui s'oublie en chaque chose, le lien qu'on ne peut lier et par qui tout, le tout, se lie. La nature est, dans l'oeuvre de René Char, cette épreuve de l'origine, et c'est dans cette épreuve où elle est exposée au jaillissement d'une liberté sans mesure et à la profondeur de l'absence de temps que la poésie connaît l'éveil et, devenant parole commençante, devient la parole du commencement, celle qui est le serment de l'avenir." - Maurice Blanchot, La Bête de Lascaux)





Mon congélateur coule de partout sur le plancher taché, usé, où je me traîne comme un chasseur aux aguets, sagaie à la main et les idées en pagailles ; qu'elles eussent voulu seulement m'apparaître et j'aurais fait long feu de mes oeuvres futures ; joute en émoi, en moi je me terre, et la prescience des débuts fonde la promesse de grands écobuages sur les peaux pariétales où je dessinerai l'espoir de mes seuls instruments, doigts, paumes, langue, sexe.

Prendre la mesure du présent, c'est le cadeau de l'éternité aux mortels qui se projettent sur les rivages du rêve ou les parois à venir de l'art.


(En d'autres mots. Mon désir orne la promesse de l'aube renouvelée sur les sexes exposés du cyberespace ; d'autres fièvres à venir.)

2.8.09

Songs from the UK

Je pense à mes amies Pomme et Jeune Femme Moderne qui sont présentement quelque part au UK (à Edinburgh ou en route vers une autre ville) et je leur dédie avec toute mon affection ces quelques chansons (ô femmes que j'aime, ô chanteuses que je vénère : Beth Gibbons, Roisin Murphy, La Roux...) qui font ma joie de fidèle sujet de Sa Majesté. Rapportez-moi le Prince Harry en souvenir, et un tibia de Tolkien, mes toutes-belles, voulez-vous?








1.8.09

L'Homme est un poulet comme les autres

(Si vous cliquez sur le titre du présent billet, vous devriez tomber sur la b.o. d'un délicieux film français pas très récent qui avait fait ma joie, puisqu'il traite de deux sujets qui me passionnent et m'émoustillent, les Juifs et les homosexuels : L'Homme est une femme comme les autres.)




Oui, ça crève les yeux. Un bipède sans plumes, voilà ce que nous sommes!



N'en déplaise à Platon, c'est Diogène le Chien qui avait raison : l'Homme est une poule comme les autres. C'est fou comment ça glousse et que ça piaille les humains, quand ça veut... surtout l'été. Je me promenais dans le Village gay, hier soir, après le sémillant spectacle de Infected Mushrooms (groupe israélien de psy-trance). De vraies petites poulettes! Ça se dandinait adorablement sur les deux pattes arrières, la crête bien en l'air, déplumés comme pour sauter illico dans la rôtissoire ou pour se faire "farcir", et ça jacassait ferme!

Et que dire des femmes, qu'on surnomme affectueusement "chicks" et "ma poule", qui se dandinent non moins indécemment ces temps-ci que les petits coqs de Village ou de Laval, et qui perdent la tête pour des petits riens (surtout ceux griffés des célèbres LV et DG)...



Et l'Oeuf n'est-il pas une représentation mythique du monde depuis des millénaires? Une chose toute simple et si belle, qui inspirèrent les poètes et les prophètes, et que l'on nous vend désormais à grands coups de pubs (mauvaises) comme si c'était la panacée universelle...


Bref, je voulais vous partager mes réflexions anthropologiques sur le sujet. Cot cot.






En fait, j'aime les auteurs, les penseurs, les petits comiques qui savent user de phrases lapidaires (et parfois remplies de mauvaise foi) pour décrire l'être humain.





Dans le même ordre d'idée, je vous confie ces pages qui me firent sourire et réfléchir ces derniers temps, tirées de l'anthologie Al-Andalus dont je vous ai parlé ici. C'est un court extrait d'une oeuvre monumentale intitulée Le Collier unique, de l'auteur 'Iqd al-Farîd :


DE LA CLASSIFICATION DES HOMMES


Khâlid b. Safwân a dit : "Les hommes se répartissent en trois catégories : les savants, les orateurs et les hommes de lettres. Hors de celles-ci, il n'y a que la plèbe, responsable de la flambée des prix, de la pression exercée sur les marchés, et de la souillure des eaux."

Al-Hasan a dit : "Il y a trois sortes d'hommes : il y a d'abord les hommes dont on ne saurait se passer, à l'instar de la nourriture; il y a ensuite ceux que l'on peut comparer à des remèdes, dont le besoin se fait sentir occasionnellement. Les derniers, enfin, ressemblent aux maladies : de ceux-ci, nous n'avons nul besoin!"

Muttarif b. 'Abd Allâh b. al-Shikhkhîr a dit : "Il y a trois sortes de gens : les hommes, les êtres hybrides à figures humaine, nommés nâsnâs [note de la traductrice : "Ce dernier terme désigne soit un singe de petite taille, soit un être humain fabuleux n'ayant qu'un seul pied et ne se déplaçant que par sauts et par bonds comme certains oiseaux."], et les créatures qui ont été trempées dans le même bain que celui des humains."

Al-Khâlil b. Ahmad a dit : "Il y a quatre sortes d'hommes : il y a celui qui sait, et qui sait qu'il sait; c'est un savant, allez l'interroger! Il y a celui qui sait mais qui l'ignore; celui-là est un homme oublieux, il convient de lui rafraîchir la mémoire. Il y a celui qui ne sait pas et sait qu'il ne sait pas; celui-là est un ignorant : instruisez-le! Enfin, il y a celui qui ne sait rien mais qui l'ignore; celui-là est un sot : fuyez-le!"

[...]

Un autre poète a dit : "Il n'y a pas de plus grand malheur que celui d'enseigner à un ignorant, et de l'entendre prétendre, par ignorance, qu'il est plus savant que toi."

'Alî b. Abî Tâlib [quatrième calife de l'Islam] a dit : "Il y a trois sortes de gens : le Savant, docteur de la loi et de la religion, l'Homme engagé dans la quête de la science et qui se trouve sur la voie du salut, et, enfin, la populace, ballottée au gré du vent."

[...]

Le Prophète a dit : "Sois ou bien un savant, ou bien un élève engagé sur la voie du salut, car, en dehors de ces deux catégories, il n'y a guère de salut."




Aristote a dit : "Il y a trois sortes d'homme : les Vivants, les Morts, et ceux qui vont sur la Mer."

Bastalicious a dit : "Il y a trois catégories de gens : les poulets (de sexe masculin ou féminin), ceux-là sont comme des repas, ils sont beaux et appétissants; mangez-les! Les coqs sont comme les desserts, ils dominent de loin toute la table, mais ils doivent être consommés avec parcimonie et tout en sachant pleinement qu'ils n'apporteront jamais que des plaisirs fugaces, violents. Enfin, il y a les poussins, poètes et philosophes, sages et artistes, qui sont comme des amuse-gueules : tout simplement à croquer, mais fragiles et extravagants."




À votre tour maintenant de me décrire l'être humain...