Affichage des articles dont le libellé est Deuil. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Deuil. Afficher tous les articles

3.11.09

Diversité, j'écris ton nom



Claude Lévi-Strauss est mort.

La nouvelle sonne comme un lugubre chant funèbre pour toute une époque de pionniers géniaux, de surdoués intellectuels. Dumézil est mort. Roland Barthes est mort. Mircea Eliade est mort. Marcel Mauss est mort. Marcel Granet est mort. Michel Foucault est mort. Tous, ils ont défriché, en France ou ailleurs, des chemins jadis impraticables, grâce à leur érudition folle, à leur intégrité, à leur sens très élevé de la rigueur scientifique et herméneutique. C'étaient des Maîtres. Et Lévi-Strauss était le dernier, le centenaire, l'inébranlable, le résistant.

Celui qui, par-delà les effets de mode intellectuelle, les postures et les poses, avait finalement eu raison de se «révolter» (l'expression, de Sartre, me vient en tête simultanément à d'immenses bémols... je la garde, entre guillemets). Le père de l'Anthropologie structurale, le fascinant ethnologue, l'auteur de tant de best-sellers ardus, voire abscons, aura survécu à tous les anéantissements de la pensée française contemporaine. C'est à l'aune de l'universel seul que l'on doit mesurer son apport aux sciences humaines.


Je pleure aujourd'hui la disparition d'un géant dont le leitmotiv aurait pu être : DIVERSITÉ, J'ÉCRIS TON NOM.

Diversité des cultures et des espèces vivantes. Point d'orgue d'un discours qui nous frappe par sa puissance actuelle, par sa simplicité droite et juste, et par sa défaite sans cesse confirmée par les affres de notre époque contemporaine si superficiellement écologisssse.


Salut, Lévi-Strauss. Par delà les querelles d'exégèse et les controverses inéluctables, tu nous reliais à un autre siècle, et nous était comme une mauvaise conscience tranquille sans cesse en éveil.
Nous sommes quelques uns, encore, à croire possible l'acte de penser avec toi.


7.10.09

Fontaine de joie



(Tout simplement parfait et magistral.

Brigitte Fontaine est une interprète de premier ordre. Et c'est probablement la dernière des grandes chanteuses françaises d'une autre époque.)




Aujourd'hui commence mon deuil de ma grand-maman, une femme que j'admirais et que j'aimais de tout mon coeur. C'était une femme libre, anticléricale, une vraie fille d'ouvriers qui, par ses actes et ses choix de vie, faisait échec, à elle seule, à la Grande Noirceur. Pas le genre de grand-maman gâteau comme dans les films, si vous voyez ce que je veux dire. Au contraire, elle buvait avec plaisir son brandy et son petit rouge, elle fumait et elle détestait faire la cuisine.

C'est pourquoi, pour célébrer la fin de ses quatre-vingt-dix ans de vie, j'écoute en boucle cette chanson de Brigitte Fontaine, Prohibition, que ma grand-maman n'aurait pas reniée.





"je suis vieille et je vous encule /
avec mon look de libellule /
je suis vieille et je vais crever /
un petit détail oublié /

passez votre chemin bâtard /
et filez vite au wagon bar /
je fumerai ma cigarette /
tranquillement dans les toilettes /

(partout c'est la prohibition...)

je suis vieille sans foi ni loi /
si je meurs ce sera de joie."


Madeleine (1920-2009), ma grand-mère.