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7.2.10

Du côté de chez Bast

"Amis, lorsque vous êtes réunis,
Il faut que vous pensiez tendrement à moi;
Quand vous boirez ensemble le vin généreux,
Et que ce sera mon tour, videz votre verre jusqu'au fond."

- Omar Khâyyâm, Quatrain LXXXIII



Long time no see, folks!

Ma vie est à un tournant, la tête me tourne, je suis ivre d'amour et en train de guérir d'une grosse grippe d'homme.

Que sont mes amis devenus? Je les ai hélas encore davantage délaissés que d'habitude... Entre le travail et l'amour, entre mes petits bobos et mes grandes folies, j'embrasse tout et personne en même temps. Ermite, je cultive le jardin candide de mes fantasmes avec Toi, mon Homme. Nous nous découvrons sur toutes surfaces de ce monde, sur toute l'étendue de nos conversations infinies. J'en perds la notion du temps. Je t'aime.




Mon Homme dit que je suis son Homme, et il rit quand je lui fais découvrir les dédales de mon univers mental ou municipal. Nous avons bouquiné, hier, et nous voyageons sans cesse dans nos mots et dans nos regards. Tu es beau quand tu me parles de tes pérégrinations aux quatre coins du monde.

(Mon Homme porte le titre glorieux d'Homme, il est l'Homme grec, au doux visage barbu aux yeux nacrés aux lèvres classiques, qui, perdu dans son exil de Bactriane, façonne lentement le corps sacré du Bouddha au galbe d'Apollon Musagète, indifférent aux exactions de Tamerlan et ému de la naissance d'une rose.)

Passionnés de l'Asie centrale, où tu es allé l'été dernier, je te parle de la religion perse achéménide, ou de la poésie iranienne, et tu me racontes les montagnes du Pamir, les rues de Samarcande, la beauté des yeux des Pashtounes. Entre deux projets de voyage ensemble, Moncton et les Balkans, Whapmagoostui/Kuujjuarapik et Ispahan, nous commençons lentement à apprendre le persan.

Je suis fou de toi. Ton corps m'est infiniment désirable, et je tremble de passion quand tu me parles, quand tu joues du saxophone, quand tu ris, quand tu jouis fort. Nos odeurs s'entremêlent, forment d'invisibles arabesques qui stimulent nos sens, et je découvre des délices dans tes bras aux noms de perversions raffinées. Comment ne pas être heureux avec toi, quand nous nous endormons, embrassés, devant un vieux film russe de Тарковский, ou bercés par la musique du grand Miles?







Je t'aime. Je t'aime d'amour anhistorique, je t'aime de tout mon corps mystique, je t'aime d'amour parce qu'en toi je suis ton Homme, et que tu es mon Homme à la masculinité triomphante, glorieuse, absolue, virilissime. En moi tu vis de vie palpitante, terrible, inquiétante, luxuriante, magnifique. Inonde-moi de toute la semence de ton amour. Que m'importe la chapelle des franciscains si tu jouis et si je jouis et si tout le reste ne devient que l'ustensile de notre amour?



"Puisque notre séjour en ce couvent n'est pas durable,
Sans l'Échanson et sans l'Amour, quelle amertume que la vie!
Ô philosophe, combien durent les croyances anciennes et nouvelles?
Puisque je dois partir, que m'importe si le monde est ancien ou nouveau?"

- Omar Khâyyâm, Quatrain CXII


1.1.10

Triptique du Nouvel an : 1910 (bis) - Egon Schiele



***


Il est un peintre que j'admire particulièrement. Une force picturale puissante, à ranger du côté des «anatomistes morbides» comme Giacometti, Francis Bacon et Lucian Freud, c'est-à-dire les peintres du corps torturé, squelettique et défiguré par des couleurs de pourriture, de maladie, de morbidité. À ceci près que c'est la sexualité la plus charnelle qui y éclate dans les postures impossibles et les coups de crayon furieux. C'est Egon Schiele.




Disciple et élève de Klimt, portraitiste de génie, et sulfureux à l'envi (expulsé, pourchassé, vilipendé pour de supposés contacts sexuels avec des mineures -- et nous sommes en pleine époque de morale sexuelle rigoriste...), Schiele est brillamment dépeint dans cet article du The Nation (à propos d'une exposition récente). L'auteur, Arthur C. Danto, note que :

«All of a sudden, and until the end of his pathetically brief career, everything is mobilized to express the sexuality of the human body. [...] If I can put it somewhat paradoxically, he has found a style that sexualizes eroticism. In Schiele's work the human body expresses its sexuality as artistic truth. [...] They are like illustrations of a thesis of Sigmund Freud, Schiele's fellow Viennese, that human reality is essentially sexual. What I mean to say is that there is no art-historical explanation of Schiele's vision.»


Et il conclut avec à-propos : «Yet there is no body of work anywhere that shows the sexuality of human flesh as truthfully as Schiele's, with the vulnerability and burden of our appetites and imaginations drawn so clearly and with such passion. Freud writes in Civilization and Its Discontents that "the genitals themselves, the sight of which is always exciting, are hardly ever regarded as beautiful." It is the excitement of the erogenous zones in otherwise beautiful people that makes Schiele's work so true.»




En 1910, il a effectué une série d'autoportraits, certains nus, qui me rendent hystérique d'admiration. C'était il y a cent ans. (Note de Danto à propos de ces autoportraits : « The accuracy of the drawing is confirmed by several photographs, in which Schiele contemplates himself in the mirror, clearly proud of his looks, his elegant figure, his leonine head of hair. Unquestionably, this is a vain young man.» Un jeune homme vaniteux... Un jeune homme du XXIe siècle... Un jeune homme de toujours.)






Egon Schiele est mort à 28 ans de la grippe espagnole. J'ai 28 ans, et cette année j'aurai 29. Une descendante mutante de la grippe espagnole, la A(H1N1) a fait les manchettes de 2009. Je ne suis pas mort. Paix aux Mânes de Egon Schiele, mon double et mon frère.


Triptique du Nouvel an : 1010

Bonne et heureuse année. Pour marquer le coup, voici trois billets que m'inspire la nouvelle décennie (Pomme va me tuer!!! héhéhé).


*




En l'an de grâce 1010 après Jesus-Christ-Superstar, les Vikings tentèrent une installation permanente en Amérique. C'était il y a tout juste mille ans. Thorfinn Karlsefni, un pote à Leif Ericsson, est chef de l'expédition, et l'emplacement supposée : l'Anse aux Meadows, à Terre-Neuve. Un flop, mais une source inépuisable de rêveries érotiques pour moi.




J'aime les Vikings. Malgré tous les lieux communs abrutissants et les amateurs de jeux de rôles vaguement médiévaleux, les Vikings demeurent pour moi les membres d'une société complexe, vaste et touchante. J. L. Borges disait que tout ce qui touchait aux sociétés scandinaves du Moyen âge relevait davantage du rêve et de l'oubli que de la réalité historique. En disant cela, il soulignait le fait que toutes les découvertes des Vikings restèrent sans suite : que ce soit l'Amérique (retombée dans l'oubli pour quatre siècle) ou les romans (ces sagas et autres compositions fascinantes), l'attaque sur Byzance (les Vikings découvrirent les coups de soleil en même temps que des richesses sans nombre) ou la fondation de royaumes qui, presque immédiatement, perdirent leur culture en s'établissant en France ou en Italie.

Cette année, en 2010, on annonce l'arrivée d'un film qui semble prometteur : Valhalla Rising.



(Infos sur les films de Vikings sur le blogue : Le Septième Antiquaire)



En plus, un Viking, c'est comme un fantasme homoérotique de guerrier roux aux talents de poète et de matelot. Pure Gay Porn.

29.12.09

Il vous reste un joli petit cadeau à déballer, je crois...

Alors mes chéri(e)s? Vous passez un joyeux temps des Fêtes?


Bah, vous pourrez me répondre quand vous aurez dégrisé... ;)


Moi oui!


Et si ça peut vous donner l'excitation de continuer à faire la fête, surtout, surtout que le meilleur reste encore à venir, alors je vous offre mon petit cadeau. Du beau et magique Von Teese, à tremper dans tous vos drinks préférés... Grrr!


*SMACK*



6.12.09

Étienne Boulay et moi



Je le concède, j'ai un faible pour les athlètes, pour les sportifs. Moins esthète, peut-être, j'eus davantage apprécié leurs exploits pour ce qu'ils sont. Mais "la chair est triste, hélas, et j'ai lu tous les livres", ce qui fait de moi le pire amateur de sport possible : non pas un "fan", encore moins un hooligan, je suis celui qui, malgré mon éducation sportive et mes valeurs familiales humanistes, tombe amoureux de l'athlète plutôt que de ses épreuves ou que de ses palmes...

Je suis donc tombé sous le charme absolument irrésistible d'Étienne Boulay. J'attends toujours son appel, d'ailleurs.


N'empêche que je ne suis pas le seul... surtout après la Coupe Grey et le battage médiatique actuel...





Ce qui, pour sublimer un peu cette pulsion absolument sexuelle et primaire, indigne de moi et de mon lectorat de qualité, me fait penser à ces auteurs qui célébrèrent le sport. Henry de Montherlant, bien sûr, mais aussi le génial José-Maria de Heredia :


Le bras tendu, l’œil fixe et le torse en avant,
Une sueur d'airain à son front perle et coule ;
On dirait que l'athlète a jailli hors du moule,
Tandis que le sculpteur le fondait, tout vivant.

Il palpite, il frémit d'espérance et de fièvre,
Son flanc halète, l'air qu'il fend manque à sa lèvre
Et l'effort fait saillir ses muscles de métal


24.11.09

L'ambivalence du désir

À l'Achigan, grand amateur de Lady Gaga
À Papine, grand amateur d'hermaphrodites
À Alyss, mon hermaphrodite mentale préférée
Et à moi, pour des raisons inavouables...




Hermaphrodite behind Venus and Mercury (1973), par Tress.



MONSTRUM

N'as-tu pas vu ses seins volumineux
Mais la mentule amère et forte baissant la tête
Pendue au ventre à la hanche en marbre aux beaux yeux?
Cette femme était donc un homme plus une femme
Heureux toujours uni désaccordé
Sa chevelure au vent et sa voix de stentor
Sa moustache, son gland fumant et sa beauté.


Pierre Jean Jouve (Sueur de Sang. 1933-1935)




(Marbre romain du IIe siècle)


16.11.09

Coitus religiosus




À la fois pénétré par la musique de Marin Marais et par un phallus ami de très bonne taille, je pense à ma vie, et j'étire la main pour tirer un peu sur la cigarette agonisante dans le cendrier près de nous, sur la table de cuisine. Je reviens de travailler ; mon premier emploi de la journée, entre 5h15 et 11h15 du matin. (Et le soleil n'est point nommé, mais sa puissance est parmi nous.) Je devrais déjà me préparer à partir pour mon second emploi, qui débute vers 13h30 pour ne se terminer que tard en soirée. (Plus tard, cet après-midi, j'apprendrai qu'un de mes oncles est à l'agonie, aux soins palliatifs, et qu'une de mes cousines, enceintes jusqu'aux dents, a perdu ses eaux ce matin.)

Sur ma langue où s'étirent des gémissements félins, spontanés, je goûte avec étonnement la saveur biscornue du sexe et du café entremêlés, sorte de nec plus ultra aromatique, aux arabesques charnus des broderies classiques, aux formes végétales, qui ornent mon fauteuil ancien acheté probablement trois fois trop cher chez un antiquaire. Quand le plaisir me soulève de terre, évidemment, je ne pense plus à rien! Mais pourquoi la jouissance, la jouissance la plus immédiate, la plus émue, la plus douce ne serait pas une pensée? (Une pensée sans support de mots. Une pensée ronde. D'avant toute parole, et surtout la Bonne.) Une pensée complexe, mais antélinguistique, mais antédiluvienne, mais antéchristique?

À rebrousse-poil de la morale, qui se hérisse sottement de mes incartades récentes aux extrémités de l'Empire d'Orsenna, à l'orée du Farghestan de la sublime débauche, je passe ma main sur des fesses amies, les miennes, les siennes, des fesses qui se connaissent, qui ne se connaissent qu'au sens biblique du terme, et encore, et je suggère : « Plus fort. » Fortius, fortius, fortius. On pourrait croire, hélas, que ce cri olympien ne concerne que la beauté du geste, mais en fait, je constate, dans la droite ligne de ce qui précède, que non, vraiment, c'est à la vie, à la VIE, que je râle cette injonction latine : Fortius.

Fortius. Parce que c'est BON.

Comme Molly Bloom, et je suis vraiment, en cet instant de grâce païenne, devenu Molly Bloom, pour l'éternité comme dans un livre, je ne terminerai jamais ma phrase, je resterai jouissant et en pro-jection, en lancement, en rebond sur la superficie des choses, toujours rebondissant à la paupière si fine de la vérité, oui, je resterai aveuglé par un éclat de lumière ou de fumée, par un éclat de foutre ou de musique, et je resterai empalé, oui, empalé sur la vie comme un fuckin personnage joycien, empalé sur le quotidien que je ne renie pas même si c'est souvent une géhenne, une apoplexie, ce quotidien qui ronfle, qui vrombit, qui vomit sinistrement, qui m'étire des poches sous les yeux plissés de plaisir, oui, empalé par le goût intense du sperme et du café et de la mort dans ma bouche, sur mes lèvres rugueuses, sur mes dents, oui, sur mes dents, mes dents de silex qui crissent les unes sur les autres en envoyant des étincelles partout autour de moi dans la cuisine, des étincelles de plus en plus vives, de plus en plus blanches, de plus en plus chaudes, dans la cuisine bachique qui prendra feu sous la pluie de flammèches que mes dents préhistoriques craquent en jouissant, et oui, oui, je ne renie rien, ni mes heures de travail immondes, ni ma stérilité sociale, ni mes défectueuses preuves d'amour, ni mes débauches, ni mes amours, ni mes illusions, je ne renierai pas ma petitesse parmi vous, une saison encore parmi vous, étranger, étranger, parmi vous et pourtant, oui, comme vous, par vous, jouissant criant vivant vivant vivant OUI


Paysage avec Orion aveugle cherchant le Soleil (1658) Poussin

4.11.09

Aparté sexy...

(Représentation abstraite et absolument objective
de «la jeunesse pleine de virilité et de vitalité»...)



Quand des étudiants de McGill, d'une exquise jeunesse pleine de virilité et de vitalité, rigolant et marchant par petits groupes, ou deux par deux, reviennent de leur entraînement de crosse canadienne en survêtement de sport, qui laisse deviner, sous le textile complaisant, au gré des balancements du bassin, leurs attributs «parascolaires», j'ai chaud. J'ai vraiment chaud!



(Ce billet inutile et plein de sève et de sel et de sueur est une conséquence de mon état horny actuel. C'est vraiment gratuit...)


:)




(L'équipe canadienne de crosse en 1908, à Londres.)

16.9.09

J'ai le vent pour amant, ce soir






Je suis parti travailler sans m'apporter de veste, de manteau, de foulard ni quoi que ce soit pour me garder au chaud... et dès que je me sors le bout du nez pour aller m'en griller une, je sens ma peau crier à l'aide... je sens ma nuque hurler en silence, la peur d'une bronchite carabinée ne me quitte plus... il fait froid...


Je ne devrais pas bloguer, je dois travailler, les minutes s'écoulent et c'est effarant, je suis débordé, je suis un peu stressé et j'ai trop bu de café... classique.






Mais dans la solitude qui est la mienne, assis à mon bureau je me demande ce que je fais ici, criss, et si je suis capable de tenir le coup, tout bien considéré. Certaines personnes me manquent terriblement. Et j'ai vraiment très envie de passer du bon temps avec un garçon de mon goût, avec un garçon parce que c'est rassurant l'odeur d'un gars, la bonne odeur jumelle, la sueur soeur... La belle faconde séductrice d'un frère d'arme qu'on suce en paix, à mille milles des rednecks (ou, comme on dit depuis quelques temps autour de moi, traduction québécoise d'une réalité américaine qui ne nous est pas inconnue, malheureusement : les «cous bleus»). (Se réveiller dans le même lit qu'un gars, c'est étrange, c'est troublant et c'est très... odorant.) Je n'ai pas le goût des relations complexes, voire compliquées, ni des promesses ni des lendemains ni des projets ni des beaux-parents : j'ai envie de toucher un pied, une fesse, un lobe d'oreille sans me poser de question, par pure sympathie sexuelle, par pure animalité, sans lendemains, sans lendemains...




Dehors, je veux dire en dehors de mon horaire de dingue, il y a des milliers, des dizaines de milliers de proies potentielles qui m'échappent, qui m'échappent inexorablement. (Pourquoi est-ce que je m'inflige ça?? Pourquoi penser au cul JUSTEMENT quand ça n'est pas le temps, le moment propice, approprié?) Je me morfond et c'est mal. Je me tâte ; je me trouve bien peu fier de penser ainsi, bien peu digne ; je me demande si ce n'est qu'une petite panique normale ou si j'ai un problème de dépendance affective, d'obsession sexuelle, qui ressurgirait ce soir ; je tremble un peu (de froid) ; la musique me fait du bien, aussi, un peu.



L'impression que j'ai consiste en ceci que dans ma «folie» vespérale, je m'imagine qu'en dehors de ma caverne, les corps s'assemblent pour un sabbat de tous les diables, sans moi, et que pour ma part je reste à demi prostré, dans la lumière trop vive des néons, comme dans une obscurité proprement postmoderne, mais l'effet est le même que dans une grotte aux parois grimaçantes de figures composites, graffitées à mains nues : c'est le vertige horizontal de la nuit.

Ma bouche est terriblement sèche. Je ne sais pas si c'est le café ou la peur, mais j'ai l'impression, plus que jamais, d'être vulnérabilisé par ce qui m'est le plus proche : les amis, les corps, les idées, les sensations, les identités, et mon blogue...

Face à mon écran je n'ai que des doutes. À vous offrir. À me servir.


(Peu importe ce que j'écris, au fond ; écrire pour ne plus penser, ou plutôt, écrire pour mettre des mots sur des sensations qui défient toute pensée. Écrire n'importe quoi, soit, mais ça ne règlera pas mon problème de température trop froide pour mon accoutrement, ça...)







-- Oh, et j'oubliais : j'aime beaucoup le blogue de samstg, que j'ai parcouru en entier (il faut dire que c'est un tout jeunot de blogue), aujourd'hui : Le Confessionnal. Simple, bien écrit, c'est un témoignage très sensible, auquel on s'identifie aisément, à propos de l'homosexualité.

5.9.09

Miscellaneous éperdu (AJOUTS)

Samedi matin, je me réveille avec du Mara Tremblay sur la peau. Plus exactement, Le Teint de Linda, la première chanson aux sonorités country qui, malgré ça, m'a fait tripper. Et très précisément, je la ressens passer comme un frisson de vulnérabilité sur ma nuque, sur mes bras, sur mon ventre, dans mes jambes, souffle glacial de malaise et de questionnements éperdus.




(Pour visionner le clip, il faut aller sur maratremblay.com ou cliquer sur l'imâââge ci-dessus.)





Pas envie de faire quoi que ce soit, je suis enfin en congé, et je me suis pris dix livres et un docu à la Grande Bibliothèque : je vais enfin lire De Amore de Marsile Ficin, tel que recommandé par Maphto, et des contes soufis de Al Rûmi (dont je vous avais parlé en février dernier), et deux grosses briques sur René Char (dont je vous parle tout le temps - voir le bastsujet), et plusieurs livres de Dumézil (dont je ne désespère pas encore de vous parler dans un avenir rapproché, malgré tout), et quelques autres bouquins fascinants.

Je me fais des bols de café au lait, je me fais toaster des muffins anglais, je me fais des reproches et je ne comprends pas tout à fait pourquoi. Je me sens fourbu, claqué, mentalement, et physiquement. Sur ma peau, je lis les vicissitudes de ma vie.





Je ne connais pas personnellement Guy Laliberté. L'eussé-je connu que ça aurait peut-être changé mon opinion sur le sujet, mais ce n'est pas le cas, alors je n'ai aucune sympathie pour son voyage dans l'espace. Je ne suis pas de la génération "Guerre froide", je n'ai aucune mythologie personnelle de cosmonaute, de Gagarine et de la chienne Laïka. Et pour moi, en tant que créateur, en tant qu'esthète, la poésie, dont se gargarise le gourou du Cirque du Soleil, se retrouve bien plutôt dans La face cachée de la Lune, de Robert Lepage, et aucunement dans ce non-événement signé "One drop".

La journaliste Rima Elkouri a signé un très bon papier sur le sujet, qui exprime le malaise de plusieurs, dont je suis, face à cette "mission poétique" de marde. Extrait de son papier intitulé "Mission poétique ou narcissique?" :

"Pendant une bonne heure, le fondateur du Cirque du Soleil, un logo de son entreprise bien en vue au-dessus de sa tête, a ainsi expliqué aux internautes en quoi consisterait son «odyssée» humanitaire à 35 millions. Si M. Laliberté veut aller dans l'espace, n'allez surtout pas croire, mesdames et messieurs, que c'est simplement pour son plaisir personnel ou pour se pavaner. Pas question pour lui de se contenter d'être un vulgaire touriste de l'espace. Non. De là-haut, durant cette expérience qui se veut avant tout «spirituelle», le grand prêtre du Cirque du Soleil a un rêve. Il veut sensibiliser la pauvre population terrestre aux enjeux de l'eau et à l'avenir de notre planète, avec un événement «mondial, international» et même «universel». [...] Durant la conférence de presse, les mots «poème», «poésie», «poétique» ont dû être prononcés plus d'une vingtaine de fois. Paradoxalement, plus on parlait de poésie, plus on avait l'impression de s'en éloigner. La poésie, la vraie, peut-elle vraiment survivre à toute cette enflure narcissique drapée de bons sentiments? N'est-elle pas justement aux antipodes de ce boursouflage mégalomane interplanétaire?"


Et sur le site de Christian Mistral, j'ai réagi à la nouvelle, plus précisément à propos de l'écrivain Claude Péloquin, qui était supposé écrire l'oeuvre que lirait Guy Laliberté dans l'espace. Je suis le 47e commentaire...





Pourquoi ai-je mal, pourquoi mon coeur se serre-t-il d'angoisse et de tristesse, ce matin? Pourquoi le sentiment d'être atrocement SEUL? -- J'essaie de garder mon calme, de prendre à bras le corps ce faisceau d'émotions, cette nébuleuse de sens insensée, flou, tout est flou à loisir, et je me dis, peut-être à tort, que de m'analyser, que de m'ouvrir le coeur et les pensées en public, devant l'écran de mon portable, sur mon blogue, va me faire du bien.






Hier soir la magie, hier soir la beauté, hier soir les amis -- ô glorieux, ô magnifiques, ô mes amis, et pourtant (pour-tant : à ce prix, à ce coût-là; expression analysable et compréhensible, qui introduit l'inanalysable, l'incompréhensible, un marché faustien, une affaire à jamais, toujours-déjà bouclée à mon désavantage, à perte, à perte d'âme), je suis reparti chez moi le coeur infecté d'une gangrène interrogative, et j'ai marché en fuyant les regards qui eussent pu se poser sur mon corps vulnérabilisé, écartelé, martyrisé d'autodénigrement et de fragilité spirituelle. -- Où se trouve donc le centre, l'origine de cette tristesse du corps, de cette fatigue des sens, de cette trahison de l'image mentale que je me fais de moi-même? Il y a une faille dans le cycle karmique de ma vie, et cette faille est ouverture vers la vérité voilée-dévoilée du coeur-corps, ce complexe arrangement moléculaire et spirituel qui me compose comme individu.





Hier les amis et surtout peut-être les représentations les plus émouvantes de tout ce que je chéris, de ce que j'affectionne et vénère : jeunesse pleine de géniale vanité, beauté des lieux, beauté des formes, délice de tous les sens, conversations d'équilibristes ou de librettistes du 18e (l'époque où, comme le dit Blanchot, tout le monde écrivait avec brio, tout le monde faisait profession d'intelligence vive dans les paroles, les oeuvres, les réparties caustiques), jeunesse pleine, grosse d'avenir, et beauté atrocement sexuée, affamée de sexe et de plaisir, affamée de vie et de plénitude de soi-même ; on n'est pas sérieux quand on a vingt-sept ans ; je lis sur les silhouettes -- poses, postures, cambrures, danses et langueurs ultra -- les origines magiques des idéogrammes, des hiéroglyphes, des abstractions signifiantes encore engoncées dans des formes mouvantes, terribles, de quotidienneté et d'immédiateté, de désir et d'étrangeté divine. Mes amis, mes amours : j'ai aimé ces corps, je les ai lus, je les désire encore, comme un fou, comme un flou tendre, comme un tendre fouillis. La dangerosité. La menace du vêtement. Les artifices de l'urbanité mises en abîme dans le contact sans contact, dans les caresses bloquées par le textile, et je me surprends à penser que la surface est d'autant plus vaste qu'elle est nue ; nus, nous serions infinis les uns avec les autres ; infinis, d'où : le secret du sexe, du corps, dévoilé, perdrait sa dangerosité de bête tapie dans le tissu foisonnant, luxurieux, et par là même, les inhibitions dont mon corps cache en son sein les poisons autodestructeurs, seraient neutralisés dans l'ex-hibition.





Avant-hier, c'était la continuation de la mise en place d'une relation amicale saine avec mon ex ; mon tit-ex comme dit l'Achigan, par opposition avec mon grand-ex, ce dernier ayant partagé un peu plus qu'une demi-douzaine d'années de ma vie, l'autre, le dernier en date, le tit-ex, que quelques mois intenses. Mais dans nos paroles vraies, vrillantes et déridantes de spontanéité et de candeur, une fissure, encore une faille, et violente : le non-désir qui fut jadis désir, désir du désir et puissance actualisée du désir, libido centrée sur son obscur objet de désir qu'est le sexe jumeau, miroir du désir du même (homoïoï, en grec), échec du désir et échec de la communication des corps, destruction nécessaire à la mise en place d'une relation amicale saine, et pourtant, pour-tant, ce pouvant signifier le mensonge du désir encore vivant qui doit se terrer encore plus profondément pour survivre, pour ne jamais mourir tout à fait, et pour peu je m'eusse bouché les oreilles pour ne plus entendre battre dans sa voix la libido étincelante de jeunesse déjà tournée vers tant d'autres corps que le mien ; faiblesse de celui qui naguère posséda, et qui doit accepter de n'avoir plus que les mains vides parce que le coeur, lui, l'est déjà. Écouter sans écouter les aventures post-rupture, lire sans lire les fantasmes qui m'éloignent de moi, de ce que je vois dans le miroir tous les criss de matin, sur ma peau, ma vie se lit...





Rencontres qui me désertifient, qui me dévastent : amis qui me veulent du bien, et pour-tant, qui me ramènent sans le vouloir, sans le prévoir, à la dévastation normale, aux sinistres et aux catastrophes réguliers de mon être-là (heideggerrien Dasein; à moins que ce ne soit mon être-au-monde, mon Inderweltsein?) -- besoin de fuir mes amis, besoin irrépressible de les trahir, de les tenir à distance pour préserver mon esprit des naufrages les pires, quand par exemple des amis font la noce ou se marient, s'expriment envers et contre mes préjugés érigés en valeurs, ou cherchent en moi une oreille attentive... qui se révèle sourde, assourdie, assourdissante du silence du "je t'aime, je te désire". Ambiguïté de l'amitié qui m'exalte et me tue, qui me dirige vers moi-même tout en m'éloignant indéfiniment du moi qui n'est pas "le même". Je les trahis d'autant plus facilement que je peux, sans peine de mentir, prétexter ma fatigue, ma vie pleine de travail éreintant, de faiblesse mentale ou physique (comme il est jouissif d'annuler un rendez-vous en prétextant la maladie quand elle n'est pas la cause! comme il est vrai que je souffre les affres des symptômes quand je n'en ai aucun! comme il est doux de mentir pour une aussi bonne cause que celle de ma ruine intérieure!)






Éperdu d'amour je suis et pourtant, c'est de peaux que j'ai le plus besoin. Mon sexe inemployé quelques temps, et c'est mon moral qui se raccornit. Les caresses intimes me manquent, me causent des manques de drogué. Et qu'est-ce que la parole cultivée, intellectuelle, qu'est la mienne, sinon une monnaie d'échange (devise comme une autre, peut-être moins valable ou plus rare ou plus glorieusement civilisée qu'une autre) contre la bestialité du sexe? un pour-tant, vraiment, un coût à l'échange, un prix à payer pour être désiré-désirant ; il y a cinq grands axes qui mènent à l'échange d'orgasmes à deux ou à plusieurs, dans l'ordre croissant de puissance érotisante : la gentillesse/humour (degré zéro de l'attirance), ensuite la parole intellectuellement puissante, ensuite l'argent et ses preuves matérielles, ensuite le Pouvoir, et finalement, plus haut échelon (qui souvent annule ou apporte les précédents à son possesseur), et paroxysme de l'arbitraire du désir : la perfection génétique du charisme sexuel. Graal du cul.





Je m'observe dans ma nudité et je me tâte, je me palpe, je me jauge et me juge. Ce que j'ai à offrir est pauvre trésor. Mes armes sont ébréchées, mais qu'y puis-je? Je dois d'abord panser mes failles, mes fissures, mes plaies symboliques -- les pires de toutes. Et ma frustration grandit comme un léviathan fou dans les abysses glaciales de mon coeur. Les souvenirs s'allient aux fantasmes pour composer les mirages, les spectres du désir, labourant mon corps de sillons stériles, de terre en jachère éternelle, mortelle.





J'ai mal au coeur et j'ai la nausée. Il faut que j'arrête d'écrire pour l'instant. Mais je n'ai pas exprimé le millième de ce que je désirais écrire (tout à fait comme je n'ai pas encore vécu le millième de ce que je désire baiser, aimer, expérimenter sexuellement, sensuellement, affectivement).

Grand bien me fasse.





Ça fait cinquante ans aujourd'hui que Duplessis est mort.

Grand bien nous fasse.

29.8.09

Fragments fous de désir(s) (AJOUT)

Note à moi-même : ne pas publier ce billet sur mon bogue. Je suis déjà assez troublé par ma sexualité, par mon univers fantasmatique, à quoi bon en faire l'étalage malsain et ostensible, au vu et au su de tout le monde...





Ce que je préfère chez les garçons :

- Les fesses. Les reins cambrés. Les hanches étroites. Un ventre plat. Les jambes...

- Des attitudes féminines, des gestes ambigus.

- Une façon de parler élégante, raffinée sans être ni affectée ni hipster; la vivacité d'esprit.

- Une minceur élancée, athlétique, et une virilité sans ostentation. Comme Andy Murray.

(Je crois que j'ai volé cette photo sur internet... shame on me)


- Une pilosité harmonieusement distribuée et bien entretenue.

- Les avant-bras poilus, torturés par des veines apparentes; les aisselles humides.

- Les secrets, les mystères, les ombres de l'intimité, les perversions, les charmes ambivalents de l'amitié entre garçons.

- L'éjaculation généreuse.




Léopold est mon idole.





Marcel Proust, dans son fameux questionnaire, répondait à : "La qualité que je préfère chez un homme", ceci : "Des charmes féminins."






Et à la question "La qualité que je préfère chez une femme", Proust écrivit la réponse suivante : "Des vertus d'homme et la franchise dans la camaraderie."





Ce que je préfère chez les femmes :

- Le champagne quand elles en boivent, non pas dans des flûtes (quel mauvais goût), mais dans des coupes évasées; ou quand elles s'y baignent...

- Une voix chaude, plutôt grave et veloutée, calme et d'une conversation raffinée.

- Une chatte bien épilée, qui s'ouvre magiquement sous l'action mouillée de la langue.

- Des seins enserrés dans un corset, et qui y palpitent d'excitation.



(Je crois que j'ai volé cette photo sur facebook... shame on me)


- La douceur de la peau.

- Les dessous chics et les gants de satin noir.

- Une gestuelle très féminine, très élégante, en toute occasion.

- Une sexualité très ouverte, très assumée.






Dita Von Teese est mon égérie sexuelle absolue.






Des fragments à ajouter? Des idées de fantasmes à m'offrir gracieusement? Des invitations? Des hurlements de dégoût devant autant de rousses et de roux étalés sur mon blogue? Des photos volées sur internet ou sur facebook à m'offrir gracieusement?


AJOUT IMPORTANT : À l'instigation de ce grand pleumat à l'Achigan (son texte est déjà en ligne, ici, et comme toujours, c'est génialement bien écrit), une nouvelle tague érotique est née : la Tague Bisensuelle. Qu'est-ce que vous préférez chez les filles et chez les garçons? Je précise : pas "chez les filles OU chez les garçons". Faites oeuvre de bisensualité, bande de post-freudiens décadents! Je veux voir des imâââges, des "vidios", des toiles célèbres, des exemples concrets, du stupre et de la franchise. Renvoyez-moi la tague et je vous promets des surprises. À vos claviers, multitudes des nations de mon lectorat : vous pouvez répondre sur ma page facebook, dans les commentaires ci-dessous, ou de préférence sur votre propre belogue.

Je me joins à l'Achigan pour taguer Mélodie Nelson, Alyss, le bélître, Maphto, filigrane, Alex, mais aussi FIEL, Ed Hardcore, Pierre-Luc, mon bon Chuck, la belle Dark, Le Pornographomane, Tattoo, Angélus, Simon les Nuages, The Citizen, et toute âme de bonne volonté, qui se sentirait interpelée par ladite Tague Bisensuelle.

Reste à trouver un autre mot que "tague", car personnellement, il m'emmerde. Le mot "pandémie ludique", à la place, vous conviendrait-il?




22.8.09

Fantasme

Je rêve d'un milieu littéraire (pas juste les happy fews qui ne font pas les médias, mais bien un ensemble plutôt organisé, diffusé, qui tient le haut du pavé) à la fois glamour et décadent, brillant et superficiel, hypersexy et pourtant d'une qualité extrêmement solide. Pas juste des "poseurs". Des créateurs. Des vrais. Des gens qui vénèrent la beauté, l'étrangeté, la poésie de Mallarmé et les lychee Martinis. Qui écrivent des trucs qu'on n'a pas encore lus, des choses libres et classy, libertines et burlesques. Profondes, surtout. Pas de la chicklitt ou de la poppsycho à deux balles.


À la place des Nadine Bismuth et autres auteurs à crever d'ennui ; à la place des interviews calamiteux à la Lorraine Pintal ; à la place des poètes trop sérieux qui se lisent entre eux des choses ronflantes et convenues... je rêve de voir une majorité, une large majorité de jeunes auteurs prendre toute la place, sexy comme Mélodie Nelson ou Alyss, irrévérencieux comme le Bélître de Vivisection pseudopathologique, intello mais branchés comme Maphto, et lyriques comme l'Achigan, madame Blue et Filigrane. Entre autres.


Je rêve à des partys littéraires où l'alcool coule à flot sur du strass, des souliers dorés, des livres aux couvertures trashy, des maquillages baroques, des gommes ballounes qui éclatent... Je rêve de voir un univers littéraire moins inspiré par TVA, ou les shows de chaises des années 90 (genre Bouillon de culture, Sous la couverture...), que par un vidéoclip de Donzelle.



Je veux des androgynes, des gays fofolles, des drags, des stars, des scandales, du fric et des Lady Gaga... D'ailleurs, j'adore le trip, le canular, que s'est tapé une autre Lady, la belle Guy, sur Bukowski... à méditer! Pourquoi la littérature devrait-elle être soporifique, et guindée, et conventionnelle? Tellement... premier degré? Pourquoi ne pas s'inspirer des artistes qui réinventent d'autres domaines esthétiques, qui se frottent de kitsch, qui se plongent dans les nouvelles technologies, qui jouent sur plusieurs fronts, multidisciplinaires, et qui maîtrisent à la fois le marketing et les classiques?


C'est juste un fantasme de samedi plate. Peut-être que les choses sont en train de changer, mais à écouter à la Première chaîne l'émission littéraire Vous m'en lirez tant, à lire les revues littéraires montréalaises (à part quelques petites publications vraiment cool), et à vivre au Québec, entouré de bien pensants conservateurs (ceux qui écoutent TVA -- exemple facile -- ne se rendent pas compte à quel point la représentation du monde qui s'y expose est ultraléchée, ennuyante à mourir, cheap et médiocre), on désespère un peu de voir du kinky, de la subversion coquine, du plaisir décadent envahir soudainement les glauques corridors de départements littéraires de nos universités. En fait, je ne sais pas trop ce que je veux, ce que je rêve de vivre, sur quoi je fantasme. Mais il me semble que ça fait longtemps qu'il n'y a pas eu de grand bouleversement, de grande révolution des genres, d'école ou de réunion d'auteur sous une bannière manifeste, d'avant-garde jeune, dans la sacro-sainte littérature... en particulier au Québec. Alors que des arts comme la musique et le théâtre (Robert Lepage...), les arts visuels, éclatés et avant-gardistes, réussissent tant bien que mal à s'opposer aux inerties locales.


Il y a des époques dans l'histoire de l'humanité où ça a existé : Vienne au 19e siècle, Paris au début 20e, le New-York beatnik, le Londres des dandys... que sais-je encore. Des générations entières, qui pondaient des chefs-d'oeuvres en s'amusant comme des démons. Tout en s'envoyant en l'air, bien fringués, bien friqués, bien baisés.


Puis, il y a eu les années 80 et 90, les cols roulés bruns, et Denise Bombardier (et sa soeur).


Damn it.

16.8.09

ANDY MURRAY M'AIME (Chronique tennis - kinda...)



Comme un fou, je vous dis. Troisième tête de série, il vient d'abattre l'argentin del Potro à la Coupe Rogers, et on dit qu'il est le joueur de tennis le plus en forme au monde.

Je ne sais plus quoi faire pour repousser ses avances... Et il est trop jaloux pour me partager avec le Prince Harry et Xavier Dolan.


;)






(Je suis en train de terminer la trilogie de travaux de mythologie comparée Mythes et Épopées, de Georges Dumézil, et je vous prépare une série de billets trop top. En attendant, je vous conseille de vous rincer l'oeil ou de prendre des conseils beauté masculine sur ce site où Murray nous apparaît dans toute sa splendeur. Allez mes chéris, je vous aime minces et roux, ne lâchez pas l'entraînement!)

8.4.09

Fw : Tague érotique

Tagué par Alex, je vous fais donc pénétrer mon esprit malade par les orifices les plus horrifiques. Tenez-vous-le pour dit, tenez-vous pour prévenus, tenez-vous les fesses serrés, et basta! Cela va comme suit :


J'avais 18 ou 19 ans. J'étais mince et niais comme une chanson de Caroline Néron. Tout a commencé par un flirt avec mon prof de philo (coké jusqu'aux yeux, look vaguement Brel mâtiné de Yves Montand, du genre à taper très fort pour laisser des traces) et ça s'est terminé dans la cave aux allures de donjon cheap, le sol couvert de boîtes de carton découpées, les murs de pierre de taille ornés d'anneaux et de mon corps nu accroché comme un trophée de chasse (Hoc est enim corpus meum - prenez-moi, mangez-moi tous pour me transsubstantier), mon sang impur souillé de drogues, d'alcool, de perversions sexuelle, de littérature et de vie. L'autre fois c'était pis, si possible, dégueulant sur le sol pendant que je me faisais enculer, or c'était le printemps et je sentais mon esprit malsain rejoindre les hautes sphères de la plus pure déjection cosmique. Entre Sartre et saint Anselme, preuve ontologique à l'appui, les engueulades, les prises de bec, les prises tout court et les crises de larmes noyées de mauvais vin, dans les volutes mauves d'un sadisme scandaleusement scandé de par tout le cégep ébaubi, je sentais sa langue fouiller ma bouche et sa salive couler sur mon menton, son haleine s'enlacer à la mienne, nos torses et nos bassins se connaître au sens biblique du terme. On remet ça mais à quatre, j'ai jamais autant aimé les tatous que ceux que je léchai comme une chienne, les bites brandies comme des arguments élégamment réduits à des modus tollendo ponens, la musique de Jay-Jay Johanson ou de Portishead, de Tori Amos ou de Daniel Bélanger nous enveloppant, nous fouettant, nous caressant, nous masturbant, nous donnant le change et je perdis pied un matin quand je vis tous les ecchymoses sur mon corps. Les mamelons pincés jusqu'au sang, Paul Valéry et Kant fourbus après une conversation délirante en forme de tempête, on s'endort comme des loirs, moi sur le divan et lui avec son conjoint, je sens le foutre et la choucroute, basta, c'est trop bon, je pleure comme une fillette dans ses bras, qui suis-je, qui suis-je, que vais-je devenir? Je comprends que dalle, je crois que je suis fou. On me bastonne de citations, on m'enfile des godes dans le cul, de jour comme de nuit, les autres je m'en fous mais ça jase, ça jase.

- Va chier, t'es un esti de con! - Tu peux tellement être intelligent pis deux secondes après être tellement immature... - Tu me fais mal! - Arrête de chiâler pis décrisse. - Je ne suis pas amoureux de toi. - Va don' chier! - Baise-moi encore. - Un jour j'étais dans un parc, j'ai vu un mec en train de se pendre à un arbre, j'ai couru, j'ai soulevé son corps, j'ai senti la mort l'envahir pendant que je le tenais dans les airs...- Je suis en train de lire Barthes et... - Arrête de pleurer, t'es pathétique. - J'AI MAL J'AI MAL J'AI MAL J'AI MAL J'AI MAL. - Suce-moi. - Je ne suis pas ton esclave! - Tu es tellement mature pour ton âge... parfois j'en oublie nos différences quand on baise. - Encore, encore, encore, encore...

Les sévices n'étaient rien. J'en retirais de la fierté, de la valeur, de la culture et des blessures. En échange de mon corps, il me prêtait des livres, il m'encourageait, et je lui faisais des pipes dans la voiture pendant qu'il conduisait. Il m'habillait de cuir pour sortir, et nous finissions roulés comme des crêpes sur le gazon, sur un terrain privé, n'importe où, dans une ruelle sale, mon t-shirt déchiré, les lèvres déchiquetées, la queue souillée. Dans de rares mais puissants moments de tendresse, je lui faisais part de mes rêves, de mes projets littéraires, de mes peurs, de mes échecs. J'étais Werther et j'étais René (de Chateaubriand), il était Rousseau ou Gide, il mimait parfaitement Raymond Aron en train de contredire un communiste (Aron était imbattable, il connaissait Le Capital sur le bout de ses doigts), je lui parlais de mon dégoût pour Deleuze, il me chuchotait des obscénités, nous trinquions sur son balcon, lui, son chum, son ex, son ex-femme poétesse, l'ami de son chum et moi, santé, santé, vie et sexe, ivresse de tous les sens, dans tous les sens, Sinn et Bedeutung, la musique de Bach déconstruisant le blanc des murs et les visages comme des cubes lego. Je me suis humilié, je me suis fait fourrer comme une pute, j'étais le clou de la soirée et le plus brillant convive, épatant le vieil ami qui avait jadis connu Aragon, éblouissant les mandarins et les pique-assiettes, les pisse-lyres et les agités du bocal, irritant tout le monde par mon arrogance. J'avais 18 ou 19 ans. J'étais mince et niais comme une chanson d'amour des années quarante. Tout a commencé par un flirt avec mon prof de philo et ça s'est terminé dans la cave aux allures de donjon cheap, le sol couvert de boîtes de carton découpées, les murs de pierre de taille ornés d'anneaux et de mon corps accroché comme un trophée de chasse (Hoc est enim corpus meum - prenez-moi, mangez-moi tous pour me transsubstantier), le sang impur souillé de drogues, d'alcool, de perversions sexuelle, de littérature et de vie. Après une année ou deux de fornication, de conscience altérée, de délire et de sperme sur mon visage glabre, j'ai rencontré quelqu'un d'autre, quelqu'un de mieux, et nous nous sommes graduellement perdus de vue, aujourd'hui je ne regrette rien mais j'ai encore les violentes traces (invisibles à l'oeil nu) de ses genoux grêles sur mes épaules, de son mépris sur ma peau, de ses mots claquant des ordres dans mon esprit. Ce fut le début de la fin de quelque chose.




Je tague tout le monde qui me lit! Il vous faut composer un récit érotique (pas aussi personnel et aussi mauvais que le mien, s'entend).

6.4.09

Sexe, musique et cinéma



De vendredi soir à ce matin; il est midi; j'ai encore la saveur de sa peau sur mes lèvres, l'odeur de son corps dans mes draps, je suis claqué, vidé, heureux, deux jours et trois nuits de pur bonheur, de décadence. Ce fut bon.


Trois heures du matin, nus dans la cuisine à concocter des biscuits aux pépites de chocolat, on parle de Freud et de psychologie cognitiviste, il est jeune et brillant et doux ; je me sens étrangement bien, désiré, vorace, tout à la fois mâle et tendre. Deux heures de l'après-midi, nus dans la chambre après avoir joué à la bête à deux dos, on parle de musique et de philosophie. Minuit. Il fait froid mais nous sommes enlacés sous les draps à regarder des court-métrages de David Lynch. Nous sommes insatiable l'un de l'autre. On ne termine pas le DVD. Neuf heures du matin, sous la douche, on laisse couler l'eau chaude sur nos corps fourbus, très, très longtemps. On se savonne pour se caresser l'un l'autre. On se boit l'un l'autre. On se sèche l'un l'autre.


Hier soir au cinéma, The Curious Case of Benjamin Button, la salle est presque vide, pas plus d'une dizaine de spectateurs, ça fait du bien de sortir et de se retrouver dans la société, pas très bon comme film par contre, nous sommes un peu déçus, ça traîne en longueur, ça rime à rien, Cate Blanchet est grimée tout du long, et peine à maintenir son jeu au niveau habituel. Mais son corps près du mien se love au plus près, se penche, détache mon jeans, et fait jaillir mon sexe. J'entends les cliquetis de la bobine de film dans la salle de projection derrière moi, et je jouis dans sa bouche.


C'est peu dire que ça ne regarde que moi, que c'est exhibitionniste de parler de tout ça sur mon blogue, et de m'emballer autant. Mais je me sens tellement VIVANT.


Deux jours et trois nuits. Peu dormi. Me suis senti fondre. Presque amoureux.


Et je suis libre. Foutrement libre.